Ce sont des chambres, certes, mais où l’on ne peut dormir que sur son siège : comme on l’aura sans doute deviné, cette savoureuse définition figurant dans la dernière grille de mots croisés du Nouvel Observateur avait pour solution parlements. C’était sans compter toutefois avec le cas très particulier du Liban, où les députés seraient bien en peine de gagner leurs sièges, ne serait-ce que le temps d’une sieste-éclair ou même d’un furtif bâillement, puisque lesdits sièges sont interdits d’accès, par décision souveraine du président de l’Assemblée.
Que Nabih Berry soit habile manœuvrier, le fait est indiscutable. Mais que reste-t-il de l’art de la manœuvre quand l’imagination vient à manquer, quand c’est le même plat que l’on s’obstine à passer et repasser, quand la profusion de garnitures ne parvient plus à dissimuler l’indigence de ce brouet on ne peut plus exotique baptisé dialogue national ? Au début de la crise présidentielle, il y avait ces convocations bidons du Parlement pour une élection dont on savait très bien qu’elle n’aurait pas lieu, l’opposition persistant en effet dans son refus d’assurer le quorum. Il y eut ensuite cette longue série d’annulations décrétées dès la veille du jour fixé, faute d’accord entre les deux camps.
Pour la 18e mouture de la même mascarade, c’est à un laborieux mélange des genres qu’on a eu droit. Ainsi, et malgré les déconvenues passées, il y avait grand monde hier dans les couloirs de l’Étoile avec, sans mauvais jeu de mots, une majorité de minoritaires parmi les présents : cette assiduité tout à fait inhabituelle étant supposée démontrer la bonne volonté d’une opposition qui ne demande qu’à élire un président, si seulement on consentait à satisfaire ses modestes revendications. Vint, dans un troisième temps, un report long, élastique, la date de la prochaine représentation devant attendre en effet, pour être fixée, les résultats du dialogue auquel appelle le président Berry.
Foin d’un trop irréaliste accord global : il ne s’agirait cette fois que de s’entendre sur une simple, une innocente déclaration d’intentions, après quoi on s’en irait tous ensemble, bras dessus-bras dessous, élire dans l’allégresse un président de la République. Le malheur est qu’au fil de la politique de blocage méthodique pratiquée par l’opposition, ce sont précisément les intentions qui ont fini par constituer le fond du problème. Dix fois, cent fois sondées, éprouvées, testées, méritent-elles vraiment, ces intentions, que l’on s’y arrête encore ? Et repousser d’office l’offre de Berry, omettre de le prendre au mot et d’examiner de plus près ces fameuses intentions, ne serait-il pas contribuer en revanche – même de manière passive – à la perpétuation d’une impasse dont la sanglante agression qui vient d’endeuiller la ville de Zahlé illustre les périls ?
Aux maintes interrogations qui assaillent les citoyens, l’action internationale est bien en peine hélas de fournir une réponse rassurante. Que les pays arabes et les puissances se concertent sur le Liban, comme ils l’ont fait hier à Koweït, c’est fort bien. Que cette concertation ait eu lieu en marge des réunions périodiques sur l’Irak est moins heureux car le Liban n’est pas, comme l’Irak, un pays occupé par des forces étrangères et simultanément ravagé par une guerre sunnito-chiite. Le Liban, objet d’une vaste sollicitude internationale, mérite une conférence sur le Liban, pour le Liban et rien que le Liban. Il mérite davantage que cet appel à une élection présidentielle immédiate et inconditionnelle publié par les congressistes de Koweït et qui n’est guère davantage qu’un vœu pieux. Le Liban mérite surtout, de la part de ses amis, davantage de cohésion et de détermination, dans l’ouverture comme dans la confrontation.
À quoi cela sert-il, ainsi, d’exclure la Syrie d’un débat sur le Liban si au même moment la France, durement échaudée pourtant, rétablit, sans la moindre contrepartie apparente, ses contacts à haut niveau avec la Syrie? Et comment l’Amérique de Bush compte-t-elle s’y prendre pour contenir l’axe syro-iranien sans brûler le Liban, ou bien pour amadouer Damas sans pour autant sacrifier le Liban ? Il faudra davantage que les mises au point embarrassées de l’ambassade US pour faire oublier la sombre prédiction d’un été libanais chaud, un de plus, attribuée au numéro deux du département d’État David Welch. Tout comme il faudra davantage que le rituel des condamnations verbales pour conjurer le spectre d’un jihad libanais brandi par le bras droit de Ben Laden, Ayman el-Zawahiri.
Du délirant discours de celui-ci, ôtez les sottises telles que la référence à ces méchants croisés que sont les soldats de la Finul, et que reste-t-il ? Il reste tout de même la détermination, qu’affiche de longue date hélas le parti le plus considérable de l’opposition, de faire de ce pays fragile entre tous le fer de lance d’une guerre de mille ans à laquelle se sont dérobés les plus puissants des pays arabes. Les plus forts en gueule aussi.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ce sont des chambres, certes, mais où l’on ne peut dormir que sur son siège : comme on l’aura sans doute deviné, cette savoureuse définition figurant dans la dernière grille de mots croisés du Nouvel Observateur avait pour solution parlements. C’était sans compter toutefois avec le cas très particulier du Liban, où les députés seraient bien en peine de gagner leurs sièges, ne serait-ce que le temps d’une sieste-éclair ou même d’un furtif bâillement, puisque lesdits sièges sont interdits d’accès, par décision souveraine du président de l’Assemblée.
Que Nabih Berry soit habile manœuvrier, le fait est indiscutable. Mais que reste-t-il de l’art de la manœuvre quand l’imagination vient à manquer, quand c’est le même plat que l’on s’obstine à passer et repasser, quand la profusion de...