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Un Premier ministre, bougon, brillant et compliqué, qui devra apprendre à séduire

Si les idées politiques du nouveau Premier ministre britannique Gordon Brown ressemblent à celles de Tony Blair, cet Écossais brillant, mais bougon et compliqué, aura bien du travail pour charmer autant que son prédécesseur. Fils d’un pasteur d’une paroisse déshéritée près d’Édimbourg, M. Brown, 56 ans, décrit par son frère comme ayant été à l’adolescence « ennuyeux, mais très intelligent », a, contrairement à Tony Blair, toujours été pénétré de l’idée de justice sociale. Il est élu député en 1983, comme Tony Blair. Les deux hommes partagent le même bureau-placard à Westminster, sont surnommés « les jumeaux » ou « les frères de sang ». Plus tard, leurs rapports conflictuels seront comparés à ceux des Beatles John Lennon et Paul McCartney. Gordon Brown est incontestablement à l’origine du New Labour, ce travaillisme réaliste conçu pour veiller sur l’individu sans effrayer la City. Or quand, en 1994, le leader travailliste John Smith meurt du jour au lendemain, il ne sait pas saisir sa chance et s’incline sans combattre devant Tony Blair qui prend la tête du parti. « Ne voulant pas ou ne sachant pas aller chercher les soutiens, il comptait sur ses qualités de gros travailleur et son intelligence » pour convaincre, estime son biographe Tom Bower. Mais en politique, cela ne suffit pas. Brown, bourreau de travail, mais brouillon (on l’a encore vu récemment une jambe de pantalon coincée dans une chaussette), mal coiffé, longtemps célibataire endurci délaissant ses amies pour le football et la politique, ne peut rivaliser avec l’affable et spirituel anglais Tony Blair, sa femme Cherie et leurs quatre enfants. Le jour où il capitule, pendant un célèbre déjeuner secret, Gordon Brown obtient en échange le ministère des Finances et la promesse que Blair lui cédera un jour le poste de Premier ministre. Aux Finances, il a régné, octroyant à la Banque d’Angleterre son indépendance et refusant l’euro. La dette est aujourd’hui contenue à 40 % du PIB, bien en dessous de la plupart des voisins européens, le chômage à 5,5 % contre 7,1 % en zone euro et 8,2 % en France. La City rivalise de richesse avec Wall Street. Gordon Brown finit même par se marier en 2000 avec Sarah, responsable de relations publiques. Mais leur premier bébé Jennifer meurt dix jours après sa naissance. Ils ont ensuite John en 2003 puis James Fraser en 2005, qui est atteint de mucoviscidose. La paternité et ces chagrins adoucissent M. Brown. Toutefois, quand Tony Blair se fait réélire une troisième fois en 2005, sans donner de signes d’un départ prochain, c’en est trop pour le chancelier. À en croire son ancien collaborateur lord Turnbull, Gordon Brown peut se révéler « stalinien », « méprisant » et « cynique ». Ses amis le jugent loyal, mais peu enclin à pardonner la trahison. Ainsi, il semble bien avoir instrumentalisé la campagne interne qui a forcé en septembre Tony Blair à annoncer son retrait dans les douze mois, tout en laissant ses amis planter les banderilles. Selon Tom Bower, ce « manque de courage » supposé dans le combat politique et le flou du programme à venir témoigneraient de ses « conflits intérieurs ». M. Brown sourit beaucoup depuis qu’il est sûr d’accéder au pouvoir. Dimanche, en prenant la tête du Parti travailliste, il a dit accepter ses nouvelles tâches « avec humilité et fierté », et a promis de « nouvelles idées pour une nouvelle époque » et une « nouvelle forme de gouvernement ». Mais les experts n’attendent pas un changement majeur immédiat de la politique britannique, tant en Irak qu’en Europe. Et l’arrivée de M. Brown ne change rien aux sondages qui prédisent depuis des mois la victoire des conservateurs aux prochaines législatives. M. Brown devra d’autant plus apprendre à plaire qu’au premier scrutin national auquel il sera confronté, probablement en 2009, lorsqu’il aura 58 ans, il aura face à lui le jeune leader conservateur David Cameron, une copie conforme du Tony Blair de 1994.



Si les idées politiques du nouveau Premier ministre britannique Gordon Brown ressemblent à celles de Tony Blair, cet Écossais brillant, mais bougon et compliqué, aura bien du travail pour charmer autant que son prédécesseur.
Fils d’un pasteur d’une paroisse déshéritée près d’Édimbourg, M. Brown, 56 ans, décrit par son frère comme ayant été à l’adolescence « ennuyeux, mais très intelligent », a, contrairement à Tony Blair, toujours été pénétré de l’idée de justice sociale.
Il est élu député en 1983, comme Tony Blair. Les deux hommes partagent le même bureau-placard à Westminster, sont surnommés « les jumeaux » ou « les frères de sang ». Plus tard, leurs rapports conflictuels seront comparés à ceux des Beatles John Lennon et Paul McCartney.
Gordon Brown est incontestablement à...