Pour commencer, rassurons les sceptiques et les pessimistes, calmons les ardeurs des trublions et empêcheurs de tourner en rond : le 23 octobre n’est pas la fin du monde et jusqu’au 24 novembre il y aura forcément d’autres 23 octobre. Au jeu des chiffres et des lettres il y a pourtant une date limite, une ligne rouge infranchissable : il n’y aura pas un autre 24 novembre. En d’autres termes, ceux qui parient sur les prolongations, ceux qui rêvent de délais supplémentaires gagneraient à se faire une raison : le Liban aura un président dans les délais constitutionnels.
Que Nabih Berry maintienne ou reporte la réunion du 23 octobre, il est une réalité intangible à laquelle tous ne peuvent que se soumettre : le processus a été enclenché et le chef du Législatif a discrètement, presque en catimini, passé la main au patriarcat maronite.
Absent quand il le faut, présent quand il ne le faut pas, quand il verrouille les portes, met les députés en congé forcé, Nabih Berry a, cette fois, judicieusement opté pour un profil bas, laissant les maronites « se débrouiller tout seuls », sous la férule de Bkerké, pour démêler l’écheveau présidentiel.
Lourde responsabilité que celle du patriarche Sfeir réduit à invoquer le secours du ciel pour l’aider à ramener les « brebis égarés » sur le droit chemin. Mais les ouailles réunies à Bkerké ne l’entendent pas de cette oreille. Qui du 14 ou du 8 Mars s’est le plus égaré, qui de l’un ou de l’autre a emprunté le chemin le plus tortueux ? Qui est le plus à même de distinguer le vrai du faux, de délivrer les certificats de bonne ou de mauvaise conduite ?
Ce ne serait pas révéler un lourd secret que d’écrire qu’entre le patriarcat maronite et Rabieh le courant ne passe pas aisément et que le général Michel Aoun peine à comprendre les arguments avancés par Bkerké, ce dont il ne fait nullement mystère.
Qu’un comité de quatre, deux de la majorité et deux de l’opposition, ait été chargé de trouver un terrain d’entente, cela est encourageant, mais ne préjuge rien de la suite des événements. Le président consensuel, auquel tous se disent attachés, doit naturellement être agréé par les deux parties maronites, rassurer les uns et les autres et par extension bénéficier de la caution des diverses composantes confessionnelles du pays.
Une mosaïque de tous les tons, de toutes les couleurs autour d’un nom unique, la partie n’est pas facile et l’enjeu est d’autant plus important qu’il est viscéralement lié à des considérations extraterritoriales, à des facteurs régionaux.
Difficile de ne pas le constater lorsque Bachar el-Assad, faisant irruption dans l’arène présidentielle, promet aux Libanais un surcroît de drames et d’instabilité et reprend allègrement son antienne éculée accusant les forces de la majorité d’avoir choisi le « camp israélien ».
Difficile de ne pas le constater lorsque le Hezbollah annonce souverainement que le régime syrien est innocent de tous les crimes dont il est accusé au Liban, qu’il est la victime et non le bourreau, et que le tribunal international n’a donc plus lieu d’être.
Difficile de ne pas le constater lorsque l’Iran décrète que le Liban est promu « terre de lutte contre l’Amérique », lorsque Khamenei appelle au boycottage de la conférence de paix sur le Proche-Orient à laquelle ont convié les États-Unis.
Difficile de ne pas le constater lorsque les ministres des Affaires étrangères de trois pays européens, soutenus et encouragés par la communauté internationale, se donnent rendez-vous à Beyrouth pour souligner l’urgence d’une élection présidentielle dans les délais.
Quadruple parenthèse pour revenir à l’essentiel : l’initiative de Bkerké et ses chances de succès, des chances qui dépendent essentiellement de l’attitude qu’adoptera, au final, Michel Aoun, allié déterminé du Hezbollah, lequel est lui-même l’allié indéfectible de la Syrie et de l’Iran. Situation difficile, pour ne pas dire embarrassante, parce que révélatrice des contradictions qui animent le Courant patriotique libre.
Candidat de défi ou grand électeur participant au choix du futur président, c’est la stature de l’homme d’État qui est en jeu, son avenir dans l’équation à venir, dans la recomposition d’un pays en déliquescence.
L’élection présidentielle, redisons-le, aura lieu dans les délais et sera plébiscitée, cautionnée par la communauté internationale. Fasse le ciel qu’elle ne se déroule pas à la majorité absolue, cela signifierait, alors, que les ambitions personnelles ont prévalu sur l’intérêt général, que les agendas régionaux ont prévalu sur les urgences nationales, que la marge de manœuvre entre alliés, dont on s’enorgueillissait si bruyamment, n’était que vue de l’esprit.
Et c’est la stature de l’homme d’État qui se délitera, une nouvelle occasion en or qui n’aura pas été saisie. Le grand gâchis, tout simplement.
Nagib AOUN
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Que Nabih Berry maintienne ou reporte la réunion du 23 octobre, il est une réalité intangible à laquelle tous ne peuvent que se soumettre : le processus a été enclenché et le chef du Législatif a discrètement, presque en catimini, passé la main...