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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Aux frontières du réel

Vingt-septième semaine de 2007. C’est une drôle d’opération marketing qui doit se conclure aujourd’hui 07/07/07 par la proclamation des sept nouvelles merveilles du monde, que les Terriens auront choisies entre vingt et un sites, qui vont d’une acropole athénienne à d’anciennes cités, tant à Tombouctou qu’à Chichen-Itza, d’une grande muraille chinoise à un mausolée indien, d’une Eiffel parisienne à un opéra australien, d’un Colisée romain à des temples cambodgiens ; bref, un circumnavigation planétaire mais qui a pourtant et inexplicablement oublié l’un des panoramas les plus étymologiquement merveilleux, dans le sens que ce site-là s’éloigne plus que tout autre du cours ordinaire des choses, qu’il relève férocement du miraculeux et du surnaturel : le Liban. Le Liban aurait dû figurer au cœur de ce name dropping géographique ultrachic et même remporter haut la main l’irrévocable label d’unique nouvelle merveille du monde. Pas pour ses multiples ruines romaines, ses cèdres, son Saifi village, son SkyBar, son Café des glaces, la rue Gemmayzé ou son carnavalesque camping pérenne place Riad el-Solh, il les mériterait amplement ; mais bien plutôt pour ce qui fait l’inestimable richesse de sa classe et de sa pratique politiques. La preuve par sept. Un : un chef de l’État qui n’a aucune des qualités politiques requises et dont la seule conception de l’État se résume à la soumission aux desiderata syriens ; un homme imposé aux Libanais par la seule et coercitive volonté de la famille Assad et qui se targue de vouloir appliquer la Constitution alors que la seule chose qu’il sait faire, à part recevoir d’anciens députés prosyriens, c’est, justement, la bafouer ; un homme qui a décidé de la jouer Hitchcock et qui menace tout le monde d’une nouvelle entourloupe pseudo-constitutionnelle qu’il entend exhiber à l’instant T, lui qui donne chaque jour un peu plus toutes les raisons du monde d’inclure le naturel empeachment dans la Loi fondamentale de ce pays. Si ce n’est pas merveilleux, ça… Deux : un président de la Chambre qui a décidé de ne plus présider que les réunions du mouvement Amal et de ses annexes et qui n’a plus pour seule Chambre que les horizons, visiblement très élastiques, d’un Aïn el-Tiné architecturable à souhait. Entre ceux qui sont convaincus de la syrianitude idéologique de cet homme et ceux qui continuent de croire qu’il est le seul interlocuteur majeur de sa communauté capable de s’émanciper de la mortifère tutelle mentale et physique du régime damascène, le supposé n° 2 de l’État continue de kidnapper, le plus impunément du monde, la plus fondamentale institution étatique de ce pays ; d’en faire, elle aussi, une annexe de son mouvement. Si ce n’est pas merveilleux, ça… Trois : un Premier ministre qui a certes fini, depuis longtemps, de prouver qu’il est le seul et énorme homme d’État que le Liban en général et le Sérail en particulier ait connu depuis des décennies, mais qui n’a toujours pas su se désembourber, se libérer aussi bien de certains carcans dans lesquels il gigote depuis longtemps que des pièges que lui tendent tellement facilement et tellement régulièrement ses adversaires politiques. Un Premier ministre albatros, avec des ailes assez gigantesques qui l’empêchent de marcher, de faire ? Si c’est pas merveilleux, ça… Quatre : une majorité qui a certes fini par comprendre, mieux vaut tard, qu’elle est une majorité, qui s’est battu pour imposer le tribunal international, qui se bat, avec l’aide de la communauté internationale, pour imposer la primauté de l’État aux quatre coins du pays, mais à qui il manque cruellement deux choses. D’abord, du concret, de ce concret à même de marquer indiscutablement le quotidien des Libanais, des actes clairs, des réformes-événements, même sans l’aval de l’opposition – et ce serait une belle manière de la mettre devant ses responsabilités, de lui faire comprendre qu’on n’attend que son retour pour reconstruire à deux mains. Ensuite, un peu, un tout petit plus de transparence interne à l’adresse de son opinion publique : plus de réunions entre ses différents pôles, plus de cohérence, plus de clarté ; ne serait-ce qu’en nommant un porte-parole de la majorité, qui rendrait compte et informerait les Libanais chaque jour de ce que cette majorité, de préférence une et indivisible, pense et fait et où elle en est. En attendant, la majorité, devenue cœur de cible des mercenaires régionaux de tous poils, s’enterre ou fuit : si ce n’est pas merveilleux ça… Cinq : les oppositions. Plus rien à dire ; tout a été dit : entre le Hezbollah et le CPL, un nouveau palier est franchi à chaque fois. On retiendra les lazzis et les quolibets du premier à propos des députés de la majorité qui quittent un Liban à même de devenir, à n’importe quel moment, leur tombeau ; et du second l’opposition à un contrôle international de la frontière libano-syrienne, ainsi qu’un sens aigu de la démocratie, traduisible par un constant et retentissant ou moi ou personne. Si ce n’est pas merveilleux, ça… Six : un pays comme le Liban, qui ne survivra jamais sans démocratie consensuelle, sans confessionnalisme politique, c’est malheureux mais c’est ainsi, a besoin, pour vivre, d’une laïcité politique absolue. Si ce n’est pas merveilleux, ça… Sept : dans un pays qui a tout pour devenir un infini champ des possibles, dans un pays qui a tout pour assurer un leadership culturel, économique et moral dans une région-cœur de monde, on en est encore réduit à aller soit-disant se retrouver à l’étranger pour parler de… la nécessité de renforcer l’État libanais. Merveilleux. Ziyad MAKHOUL

Vingt-septième semaine de 2007.
C’est une drôle d’opération marketing qui doit se conclure aujourd’hui 07/07/07 par la proclamation des sept nouvelles merveilles du monde, que les Terriens auront choisies entre vingt et un sites, qui vont d’une acropole athénienne à d’anciennes cités, tant à Tombouctou qu’à Chichen-Itza, d’une grande muraille chinoise à un mausolée indien, d’une Eiffel parisienne à un opéra australien, d’un Colisée romain à des temples cambodgiens ; bref, un circumnavigation planétaire mais qui a pourtant et inexplicablement oublié l’un des panoramas les plus étymologiquement merveilleux, dans le sens que ce site-là s’éloigne plus que tout autre du cours ordinaire des choses, qu’il relève férocement du miraculeux et du surnaturel : le Liban. Le Liban aurait dû figurer au...