Comme la Bourse ou le climat, le dossier présidentiel est désormais à géométrie variable et ses éléments, positifs ou négatifs, dépendent de plus en plus des vents qui soufflent de l’extérieur.
Ceux qui suivent de près les négociations en cours affichaient hier leur conviction que les chances d’aboutir à une entente sont encore grandes, en dépit des oiseaux de mauvais augure. Pour justifier leur optimisme, ils se basent essentiellement sur la détermination du ministre français des AE à revenir à Beyrouth dans la première quinzaine de novembre pour donner un dernier élan au scénario présidentiel final, basé sur l’élection d’un président accepté de tous.
Des sources proches du président de la Chambre affirment ainsi que d’ici au 15 novembre Bernard Kouchner aura rencontré son homologue syrien Walid Moallem à Istanbul et le sommet entre le président français Nicolas Sarkozy et son homologue américain, prévu le 6 novembre, aura aussi eu lieu. La situation régionale et internationale serait alors moins confuse et permettrait de mettre sur les rails une élection présidentielle dans le calme et l’entente.
Les mêmes sources affirment qu’au cours du dernier mois, deux événements majeurs se sont produits et qu’ils seraient de nature à modifier les équations régionales et internationales.
Il y a eu d’abord la visite du président russe Vladimir Poutine à Téhéran, qui a été perçue comme un appui indirect au maintien du programme nucléaire iranien. D’ailleurs, cette visite remet en cause le projet américain d’imposer de nouvelles sanctions encore plus dures à l’Iran. Désormais, les États-Unis ne pourraient plus compter sur le Conseil de sécurité pour faire adopter des résolutions allant dans le sens de leur politique offensive contre l’Iran. C’est en tout cas le principal message qui ressort, selon les sources précitées, du voyage de Poutine à Téhéran.
Le second développement jugé très important pour l’évolution de la situation régionale est ce que les mêmes sources appellent le revirement de la Turquie. Celle-ci, affirment les proches du président de la Chambre, aurait modifié ses alliances en basculant du camp américain vers la Syrie et l’Iran. La dernière visite du président syrien Bachar el-Assad à Ankara aurait permis de concrétiser cette volte-face politique axée sur la question du Kurdistan. Depuis le début, les Turcs ont clairement refusé la création d’un État kurde dans le nord de l’Irak et ils ne veulent même pas entendre parler du renforcement éventuel du « canton kurde » au cas où une formule fédérale serait finalement adoptée dans ce pays. Après avoir envoyé en vain des signaux dans ce sens, les Turcs ont fini par passer à l’action et ils ont trouvé des alliés dans la Syrie et l’Iran.
Les sources proches du président de la Chambre estiment que cette nouvelle donne régionale et internationale affaiblit la position américaine et pourrait rendre l’Administration Bush plus favorable à l’élection d’un président d’entente au Liban. Les mêmes sources considèrent que, jusqu’à tout récemment, la politique américaine dans la région était traditionnellement basée sur trois forces : Israël, la Turquie et l’Iran. Or, l’État hébreu est aujourd’hui affaibli et son Premier ministre n’est pas en mesure d’offrir les concessions nécessaires pour que la conférence d’Annapolis puisse enregistrer un succès important dans le dossier israélo-palestinien. L’Iran est dans le collimateur de la politique américaine et la Turquie est en train de nouer des alliances avec « l’axe du mal ».
Dans ce contexte compliqué, où le moindre dérapage peut provoquer une guerre à l’issue inconnue, la France espère pouvoir effectuer une percée au Liban, en misant sur le fait qu’un chaos au pays du Cèdre pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la région. Le ministre Bernard Kouchner avait d’ailleurs décidé, dès le début de son initiative, de reprendre contact avec les autorités syriennes au sujet du dossier libanais. Mais le rendez-vous avait été annoncé à plusieurs reprises et reporté à chaque fois à cause des circonstances dramatiques. Selon les sources proches du président de la Chambre, l’ordre du jour de l’entretien Kouchner-Moallem est désormais fixé et la dernière visite de l’ambassadeur Jean-Claude Cousseran à Damas a été très utile à ce sujet. Les Français, affirment ces mêmes sources, voulaient d’abord évoquer uniquement le dossier présidentiel libanais, mais les Syriens ont été très clairs, exigeant que tous les problèmes en suspens soient évoqués, notamment la situation en Palestine, en Irak et en Turquie, ainsi que le dossier nucléaire iranien. De plus, la Syrie et l’Iran seraient actuellement en train de chercher à trouver une solution qui éviterait à la Turquie de mener une grande attaque contre le Kurdistan, ce qui pourrait arranger les États-Unis qui ne veulent pas perdre leur principal allié en Irak : les Kurdes. Entre une offensive turque au Nord et l’influence iranienne grandissante au Sud, les soldats américains seraient pratiquement pris en otages et la situation n’en serait que plus compliquée.
En principe, dans ce contexte délicat pour tous les acteurs régionaux et internationaux, l’entretien Kouchner-Moallem, s’il a lieu comme prévu au début de novembre à Istanbul, pourra aboutir à des décisions concrètes. D’autant qu’il intervient à la veille de la conférence organisée par Washington sur le dossier israélo-palestinien et alors que la Syrie prépare, de son côté, un congrès des organisations palestiniennes hostiles à l’Autorité palestinienne à Damas même.
Pour toutes ces raisons, et sans doute pour d’autres, les sources proches du président Berry estiment qu’il est encore possible de trouver une entente au Liban. Selon elles, le rôle de la France pourrait être essentiel, car ce pays a aujourd’hui une politique à égale distance de tous les protagonistes au Liban, a repris contact avec toutes les parties régionales concernées par le dossier libanais et a de bonnes relations avec l’Administration américaine. L’horizon n’est donc pas encore bouché, comme veulent le faire croire certains, mais la solution n’est pas non plus à portée de main. C’est aux Libanais que revient le mot de la fin...
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Ceux qui suivent de près les négociations en cours affichaient hier leur conviction que les chances d’aboutir à une entente sont encore grandes, en dépit des oiseaux de mauvais augure. Pour justifier leur optimisme, ils se basent essentiellement sur la détermination du ministre français des AE à revenir à Beyrouth dans la première quinzaine de novembre pour donner un dernier élan au scénario présidentiel final, basé sur l’élection d’un président accepté de tous.
Des sources proches du président de la Chambre affirment ainsi que d’ici au 15 novembre Bernard Kouchner aura rencontré son homologue syrien Walid...