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Actualités - Opinion

De la responsabilité maronite

La sentence est impitoyable : il n’y a que le provisoire qui dure. Dans le cas du Liban, le provisoire est synonyme de mort, de déliquescence programmée. Une adversité déjà vécue, déjà expérimentée et la République y a toujours laissé beaucoup de plumes. Mais aujourd’hui, ce n’est plus une question de fatalité, le résultat de situations complexes alimentées par des intérêts contraires. Aujourd’hui, le provisoire est délibérément recherché, distillé dans les esprits, une route largement ouverte pour permettre au vide institutionnel de s’y engouffrer. Le Liban sans président, c’est un coup de massue asséné à la communauté chrétienne, aux maronites plus précisément sans qui le pays du Cèdre, dans sa formule unique actuelle, n’aurait jamais vu le jour. Le Liban sans président, c’est l’aboutissement de plans externes, de noirs desseins ourdis depuis des années pour vider la nation de sa substance, de sa différence, pour l’intégrer à l’environnement uniforme auquel il a toujours réussi à échapper. Le Liban sans président, c’est le prétexte rêvé pour relancer les conflits intercommunautaires, pour déclencher les procès d’intention, les accusations toutes faites, les formules toutes stéréotypées. Fouad Siniora, en homme avisé, ne s’y est pas trompé et a vite fait de prendre le chemin de Bkerké pour rassurer le patriarche Sfeir : si le Conseil des ministres a hérité, constitutionnellement, des prérogatives du chef de l’État, il n’entend nullement, pour autant, voir cette situation se perpétuer. Discours également tenu au siège patriarcal, le jour même de l’élection ratée, par un Saad Hariri anxieux d’étouffer dans l’œuf les inévitables cris d’orfraie dénonçant la « mainmise sunnite » sur les affaires du pays. Des cris largement véhiculés par le Courant patriotique libre, des insinuations répandues comme une traînée de poudre parmi la population qui lui est acquise. Le Hezbollah, excellent meneur de jeu, n’a même pas besoin de tirer les marrons du feu : il lui suffit de cueillir les fruits d’une opération savamment orchestrée. Mais ne nous y trompons pas : la responsabilité est avant tout chrétienne, avant tout maronite. Et force est de constater que les ténors, les chefs concernés, n’ont pas réussi à éviter les traquenards, à saisir les perches tendues, à bluffer les imposteurs en les prenant au mot. Certains ont été piégés par leurs alliances, d’autres ont été aveuglés par leurs ambitions. Et, à l’heure de vérité, les dindons de la farce n’avaient plus qu’à se mordre les doigts…du moins ceux qui n’y avaient pas contribué, ceux qui ne s’étaient pas mouillés. Des mea culpa, des sursauts de conscience ? Nullement, mais des admonestations et des appels musclés au dialogue, de bizarres appels au dialogue, lancés à coups de sommations écrites, d’ultimatums télévisés : « Voilà ce qui vous est proposé, c’est à prendre ou à laisser, vous avez 24 heures pour réfléchir. » À la clef : le chaos assuré. Comment alors ne pas prendre la clé des champs ?! Mais trêve d’ironie : Nabih Berry a fixé au vendredi 30 novembre la date de la sixième tentative électorale, celle qui se déroulera, pour la première fois, hors des délais constitutionnels. Cinq jours pour un consensus, c’est plus qu’il n’en faut si les intentions se purifient, si les arrières-pensées cèdent la place aux intérêts supérieurs de la nation. Dans la liste du patriarche Sfeir, et hors liste également, figurent des noms véritablement consensuels autour desquels une unanimité peut se constituer. Des noms synonymes de rigueur, d’honnêteté et de savoir-faire. La grave crise que traverse le pays impose, aujourd’hui, de redonner à la première magistrature du pays le lustre qui était le sien avant qu’il n’ait été galvaudé par le président sortant. Unis, les maronites peuvent convaincre les autres communautés de leur choix. Désunis, ils auront confirmé leur marginalisation et pavé la voie au provisoire qui dure, à l’assassinat du « Liban message ». Rassembleurs ou fossoyeurs, l’avenir le dira. Michel Aoun, à cet égard, ne peut s’arc-bouter indéfiniment sur la position qui est la sienne. Pour finir, cessons de justifier nos heurs et malheurs, d’expliquer nos échecs et déroutes par les interférences des conflits régionaux ou la survenue d’événements internationaux. La conférence d’Annapolis, le bras de fer irano-américain, le conflit syro-saoudien ont bon dos : le ver, lui, est dans l’écorce libanaise, il la ronge depuis des décennies. En trois mots, cela s’appelle « prêter le flanc ». Nos proches et lointains voisins l’ont bien compris et nous le font régulièrement savoir. Nagib AOUN
La sentence est impitoyable : il n’y a que le provisoire qui dure. Dans le cas du Liban, le provisoire est synonyme de mort, de déliquescence programmée. Une adversité déjà vécue, déjà expérimentée et la République y a toujours laissé beaucoup de plumes.
Mais aujourd’hui, ce n’est plus une question de fatalité, le résultat de situations complexes alimentées par des intérêts contraires. Aujourd’hui, le provisoire est délibérément recherché, distillé dans les esprits, une route largement ouverte pour permettre au vide institutionnel de s’y engouffrer.
Le Liban sans président, c’est un coup de massue asséné à la communauté chrétienne, aux maronites plus précisément sans qui le pays du Cèdre, dans sa formule unique actuelle, n’aurait jamais vu le jour.
Le Liban sans président, c’est...