La grande mascarade
Tous ces hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d’une partie d’échecs qui continuera de se jouer tant qu’un hasard ne renversera pas le damier, disait Honoré de Balzac. Il en est ainsi de cette grande comédie qui s’est déroulée au Parlement, en cette fameuse journée du 25 septembre. Plus de quatre-vingt-dix députés, princièrement installés la veille dans un hôtel de luxe, étaient présents, mais seulement 76 sont entrés dans la grande salle, suivant un scénario bien planifié, et une autre quinzaine devait s’installer dans une des antichambres pour ne pas assurer le quorum requis.
La nouvelle pièce se jouera donc le 23 octobre. Les citoyens devraient d’ici là prendre toutes les précautions. Ajourner leurs projets, retenir les paroles de quelques chefs de file devenus astrologues et qui peuvent avant soixante-douze heures seulement savoir qui va être assassiné. Enfin, avec la rentrée scolaire ou universitaire, franchement messieurs les députés, nous avons peur pour nos enfants. Nous ne voulons plus voir des victimes innocentes tomber, ou émigrer. Vous voulez rester dans les hôtels ? Restez-y, mais de grâce, cette fois, que cela soit à vos propres frais.
Antoine SABBAGHA
Loi vs terreur
Que le quorum requis pour l’élection d’un président de la République soit des deux tiers ou de la majorité plus un, il devrait être calculé sur base du nombre de députés vivants. Un jour – que nous espérons proche –, il faudrait envisager une modification de la Constitution dans ce sens. Car parfois, faute de temps matériel, les élections partielles que la loi suprême a prévu en vue de remplacer les parlementaires défunts ne peuvent être organisées. Aujourd’hui, nous avons l’exemple de l’assassinat d’Antoine Ghanem survenu le 19 septembre, six jours seulement avant la tenue de la séance parlementaire pour l’élection présidentielle. Sans compter qu’il est à craindre aussi que d’autres disparitions surviennent durant la session s’étendant jusqu’au 25 novembre.
Si la violence fauche des vies humaines, elle ne devrait pas avoir raison de la pratique de la démocratie. C’est pour cela qu’il est nécessaire de prévoir au plus tôt une loi tenant compte du contexte politique, contexte qui tend d’ailleurs à devenir une situation permanente. En vue de pallier le vide laissé par des décès survenus à la veille de l’échéance, cette loi devra prendre en compte pour le calcul du quorum non plus le nombre initial de sièges (128), mais bien celui des seuls députés vivants. Car on ne saurait tenir compte des morts au moment de l’élection. Et en quelques jours, avec la meilleure bonne volonté, aucune démarche, aucune mesure ne pourra réussir à assurer leur succession. Si l’amendement a lieu, les criminels hésiteraient à recourir aux assassinats politiques puisque leurs méfaits, ne constituant plus un obstacle à l’élection d’un président, ne leur seront plus d’aucune utilité. Ils devront alors se résoudre à trouver d’autres moyens, moins monstrueux, pour tenter de saboter les réunions du collège électoral. L’outil législatif digne aura vaincu l’outil honteux de la terreur.
Claude ASSAF
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