Le troisième anniversaire du printemps de Beyrouth approche. L’anniversaire de la formidable révolution du Cèdre, l’anniversaire de la prise de conscience collective d’un peuple longtemps opprimé, assoiffé de liberté et surtout de dignité.
L’heure du bilan approche aussi, moins rose, moins glorieuse, amère. Qu’avons-nous gagné à nous époumoner, des jours durant, défiant l’oppresseur, nous donnant en spectacle au monde entier, qui assistait, admiratif, au réveil d’un peuple qui a choisi de se libérer ?
Au lendemain du fameux 14 mars 2005, peut-être un des plus beaux jours dans la vie de nombre de Libanais, nous nous étions dit que les choses allaient enfin bouger. Nous aurions déjà dû comprendre, alors, que le 15 mars 2005 ressemblerait beaucoup à tous les jours, tous les mois qui le suivraient : beaucoup de bruit pour rien. C’est comme ces lendemains de fête où l’on se retrouve avec une gueule de bois, un affreux mal de tête, un malaise général et quelques souvenirs qui nous arrachent des sourires nostalgiques. Ah, si nous étions encore hier !...
Ah, si nous pouvions encore rejouer le mois de mars 2005, la rue qui s’enflamme, les habitants de Beyrouth, de Tripoli, de Zahlé, des Cèdres, du Sud se tenir par la main et se frayer un chemin sur la route de la liberté! Mais les confettis sont depuis longtemps déjà épuisés, le vent de la gloire a tourné, les vents contraires ont gagné.
Aux lieu et place des slogans inlassablement répétés, nous avons droit aujourd’hui à un nettement moins glamour va-et-vient des diplomates qui s’activent à éteindre les étincelles du flamboyant feu d’artifice qui a fait rêver toute une génération de Libanais crédules. Nous voulions écourter le séjour présidentiel de M. Lahoud ? L’ancien président nous a nargués jusqu’au 24 novembre 2007, 00h00, l’heure où il s’est retiré comme tout chef d’État sortant, tranquille et serein.
Soit. Nous n’avons pas réussi la première étape, passons.
Nous voulions un président fort, issu de la majorité, qui assurerait les acquis de la révolution du Cèdre ? Deux mois après la vacance de la présidence, tous les noms de la majorité ont été écartés au profit du chef de l’armée, réputé neutre.
D’accord, nous voulons bien encore concéder sur ce point et accepter une nouvelle fois un sauveur débarqué en parachute militaire, et oublier l’aventure amère du dernier président libanais en date, lui aussi jadis qualifié de sauveur.
Nous voulons bien, sans fausse honte, sacrifier l’exercice démocratique qui voudrait que l’élection se fasse au Parlement selon le principe du meilleur qui gagne. Mais gardons le gouvernement, dernier rempart de fortune que réclame l’ogre ennemi.
Non, plus. Ce sera 10+10+10 ou rien. Même pas la majorité des sièges pour…la « majorité ».
Jusqu’où ira l’effeuillage ? L’avenir nous le dira.
Qu’avons-nous gagné, en somme ? Le tribunal international, nous dira-t-on. Oui, je veux bien le croire. Le tribunal est en bonne voie, mais force est de reconnaître qu’il n’intimide nullement nos agresseurs, soigneusement planqués dans tous les coins du pays, faisant « sauter » des pions aux moments stratégiques, signant presque leurs « exploits » sans peur de représailles. En guise de représailles, la diplomatie internationale les caresse dans le sens du poil, espérant leur arracher des miettes de dignité à distribuer aux pauvres Libanais affamés.
Qui paie le plus lourd tribut ? Vous et moi, chers lecteurs anonymes, héros d’un jour qui ne reviendra pas.
Article paru le vendredi 25 janvier 2008
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le troisième anniversaire du printemps de Beyrouth approche. L’anniversaire de la formidable révolution du Cèdre, l’anniversaire de la prise de conscience collective d’un peuple longtemps opprimé, assoiffé de liberté et surtout de dignité.
L’heure du bilan approche aussi, moins rose, moins glorieuse, amère. Qu’avons-nous gagné à nous époumoner, des jours durant, défiant l’oppresseur, nous donnant en spectacle au monde entier, qui assistait, admiratif, au réveil d’un peuple qui a choisi de se libérer ?
Au lendemain du fameux 14 mars 2005, peut-être un des plus beaux jours dans la vie de nombre de Libanais, nous nous étions dit que les choses allaient enfin bouger. Nous aurions déjà dû comprendre, alors, que le 15 mars 2005 ressemblerait beaucoup à tous les jours, tous les mois qui le suivraient :...