Enfance sous les bombes, adolescence sous les bombes, âge adulte sous les bombes… Guerre civile, guerre de milices, guerre de libération… Explosions, attentats, assassinats… 1975-2008. Trente-trois ans… Jeunesse de nos parents, nous enfants, nous ados, nous adultes, eux déjà vieux…
Sang qui coule, mort. Sang qui coule, amputation. Amputation d’un membre, amputation d’un rêve, amputation d’une pulsion de vie. Une plume assassinée, un avenir incertain, avenir volé par une gifle, un bruit sourd, celui de nos votes dénigrés. Encore un qui part… Avenir volé par l’éclat de rire inconnu et successif d’un metteur en scène que nous ignorons, mais qui continue à écrire sa pièce de théâtre interminable. Nous y assistons impuissants et nous payons le tarif de notre compte de peurs, d’angoisses et de questionnements. Pourquoi ? Qui ? Où ? Combien ?
Nous flirtons avec le risque dans un corps-à-corps torride. Aller à l’école, à l’université, au travail devient un sport extrême. Et ce sourire stupide qui se dessine sur nos lèvres devant un agent de sécurité qui fouille nos sacs, nos voitures, notre intimité dans un souci de préserver nos vies, et de nous rappeler et de se rappeler qu’elles sont en danger…
Et le droit à la vie ? Il devient une réclamation, un cri, un besoin, un désir, une aspiration inaccordables. C’est un cri lancé sans pudeur par les médias qui braquent leurs caméras sur les yeux embués et la dépression des veuves, des orphelins, des mères qui ne comprennent pas et font face à l’impensable, entamant un deuil façonné par des criminels. Le pourquoi ne trouve de réponses ni dans la maladie, ni dans l’âge avancé, ni dans un accident de route. Il demeure une question suspendue, malmenée par des vents contraires, écrasée par un peuple qui refoule, qui ne veut plus voir, qui veut vivre, mais qui continue à mourir parce qu’il piétine le pourquoi pour rattraper le temps qui lui reste et… vivre.
Boîtes, cinés, restaurants regorgent et débordent le surlendemain de la proclamation d’un jour de deuil national, le lendemain étant trop risqué. Les morts se fanent dans l’oubli, leurs proches dans l’amertume et le renoncement.
Les autres continuent à danser et à boire, à rire et à chahuter parce que ces malheurs n’arrivent qu’aux autres, mais est-ce bien sûr ?
Jusqu’à quand ? Et le droit à la vie ? Il se cantonne dans le besoin d’appartenance à un camp plutôt qu’à un autre. Oui, ce camp-là ! Avec acharnement dans la recherche d’une identité et d’une vérité qui s’évaporent au nom du primaire qui persiste. Eux et nous. C’est qui, eux ? C’est qui, nous ? La vue s’estropie dans un agrippement à cette appartenance et à cette vérité, qui n’en est pas une, pour fuir l’anéantissement.
Jusqu’à quand cette apathie, ce déni ?
S’arrêter, tout arrêter pour dire : stop ! Réclamer la vérité parce que la vérité est libératrice. La vérité sur les meurtres, sur les explosions, sur la mort inexpliquée et le sang innocent qui coule.
Exiger d’arrêter cet engrenage, exiger une réponse au pourquoi, au nom du droit à la vie.
Zeina ZERBÉ
Psychologue clinicienne
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Sang qui coule, mort. Sang qui coule, amputation. Amputation d’un membre, amputation d’un rêve, amputation d’une pulsion de vie. Une plume assassinée, un avenir incertain, avenir volé par une gifle, un bruit sourd, celui de nos votes dénigrés. Encore un qui part… Avenir volé par l’éclat de rire inconnu et successif d’un metteur en scène que nous ignorons, mais qui continue à écrire sa pièce de théâtre interminable. Nous y assistons impuissants et nous payons le tarif de notre compte de peurs, d’angoisses et de...