Feux de la honte
Je voudrais bien répondre à l’émouvant article de M. Antoine N. Sfeir daté du mardi 24 juillet, « Feux de joie », que j’appellerais aussi « Feux de la honte ». Je partage ses sentiments, car nous aussi, à Achrafieh, avons été révoltés et scandalisés par cet éclatement de joie, alors que le pays passe par la pire période qu’il ait jamais connue. Il n’est pas permis que certains chrétiens n’aient plus aucune pudeur et aucun respect envers la douleur de ces mères qui enterraient leurs enfants alors qu’éclataient ailleurs ces feux de joie, et envers ses soldats qui meurent jour après jour pour que nous vivions libres et indépendants. Il n’est surtout pas permis que le clergé n’intervienne pas à son niveau, interdisant de célébrer les fêtes chrétiennes – de la Vierge et de la Croix – dans cette liesse et cette indifférence au malheur d’autrui. Que ces millions jetés pour ces feux d’artifice soient donnés à ces veuves et familles de soldats qui, en plus de leur immense douleur, doivent faire face à de nouveaux problèmes de survie.
Ce n’est donc plus à la conscience des gens que je fais appel, mais plutôt à celle du clergé et de notre patriarche, qui devraient, en ces fêtes, pousser plutôt les chrétiens à la prière et à la réflexion, et non à la liesse et à l’indifférence.
Josiane KHOURY
Plutôt ma famille que les voisins
Tout le monde le dit : si la situation reste en l’état, le Liban va vers le gouffre, l’anarchie et la désintégration.
Amr Moussa, Bernard Kouchner, Ban Kee-moon, le patriarche Nasrallah Sfeir, le roi Abdallah, Nicolas Sarkozy, les Syriens eux-mêmes et beaucoup d’autres, tout le monde répète à l’unisson : les Libanais doivent eux-mêmes trouver une solution acceptable pour résoudre leur crise de confiance, sinon c’est la fin de leur pays.
Avant la rencontre de La Celle-Saint-Cloud, on disait n’en attendre pas grand-chose, on répétait que la décision se trouvait ailleurs. Mais alors pourquoi y être allé alors que les résultats étaient connus d’avance ? Nos responsables font la sourde oreille et ne veulent rien savoir de cette éventualité qui nous guette, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes les initiateurs et instigateurs de ce capharnaüm à venir. À moins que, comme l’autruche, ils ne soient en train de se boucher les oreilles et d’enfouir leur tête dans le sable pour ne rien voir, rien entendre. Le dénouement serait évidemment la partition, la guerre civile, l’anarchie.
Au fond, de quoi s’agit-il ? De quelques ministres, de quelques fonctionnaires de plus ? D’un vendredi saint chômé ou non ? Tout le monde, à l’exception de nos dirigeants, sait que l’égoïsme et l’orgueil qui rongent les cœurs sont à la base des conflits présents. Pourquoi devrai-je accepter les conseils et initiatives de mes voisins si tous s’accordent à détruire ma maison ? Pourquoi devrais-je les écouter, plutôt que d’écouter les membres de ma grande famille libanaise qui partagent les mêmes soucis que moi ? Je pense qu’il est temps de se réveiller et de crier haut et fort notre amertume, et exiger une solution immédiate qui viendrait des gens modérés, qui partagent les mêmes opinions : le général Sleimane, le patriarche Sfeir, les muftis Kabalan et Kabbani, le cheikh Akl. Qu’ils se réunissent plutôt que les participants à la conférence de La Celle-Saint-Cloud, et qu’ils adressent à ces derniers un ultimatum clair et précis.
Dr Fouad ATIK
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