Rechercher
Rechercher

Actualités - CHRONOLOGIE

La capitale du Vietnam est connue pour ses temples et ses anciennes demeures coloniales françaises L’urbanisation galopante menace l’héritage architectural de Hanoï

Alors que Hanoï se jette dans le XIIe siècle, grues et autres boulets de démolition menacent tous les jours un peu plus son héritage architectural, considéré comme l’un des joyeux de l’Asie. L’urbanisation galopante met sous pression la capitale du Vietnam, connue pour ses vielles maisons, anciennes demeures coloniales françaises, cafés et autres temples qui s’ouvrent encore sur de paisibles lacs et de larges avenues ombragées. Dans les rues de cette ville de trois millions d’habitants, les bétonneuses partout sont à l’œuvre, quand les bulldozers n’entreprennent pas des opérations sauvages de démolition de vieilles bâtisses que les autorités ont du mal à contrôler. En 2010, Hanoï fêtera son millénaire. Et pour les experts, qui craignent que les urbanistes n’aient à trancher entre modernisation et préservation historique, elle est à un tournant. « Hanoï est une perle de l’Asie », estime Edle Tenden, coordinatrice de programmes culturels à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). « Les gens vivent dans la rue, mangent dans la rue, discutent entre amis, se reposent et font des affaires dans la rue », poursuit-elle. « Il y a une structure urbaine, mais aussi une vie urbaine. » Le cœur de Hanoï est le vieux quartier, ce labyrinthe de 36 rues aux commerce et tourisme trépidants, chacune dédiée depuis des siècles à une corporation particulière. Il offre un condensé du problème : avec 15 000 foyers dans trois kilomètres carrés, c’est une des zones les plus peuplées au monde. La capitale vietnamienne « croît à un rythme rapide », souligne Edle Tenden. « S’y adapter tout en préservant l’héritage est un énorme défi. » Beaucoup d’Hanoïens sont eux-mêmes abasourdis par l’allure de la transformation. Les rues, pleines de vélos au milieu des années 80 quand le pays communiste lançait sa politique du « Doi Moi » (le « renouveau »), sont aujourd’hui envahies par les deux-roues à moteurs. « L’économie croît à plus de 8 % et avec l’ouverture du commerce liée à (l’adhésion du Vietnam) à l’Organisation mondiale du commerce, il va y avoir une accélération de l’investissement », prédit Bill Paterson, spécialiste infrastructure à la Banque mondiale. Un total de 197 nouveaux hôtels, immeubles de bureaux ou d’habitations et autres projets urbains d’un montant de 918 millions de dollars (662 millions d’euros) ont reçu l’approbation des autorités depuis le début de l’année, selon le département du Plan et de l’Investissement de la ville. En août, le sud-Coréen Keangnam a entamé les travaux de ce qui devrait être le plus gros bâtiment du pays, un complexe de 70 étages combinant hôtel, bureaux, appartements et dont le coût est estimé à un milliard de dollars (720 millions d’euros). Les autorités prévoient elles aussi de nouvelles infrastructures, comme des lignes de métro ou des nouveaux ponts. « Les infrastructures sont vieilles, seulement construites pour supporter environ 500 000 habitants », relève Trung Quoc Tran, architecte américain né au Vietnam. « Les autorités et les citoyens doivent regarder la carte de leur ville de façon très réaliste », poursuit-il, préconisant une approche « chirurgicale » pour « insérer des infrastructures sans abîmer la structure de la ville ». Hanoï a déjà pris des mesures pour préserver son héritage. En théorie, les vieilles villas coloniales françaises sont protégées et la taille des immeubles autour de son fameux lac Hoan Kiem, à l’entrée de la vieille ville, est limitée. Mais beaucoup jugent encore trop aléatoires les plans d’urbanisme. « Hanoï travaille dur à un nouveau plan directeur, qui inclut une extension des zones résidentielles autour de la ville et une préservation du cœur de son héritage », explique Edle Tenden. « Mais c’est toujours un défi de mettre en place un tel plan sous une telle pression. »
Alors que Hanoï se jette dans le XIIe siècle, grues et autres boulets de démolition menacent tous les jours un peu plus son héritage architectural, considéré comme l’un des joyeux de l’Asie.

L’urbanisation galopante met sous pression la capitale du Vietnam, connue pour ses vielles maisons, anciennes demeures coloniales françaises, cafés et autres temples qui s’ouvrent encore...