Par Nina L. KHRUSHCHEVA*
Le sommet du G8 qui aura lieu la semaine prochaine est sans doute le dernier pour le président Bush et le président Poutine. Il y a sept ans, lors de leur première rencontre à Ljubljana, la capitale slovène, Bush a regardé Poutine dans les yeux et il y a découvert l’âme d’un bon chrétien et non celle d’un agent secret. Mais la semaine prochaine, en se regardant, ils ne devraient pas être surpris de découvrir dans l’autre leur propre image, car ils incarnent tous deux l’arrogance du pouvoir.
Poutine et Bush sont arrivés au pouvoir en 2000, une période pendant laquelle leurs deux pays essayaient de regagner un respect perdu sur la scène internationale, la Russie sortant du chaos des années Eltsine et les USA de la procédure avortée d’impeachment du président Clinton. Leurs pays croyaient sortir d’une période de totale médiocrité. Mais, une fois au pouvoir, les deux hommes, ont gouverné selon leur credo de base, Bush comme un évangéliste certain que Dieu est du côté de l’Amérique et Poutine comme un responsable du KGB, convaincu que le pouvoir repose sur l’intimidation et la menace.
Quel a été le résultat ? Persuadé de son bon droit et imperméable aux critiques, Bush n’a pas hésité à porter atteinte à l’État de droit en autorisant la surveillance des citoyens sans mandat de la justice, à restreindre les droits de la défense, à justifier la torture, sans compter ses manipulations de l’opinion publique et son refus de tenir compte des avis autorisés et de la réalité sur le terrain. Des réductions d’impôt de 2001 à la guerre en Irak, pétri de certitudes, Bush a cru qu’il pouvait dire et faire n’importe quoi pour parvenir à ses fins.
Les dommages dus à l’excès de confiance en lui-même et son aveuglement ont été aggravés par sa grossière surestimation de la puissance américaine. Parce que personne ne pouvait l’arrêter, il pensait que l’Amérique pouvait mener la politique étrangère qu’il décidait. Alors que le père avait obtenu le soutien de la communauté internationale et réuni les troupes de plus d’une dizaine de pays lors de la première guerre du Golfe, le fils estimait que les alliés étaient plus un obstacle qu’un soutien ; à l’exception de Tony Blair, il ne leur accordait pas grande importance. Quatre ans plus tard, son arrogance et ses mensonges éclatent aux yeux des Américains et du reste du monde.
Poutine a succombé lui aussi à la même arrogance du pouvoir. Encouragé par le prix élevé du pétrole, il parade sur la scène internationale comme si le désastre social qui frappe la Russie – une population déclinante, le sida et la tuberculose qui font de plus en plus de ravages, une corruption qui atteint des niveaux impensables sous Eltsine – était sans importance. En février à Munich, lors de la conférence de haut niveau sur la sécurité, Poutine – qui a souvent recours au paradigme caché, manipulateur et conflictuel de la guerre froide en ce qui concerne la conduite diplomatique de la Russie – s’en est pris aux USA avec un langage que l’on n’avait plus entendu depuis que Krouchtchev s’était écrié « Nous vous enterrerons. » Les actions américaines étaient « unilatérales », « illégitimes » et avaient « ouvert la voie à de nouveaux conflits ».
Son évaluation de l’unilatéralisme des USA (dégagé de sa rhétorique enflammée) est sans doute exacte, mais Poutine manque de crédibilité pour en appeler à la modération en politique étrangère. Le prix élevé du pétrole l’a aidé à reconstruire un « État fort » et centralisé, son objectif depuis le début de son mandat. Mais ses tentatives d’utilisation des ressources énergétiques à des fins politiques, notamment à l’égard de la Géorgie, de l’Ukraine, de la Biélorussie, ont montré que la Russie n’est pas un partenaire fiable, ce qui a même déconcerté les Chinois qui ne souhaitent pas voir se reconstituer un empire russe à leur frontière.
Habituée à l’autoritarisme, la population russe veut des responsables forts. Or la véritable réussite d’un dirigeant n’est pas de répondre aux attentes de son peuple, mais d’anticiper l’avenir et d’adapter les aspirations du pays à ses besoins et à ses capacités. De ce point de vue, l’arrogance de Poutine place sans conteste la Russie en situation d’échec. Son comportement monomaniaque consistant à centraliser le pouvoir éloigne l’expertise dont le pays a besoin. Shell et BP sont chassés du secteur pétrolier au moment même où la production russe chute. Ses efforts désespérés pour contrer le pouvoir américain sont aussi à courte vue : aider l’Iran à développer son programme nucléaire et vendre des armes de haute technologie à la Chine ne sont pas vraiment dans l’intérêt à long terme de la Russie.
Comme d’habitude, tout va très vite en Amérique. Le peuple américain réalise maintenant les énormes erreurs historiques de Bush. Il a même devancé les historiens en désavouant ce dernier lorsqu’il a élu un Congrès démocrate en novembre 2006. Pendant ce temps, la bureaucratie autocratique de Poutine camoufle les difficultés de la Russie derrière le recours à la manière forte et l’argent du pétrole. Pourtant, l’absence de réponse aux difficultés sociales et économiques de la Russie la condamne au déclin à long terme à laquelle sa présidence devait mettre fin.
Au XXe siècle pendant de la guerre froide, la symétrie entre la Russie et l’Amérique était apparente. Pour la Russie, l’Amérique était un empire du mal, le siège de l’exploitation capitaliste et une superpuissance nucléaire, mais aussi un foyer de prospérité économique et de liberté individuelle. Pour l’Amérique, la Russie était aussi un empire du mal, siège de l’expansionnisme communiste et une superpuissance nucléaire, mais aussi un foyer pour les sciences et la culture.
Une symétrie du même genre caractérise l’ère Bush-Poutine. Mais contrairement aux Américains, les Russes n’ont pas encore compris qu’il y a un prix à payer lorsqu’on laisse libre cours à un pouvoir arrogant.
*Nina Khrushcheva enseigne les relations internationales à la New School University de New York. Son livre, Imagining Nabokov : Russia Between Art and Politics, sort à l’automne.
© Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.
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Le sommet du G8 qui aura lieu la semaine prochaine est sans doute le dernier pour le président Bush et le président Poutine. Il y a sept ans, lors de leur première rencontre à Ljubljana, la capitale slovène, Bush a regardé Poutine dans les yeux et il y a découvert l’âme d’un bon chrétien et non celle d’un agent secret. Mais la semaine prochaine, en se regardant, ils ne devraient pas être surpris de découvrir dans l’autre leur propre image, car ils incarnent tous deux l’arrogance du pouvoir.
Poutine et Bush sont arrivés au pouvoir en 2000, une période pendant laquelle leurs deux pays essayaient de regagner un respect perdu sur la scène internationale, la Russie sortant du chaos des années Eltsine et les USA de la procédure avortée d’impeachment du président Clinton. Leurs pays...