Dominique de Villepin, inculpé hier dans l’affaire Clearstream, a eu un seul mot d’ordre lors de ses longues années dans les coulisses du pouvoir, puis à la tête du gouvernement français : foncer sabre au clair, quitte au final à s’abîmer, rattrapé par sa rivalité avec Nicolas Sarkozy.
Féru d’épopée napoléonienne, M. de Villepin, 53 ans, a toujours cru en son destin et conçoit la vie comme un perpétuel combat. « C’est mon meilleur chef de commando », a dit de lui l’ancien président Jacques Chirac.
Secrétaire général de l’Élysée de 1995 à 2002, et à ce titre conseiller privilégié de M. Chirac, M. de Villepin est à l’origine de la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997, qui vaudra une défaite inattendue à son camp et infligera à M. Chirac cinq ans de cohabitation avec un Premier ministre socialiste, Lionel Jospin. Mais le chef de l’État ne lui en tient pas rigueur : réélu, il le nomme ministre des Affaires étrangères. M. de Villepin apparaît en pleine lumière en février 2003 lors d’un discours resté célèbre à l’ONU, où il porte le « non » de la France à la guerre en Irak.
Ce diplomate de carrière, qui ne s’est jamais confronté au suffrage universel, décroche le ministère de l’Intérieur en 2004 et devient Premier ministre un an plus tard après l’échec du référendum sur la Constitution européenne. Une consécration qui vient récompenser ses bons et loyaux services chiraquiens. Ou ses basses œuvres, disent ses détracteurs : pour son ancien ami, le journaliste et écrivain Franz-Olivier Giesbert, devenu férocement anti-Villepin, « cet homme reste avant tout un Mozart de la manipulation, tout miel par devant et sans pitié par derrière ».
Ennemi juré de Nicolas Sarkozy, qu’il surnomme « le nain », il rêve de lui barrer la route de la présidence, voire d’accéder lui-même au pouvoir suprême, sans jamais l’avouer publiquement. Leur rivalité est notoire, mais la crise sur le nouveau contrat de travail réservé aux jeunes, qui mettra des millions de Français dans la rue, puis les soupçons liés à l’affaire Clearstream le mettent définitivement sur la touche au niveau politique.
Malgré des rabibochages de façade, la tension Villepin-Sarkozy reste à son comble. Le ministre de l’Intérieur et futur président, partie civile dans le dossier, prévient même, en petit comité : « Moi quand je tire, c’est pour tuer, pas pour blesser. »
Depuis l’entrée triomphale de son rival à l’Élysée, M. de Villepin a totalement disparu de la scène politique. Né au Maroc en 1953 dans une famille aisée, les Galouzeau de Villepin, Dominique Marie François René a passé une bonne partie de sa jeunesse au Venezuela, où il « rêvait » de la France. À l’aise en anglais, il parle parfaitement l’espagnol. Grand, chevelure argentée, de belle allure, l’homme est un sportif accompli, catégorie marathon. Poète à ses heures, amateur d’histoire, il a plusieurs livres à son actif, dont Les cent jours ou l’esprit de sacrifice.
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