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Actualités - Opinion

Mille mabrouks Ziyad MAKHOUL

Elle est loin, encore tellement loin la révolution de jasmin dont rêvent depuis des années les Michel Kilo, les Anouar Bounni et la majorité des Syriens ; pire : un nouveau, un sacré palier vient d’être franchi par le régime baassiste à Damas dans l’hypocrisie politique. Parce que, n’est-ce pas, une dictature qui choisit le référendum comme mode d’élection présidentielle, il fallait oser pareille plongée dans le ridicule. Un référendum : Hassan Nasrallah doit en frémir d’envie ; Wi’am Wahhab et Nasser Kandil affûter leurs discours… Bachar el-Assad pour sept nouvelles années : le record de longévité au pouvoir dans le microcosme autocratique planétaire que détient haut la main le vieux Fidel a encore de beaux jours devant lui, mais le bon docteur est fin prêt à le faire exploser dans quelque quatre ou cinq référendums mascarades. Bachar el-Assad pour sept nouvelles années : Damas n’est pas prêt d’en finir avec son éternel hiver ; les mouvements de correction ne demandent qu’à se multiplier, les salons Atassi à être scellés. Bachar el-Assad pour sept nouvelles années : deux mille cinq cent cinquante-cinq jours à fantasmer, patiemment, rageusement, sur la résurrection du binôme Bush-Assad pères, à centupler les gestes de bonne volonté à l’attention de Washington, tout en gardant la main bien tendue à l’adresse (et à l’intérieur) de la Knesset. Bachar el-Assad pour sept nouvelles années : les bookmakers londoniens peuvent déjà ouvrir les paris sur les futurs lapins qu’il tirera du chapeau familial, après celui, sanglant, de Fateh el-Islam, pour faire s’embraser le Liban, le faire regretter jusqu’aux sangs l’occupation syrienne. Rien n’est jamais irrévocable, mais en sept ans, Bachar el-Assad a largement prouvé qu’il n’est définitivement pas l’homme capable d’inscrire la Syrie dans le troisième millénaire. Le régime baassiste a perdu son atout-maître régional et international : le Liban. Le régime baassiste s’est exclu totalement de la communauté internationale et parie stupidement sur les changements de leaders en Occident. Le régime baassiste refuse l’ombrelle d’un panarabisme qui commence à reprendre de petites mais jolies couleurs et se met à dos la quasi-totalité des pays de la Ligue, le schizophrène Qatar restant un cas très à part. Le régime baassiste continue à mendier un regard, aussi furtif soit-il, un geste, une caresse des États-Unis ; en s’accrochant à la traîne d’un Iran qui n’a jamais mis la Syrie au top de ses priorités et qui a le bon sens de savoir dialoguer avec les États-Unis. Ce faisant, il ne reste plus au régime baassiste qu’un choix : miser de facto sur le pouvoir de nuisance de ses trois doigts, celui au Liban, celui en Palestine et celui en Irak. Aussi mortifère soit-il (on en voit les ravages depuis le 14 février 2005 au Liban), ce pouvoir-là, en train de rétrécir comme peau de chagrin (les Libanais ont pu jusque-là garder intacts leur instinct de survie, leur refus d’une irakisation suicidaire, et le Hamas a de moins en moins besoin de Damas), ne réussit même pas à faire fléchir l’intransigeance internationale. Que va-t-il arriver à ce régime le jour où Téhéran n’aura plus besoin de lui ? Que va-t-il lui arriver le jour où les Libanais auront l’intelligence de se mettre d’accord sur quelque chose ; le jour où le Hezbollah se souviendra que sa raison et son cœur et ses tripes sont tout trois frappés du sceau du cèdre ? Que va-t-il lui arriver lorsque les Syriens, les vaillants Syriens, décideront de prendre enfin le train de la construction étatique et de l’affirmation démocratique, totalement absentes tant que le pouvoir restera centré autour d’une famille, autour d’une bande de chefs de SR ? Question subsidiaire : que va-t-il se passer d’ici là au Liban si la bêtise d’une bonne partie des responsables libanais n’est pas, d’ici là, guérie ?… En attendant, la réélection d’un homme qui a la chance, ou la malchance c’est selon, de ne pas être ce redoutable négociateur, secret, énigmatique, rusé jusqu’aux limites du machiavélisme, modéré et prudent, la chance ou la malchance de ne pas être Hafez el-Assad tel que décrit par Henry Kissinger, cette réélection vient d’être saluée par quelques sympathiques coups de canon, pas encore 21 mais il y a de l’espoir : la retentissante rencontre à Bagdad entre l’Américain Ryan Crocker et l’Iranien Hassan Kazemi hier, l’adoption demain par le Conseil de sécurité d’une résolution (encore une…) sur le Liban, cette fois portant création du tribunal international chargé de juger les assassins d’un homme que Bachar el-Assad a bien connu : Rafic Hariri. En attendant, le bon docteur pourra se consoler et s’amuser en salivant d’avance sur les visites à Damas de tous ses amis et néanmoins homologues : Mahmoud Ahmadinejad (d’Iran), Fidel Castro (de Cuba), Kim Jong-il (de Corée du Nord), Than Shwe (du Myanmar), Alexandre Loukachenko (de Biélorussie), Gurbanguly Berdimuhammedow (de Turkménistan) et Robert Mugabe (du Zimbabwe), sans oublier, naturellement, Émile Lahoud. Du 8 Mars. En attendant, reste aux Syriens, frères de souffrance des Libanais, à essayer de transformer ces sept ans de malheur en sept ans de nécessaire, d’urgente réflexion.
Elle est loin, encore tellement loin la révolution de jasmin dont rêvent depuis des années les Michel Kilo, les Anouar Bounni et la majorité des Syriens ; pire : un nouveau, un sacré palier vient d’être franchi par le régime baassiste à Damas dans l’hypocrisie politique. Parce que, n’est-ce pas, une dictature qui choisit le référendum comme mode d’élection présidentielle, il fallait oser pareille plongée dans le ridicule. Un référendum : Hassan Nasrallah doit en frémir d’envie ; Wi’am Wahhab et Nasser Kandil affûter leurs discours…
Bachar el-Assad pour sept nouvelles années : le record de longévité au pouvoir dans le microcosme autocratique planétaire que détient haut la main le vieux Fidel a encore de beaux jours devant lui, mais le bon docteur est fin prêt à le faire exploser dans quelque...