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Actualités - Opinion

Partition faite, répartition à faire

Elle n’est pas géographique, pas encore, elle n’est pas territoriale, pas tout à fait, mais nul n’ignore que nous vivons un état de partition et de fracture nationales, tant sur le plan psychologique que politique et que tout est ressenti désormais, par l’ensemble des citoyens, comme relevant de l’insupportable et de l’inadmissible. On peut certainement affirmer que le pays n’a jamais été aussi divisé quant au fond et que ce qui n’a pas été réalisé pendant l’atroce guerre de 1975 à 1991 et durant l’occupation syrienne se réalise maintenant, avec conviction et détermination, par ceux-là mêmes qui accusaient naguère, les chrétiens du Liban, d’isolationnisme rétrograde. La distance des esprits, des cœurs est là, nourrie de haine et d’adversité, mettant très gravement en péril l’avenir de la nation. L’insupportable, c’est le maintien de la population dans son ensemble, à quelque bord qu’elle appartienne, dans une lassante incertitude quant à une échéance constitutionnelle qui aurait dû faire l’objet, depuis longtemps, d’une véritable campagne, articulée sur des programmes précis, proposés au collège électoral de l’Assemblée nationale. À la place, une mascarade et un jeu d’influences contradictoires qui nous maintiennent sous tutelle et font de nous un peuple incapable de se gérer ou d’assumer un niveau minimum d’autonomie. La cause est à situer à la fois dans une immaturité politique globale et dans les conséquences de l’affaiblissement et du démantèlement des institutions durant la triste occupation syrienne. On ne dira jamais assez combien le régime de Damas a été profondément néfaste pour le pays, et combien il a déstabilisé la vie publique, avec la complicité, hélas, de toute une classe politique qui, aujourd’hui, a retourné très ostensiblement et sans vergogne aucune sa veste. L’insupportable, c’est aussi que, tablant sur une sorte de débilité mentale collective supposée, on nous fasse avaler, n’en déplaise à nos politologues prêts à tout justifier, des hérésies politiques comme la démocratie consensuelle, le tiers de blocage et l’opposition faisant partie du gouvernement dans un pays démocratique, au nom de la sacro-sainte participation au pouvoir. L’insupportable, c’est enfin le fait de faire dépendre l’élection présidentielle, par la faute de toutes les parties réunies, de diktats provenant d’un étranger proche ou lointain et de faire éclater au grand jour l’incapacité d’une décision relativement autonome. Quant à l’inadmissible, il réside dans ce que l’on peut constater comme une partition de fait, réalisée par un parti-milice au fonctionnement totalitaire, appuyé par une opposition plurielle que réunissent la hargne, la frustration et l’arrivisme impatient. Mettant en place une autarcie économique aussi illusoire et fragile que paradoxale et dans la plus pure illégalité, cette entité autocratique et théocratique à la fois se berce de fictions d’omnipotence et réclame, quand il le faut, à l’État central (il faut bien ainsi l’appeler), ce qui lui est dû, alors que sa masse populaire ne paie aucune redevance à ce même État, pour les prestations essentielles que ce dernier assure. L’inadmissible est incarné par l’annulation des fonctions du Parlement par un président du Législatif autoproclamé seul détenteur de la décision nationale, après avoir entériné ou couvert des violations multiples de la Constitution en obéissant à toutes les injonctions provenant des bords du Barada. Le deuxième personnage de l’État se comporte comme l’homme de la conciliation et de la modération, comme le sauveur de la République. L’inadmissible, enfin, est que la vie publique, dans ses manifestations diverses, soit prise en otage par une minorité armée qui conspue, accuse, menace, soutient les agresseurs présumés et fait impunément la loi depuis des décennies, en annulant les assises d’un véritable mode de fonctionnement démocratique. Les prestidigitateurs américains, européens ou arabes modérés pourront faire sortir de leur chapeau un président consensuel ou à la majorité absolue qui, à son tour pourra peut-être réaliser l’exploit de la formation d’un cabinet « hérétique » d’union nationale. Mais le vrai problème ne sera pas résolu ; la solution ne pourra être que temporaire. Le mal est plus profond, et la médication ne peut plus être symptomatique, superficielle. La question fondamentale est désormais une répartition des sources du pouvoir, une autre conception de la vie collective pour que le pays, dans ses différentes composantes, puisse continuer à exister et bénéficier d’une véritable solidarité nationale, aujourd’hui fortement compromise ou perdue. La trajectoire pourrait être simple : un président, un gouvernement, une loi électorale équitable, des élections législatives, une nouvelle Chambre qui devra se donner pour tâche essentielle la révision de notre Constitution pour l’asseoir sur des bases d’égalité, de démocratie véritable, de souveraineté et de liberté. C’est d’une Assemblée constituante que nous avons désormais besoin pour jeter les fondements de la vie commune future, sans autre a priori que l’allégeance à l’État et au Liban dans les limites géographiques que lui reconnaît la communauté internationale et que lui refusent, paradoxalement, la Syrie et Israël. Un tel Liban peut-il exister ? Y penser ou y rêver est-ce pure utopie ? Peut-on encore sauver la République ? Je sais bien que la condition première pour arriver à ce consensus essentiel serait le décloisonnement confessionnel auquel Taëf avait invité les hommes politiques libanais et à en prévoir les premières nervures. Il n’en a rien été par l’intrusion constante des « décideurs » de l’époque, dont l’effet-tenaille ou bulldozer reste toujours aujourd’hui aussi opérant. Décloisonner, laïciser, pour le salut immédiat et l’avenir lointain, c’est la seule perspective. Quels visionnaires auront le courage de le penser, de le vouloir et de le faire admettre ? Faut-il encore attendre cent ans pour qu’un tel projet se réalise ? Les propositions sont pourtant là : on a parlé de neutralité positive pour notre pays, afin de le soustraire aux tiraillements qui l’écartèlent ; on a évoqué l’idée d’un Sénat pour la représentation des communautés confessionnelles dans une chambre ayant un pouvoir de contrôle ; on parle de citoyenneté laïque pour assainir la communication entre Libanais. Où sont les réponses à ces propositions et qui aura la force ou le pouvoir de les demander et de les appliquer ? Pr Mounir CHAMOUN USJ
Elle n’est pas géographique, pas encore, elle n’est pas territoriale, pas tout à fait, mais nul n’ignore que nous vivons un état de partition et de fracture nationales, tant sur le plan psychologique que politique et que tout est ressenti désormais, par l’ensemble des citoyens, comme relevant de l’insupportable et de l’inadmissible. On peut certainement affirmer que le pays n’a jamais été aussi divisé quant au fond et que ce qui n’a pas été réalisé pendant l’atroce guerre de 1975 à 1991 et durant l’occupation syrienne se réalise maintenant, avec conviction et détermination, par ceux-là mêmes qui accusaient naguère, les chrétiens du Liban, d’isolationnisme rétrograde. La distance des esprits, des cœurs est là, nourrie de haine et d’adversité, mettant très gravement en péril l’avenir de la...