Par le Dr Sophie NIVOIX*
La crise des crédits immobiliers « subprimes » qui a éclaté aux États-Unis en 2007 a eu des conséquences à des degrés divers sur le secteur bancaire et la gestion d’actifs, non seulement en Amérique du Nord, mais partiellement aussi en Europe et dans le reste du monde. Étant donné l’état des en-cours de ce type d’emprunts, pour lesquels la hausse des taux n’est pas terminée, 2008 ne sera pas exempte de mauvaises surprises. Ainsi alors qu’en 2007 près de 1,4 million de logements ont fait l’objet d’une saisie, ce chiffre pourrait bien dépasser les 1,5 million en 2009. Pourtant, à côté des crédits immobiliers existent de nombreux crédits à la consommation, et plus particulièrement des crédits automobiles. Une récente étude universitaire (intitulée « Liquidity constraints and imperfect information in subprime lending ? », menée par Adams, Einav et Levin, et publiée par le NBER), en analyse les principales caractéristiques.
L’acheteur américain moyen finance sa voiture à hauteur de 90 %, avec un prêt moyen de 11 000 dollars. Le remboursement, aux conséquences moins catastrophiques que pour les logements, n’en est pas moins risqué. Ainsi, plus de la moitié des prêts de ce type aboutissent à un défaut de paiement, intervenant pour la majorité d’entre eux lors de la première année de remboursement. Fin 2007, les foyers américains totalisaient plus de 2 400 milliards de dollars en crédits autres qu’immobiliers. Mais quels foyers présentent le plus haut degré de risque ?
Tout d’abord ceux dont les revenus sont faibles et ayant déjà connu des incidents de paiement. Typiquement, les consommateurs ne présentant pas les garanties financières suffisantes pour accéder à un emprunt bancaire classique se tournent vers le marché des « subprimes ». L’analyse montre que ces consommateurs sont sensibles aux transactions en liquide et qu’ils se situent près de la limite basse de la distribution des notes de crédit (attribuées aux emprunteurs par les organismes prêteurs en fonction de leur niveau de risque). Il faut savoir que le revenu médian des foyers américains avoisine les 30 000 dollars avec une notation de crédit Fair Isaac (FICO) médiane supérieure à 700 points. Mais les emprunteurs « subprimes » n’atteignent pas le seuil de 500 points pour plus de la moitié d’entre eux, et un tiers ne possède ni compte chèque ni compte épargne. En conséquence, les taux d’intérêt annuels de ce type de prêts reflètent leur haut niveau de risque, et atteignent régulièrement 25 à 30 %.
Ensuite, on relève une saisonnalité marquée dans les achats reliés à ce type de prêts. Ainsi en février, la demande est de 50 % supérieure au reste de l’année, à cause notamment de remises fiscales. Par ailleurs, les consommateurs se montrent plus sensibles aux modalités de paiement – comptant ou différé – de leur voiture qu’à son prix, auquel on peut toujours espérer faire face avec un emprunt.
Concernant enfin les prêteurs, les chiffres montrent que prêter 1 000 dollars de plus à un consommateur accroît sa probabilité de défaut de 15 % en moyenne. Ce lien entre le montant prêté et la probabilité d’incident de remboursement se trouve au cœur même de la santé financière des prêteurs. Parallèlement, un consommateur empruntant 1 000 dollars de plus accroît de 24 % sa probabilité de défaut par rapport à un consommateur optant pour un paiement comptant de ces 1 000 dollars.
Une crise des emprunts automobiles n’aurait pas de conséquences aussi fortes que celle des « subprimes » immobiliers, mais le contrôle de leur niveau de risque demeure une préoccupation importante des prêteurs. L’alternative ? Prêter moins, avec moins de risque et moins de marge unitaire, ou prêter avec des marges élevées et des risques tout aussi élevés ! À méditer en période de hausse des taux…
* Spécialiste de finance à l’université de Poitiers, professeur à l’ESA
En coopération avec : ESA
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