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Actualités - Opinion

Comités de chaos

Cessez-le-feu, commmissions mixtes, patrouilles conjointes, groupes de suivi, et on en passe : pour quiconque a vécu de bout en bout la longue période de troubles et de guerre qui a dévasté notre pays, tous ces mots ne veulent dire que sombres foutaises. Que vagues accommodements en trompe-l’œil, lesquels d’ailleurs n’ont jamais trompé grand monde. Car dès les premiers heurts entre armée régulière et guérilla palestinienne, à la fin des années soixante, s’installait la funeste tradition : on se bat, on se retrouve, on se donne même l’accolade, on se ment copieusement, la main sur le cœur, et on échafaude un laborieux modus vivendi dont on sait parfaitement qu’il volera en éclats dès le prochain incident. La voilà pourtant qui revient, la peu séduisante chansonnette. Elle revient à propos de la consternante affaire de Sojoud. Et c’est Nabih Berry qui la pousse cette fois, comme il l’a fait dimanche dernier devant la foule rassemblée à Nabatiyeh pour le trentième anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr. Quelque sincères que puissent être les motivations du président de l’Assemblée, l’idée qu’il a avancée d’une instance qui assurerait une parfaite coordination entre l’armée régulière et la Résistance ne peut que susciter la circonspection, sinon la plus grande méfiance. Le simple bon sens de même que l’intérêt public veulent bien évidemment qu’aucun effort ne soit épargné afin que soient prévenus, à l’avenir, des drames aussi graves que celui qui a coûté la vie au jeune officier aviateur Samer Hanna, abattu à bord de son hélicoptère par des tirs censément amis. Mais on n’aurait fait en réalité que vouer au martyre beaucoup d’autres Samer Hanna, si le seul souci d’une illusoire stabilité devenait prétexte à une suite sans fin de démissions et compromissions de la part de l’Autorité légale. Tout à la fois inopportune, contraire au principe de la primauté de l’État, et inopérante, paraît, quoi qu’il en soit, la proposition Berry. Pour commencer, et sans avoir l’air d’y toucher, c’est le débat sur la stratégie de défense, thème vedette du dialogue national auquel a appelé le président de la République, qu’entreprend de préconditionner de la sorte le chef du Législatif. Or s’engager de suite, hors de tout consensus, dans la tortueuse voie des comités de coordination, ce serait hypothéquer gravement la conférence de dialogue, au moyen du fait accompli (pas si accompli que cela d’ailleurs, puisqu’en matière de grignotage les appétits ne sont jamais satisfaits pour bien longtemps...). Au plan des principes, il est clair que l’État se renierait lui-même dès l’instant où il accepterait de se placer sur un pied d’égalité avec la milice, si la troupe régulière devait informer préalablement celle-ci de ses moindres mouvements, sans même pouvoir s’attendre sérieusement aux mêmes égards. Ce ne serait pas la première fois, il est vrai, que se produirait pareille calamité. Il reste qu’une aberration aussi monstrueuse que celle des accords du Caire conclus avec la guérilla palestinienne – lesquels se sont soldés par tant de morts et de destructions avant d’être dénoncés par le Liban – serait plus monstrueuse encore si elle était rééditée avec une partie locale cette fois, une partie dotée d’un formidable arsenal, d’une infrastructure socio-économique et même d’un réseau de télécommunications. Normal et même souhaitable certes serait le recours à des officiers de liaison, s’il avait lieu entre contingents de nature, de formation et de vocation diverses mais relevant d’un même commandement. Or c’est loin d’être le cas, tout se passant au contraire comme si la Résistance, de force supplétive qu’elle est supposée être, œuvrait sans relâche à imposer ses propres options à l’institution militaire, comme d’ailleurs au pays tout entier. En dépit des regrets du Hezbollah, l’affaire de Sojoud n’a guère contribué à rétablir un climat de confiance et de coopération gravement compromis déjà par les sanglants incidents de mai dernier, dont les ondes de choc n’ont pas fini de secouer régulièrement la capitale, Tripoli, le Akkar et la Békaa. Louables bien sûr sont les efforts d’apaisement déployés çà et là. Une autre chose cependant est de faire l’impasse sur les responsabilités : d’œuvrer, comme le veut une vieille coutume, à noyer – dans le sang – le poisson. De là où le président Sleiman évoquait lui-même, en Conseil des ministres, la remise aux autorités d’un des auteurs des tirs de Sojoud, c’est d’un tireur unique (aux nerfs fragiles de surcroît, ce qui pourrait revêtir valeur de circonstances atténuantes) qu’il est question désormais dans les fuites destinées à la presse. Reste à espérer que la justice, qui a trouvé l’audace nécessaire pour inculper un président de réputation aussi sulfureuse que le Libyen Kadhafi ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Qu’elle ne se rendra pas complice de la seconde mort du capitaine d’aviation Hanna. Issa GORAIEB
Cessez-le-feu, commmissions mixtes, patrouilles conjointes, groupes de suivi, et on en passe : pour quiconque a vécu de bout en bout la longue période de troubles et de guerre qui a dévasté notre pays, tous ces mots ne veulent dire que sombres foutaises. Que vagues accommodements en trompe-l’œil, lesquels d’ailleurs n’ont jamais trompé grand monde. Car dès les premiers heurts entre armée régulière et guérilla palestinienne, à la fin des années soixante, s’installait la funeste tradition : on se bat, on se retrouve, on se donne même l’accolade, on se ment copieusement, la main sur le cœur, et on échafaude un laborieux modus vivendi dont on sait parfaitement qu’il volera en éclats dès le prochain incident.

La voilà pourtant qui revient, la peu séduisante chansonnette. Elle revient à propos de la...