Depuis les attentats du 11 septembre 2001, certains dirigeants occidentaux, George Bush en tête, s’entêtent à expliquer le monde à travers une grille de lecture simple, sinon simpliste : « nous » d’un côté, « eux » de l’autre. Deux civilisations, l’une occidentale, l’autre arabo-musulmane, aux langages et aux systèmes de valeur différents, séparées par un mur d’incompréhension.
Dans ce climat où le préjugé fait valeur de vérité, les résultats d’une enquête sur le monde arabo-musulman menée par l’institut de sondage Gallup jettent un petit pavé dans la mare. Cette étude de grande ampleur a été réalisée sur six ans, dans 35 pays à majorité musulmane ou comprenant une large population adhérant à l’islam. Les résultats de cette enquête ont été compilés dans un ouvrage publié ce mois-ci et intitulé Who speaks really for islam ? What a Billion Muslims really think ? (Qui parle vraiment pour l’islam ? Que pense réellement un milliard de musulmans ?).
Deux points intéressants ressortent de cette enquête.
Premier point, selon ce sondage, la majorité des musulmans admirent l’Occident pour sa démocratie, ses libertés et ses progrès technologiques. S’ils devaient un jour rédiger une nouvelle Constitution, 94 % des Égyptiens, 92 % des Iraniens, 86 % des Indonésiens, 84 % des Jordaniens ou encore 82 % des Pakistanais affirment qu’ils y incluraient le droit à la liberté d’expression. À noter toutefois que pour estimer la portée réelle de ces réponses, il eût été intéressant d’ajouter des questions portant sur des exemples concrets : droit à la liberté d’expression en matière de religion notamment. À en juger par les réactions provoquées par la publication des caricatures du Prophète, le résultat avancé par l’institut Gallup aurait fort probablement été plus nuancé. Il n’en demeure pas moins que, si la majorité des sondés désapprouvent « la décadence morale » de l’Occident, la démocratie à l’occidentale reste séduisante à leurs yeux. Et, en particulier, la démocratie américaine : 68 % des Iraniens estiment que les citoyens américains bénéficient du plus grand nombre de libertés. À titre de comparaison, 39 % des Iraniens estiment que les Britanniques bénéficient du plus grand nombre de libertés.
Autre résultat particulièrement intéressant de cette étude, la proximité du monde musulman et des États-Unis sur la question du rapport à la religion. Sans surprise, la religion tient une place prépondérante dans la vie des ressortissants des pays musulmans, avec un taux de 98 % en Égypte ou de 74 % en Iran, par exemple. Mais cette assertion est également valable pour 68 % des Américains. Par ailleurs, la charia doit être « la seule source » du droit pour 66 % des Égyptiens, 60 % des Pakistanais et 54 % des Jordaniens. Elle doit être « une des sources » de la loi pour 65 % des Marocains, 54 % des Indonésiens, 66 % des Iraniens. Or 46 % des Américains estiment que la Bible devrait être « une des sources » de la loi et 9 % d’entre eux estiment qu’elle devrait être son unique source. 50 % des Jordaniens, 34 % des Pakistanais, 56 % des Iraniens, 63 % des Indonésiens et 73 % des Marocains, estiment en outre que les hommes de religion ne devraient pas avoir de rôle direct dans la rédaction d’une Constitution. Or, si 55 % des Américains partagent ce point de vue, 42 % estiment, au contraire, que les hommes de religion devraient jouer un rôle direct dans la rédaction d’une Constitution.
Sur le même sujet, une étude réalisée par l’institut Pew met en exergue un autre point intéressant. L’institut a réalisé une étude sur la corrélation entre la richesse d’une nation et son niveau de religiosité. Globalement, les nations les plus pauvres sont les plus religieuses. Dans cette catégorie, et en ce qui concerne les pays à majorité musulmane ou à population musulmane importante, l’on trouve l’Indonésie, le Pakistan, la Jordanie ou encore l’Égypte. Les pays les plus riches, comme le Japon, la France ou encore la Grande-Bretagne, affichent, eux, un taux de religiosité bas. Seule exception : les États-Unis. Le pays le plus riche en termes de revenu par habitants a un taux de religiosité largement supérieur à celui des pays riches occidentaux précités.
Autant de points qui devraient permettre aux États-Unis et au monde arabo-musulman de trouver un langage commun.
Émilie SUEUR
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Dans ce climat où le préjugé fait valeur de vérité, les résultats d’une enquête sur le monde arabo-musulman menée par l’institut de sondage Gallup jettent un petit pavé dans la mare. Cette étude de grande ampleur a été réalisée sur six ans, dans 35 pays à majorité musulmane ou comprenant une large population adhérant à l’islam. Les résultats de cette enquête ont été compilés dans un ouvrage publié ce...