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Actualités - Chronologie

Le cinquième stigmate d’Achrafieh vu et commenté par les riverains Jad SEMAAN

Dans la mythologie chrétienne, les Romains auraient infligé cinq stigmates au Christ. Les rats de l’ombre se contenteront-ils de cinq stigmates pour Achrafieh ? Après la voiture piégée du quartier Monnot, il y eut l’assassinat de Samir Kassir, suivi de la valise piégée du quartier Jeïtawi, quelques mois avant le mémorable dimanche 5 février 2006, lorsque des hordes barbares ont mené une expédition à Tabaris, à la recherche de l’honneur perdu du Prophète (sans compter l’émouvant adieu à Gebran Tuéni, assassiné, qui repose désormais au cimetière Mar Mitr, aux côtés de Samir Kassir). Et de cinq : Achrafieh se souviendra-t-il de la voiture farcie de trente kilogrammes de TNT – stationnée sur un terrain vague jouxtant le centre commercial ABC – qui a déchiré la nuit du dimanche 20 mai 2007 ? Le cœur de la partie « chrétienne »  de Beyrouth en a vu d’autres. Ses habitants aussi. « Nous avons beaucoup plus souffert de l’assassinat de Gebran ; une goutte de sang vaut plus que mon commerce », répond Georges Loutfi, dont la boutique de nouveautés est située à cinquante mètres de l’épicentre de l’explosion. « J’ai perdu des vitres et des portes dans le souffle, et alors ? La semaine prochaine, j’en aurai fait placer d’autres. Le vrai problème est psychologique. Il faut bien plus d’une semaine aux Libanais pour reprendre confiance et oser dépenser et consommer. C’est vrai, l’on nous parle encore d’une trêve de cent jours pour laisser passer la saison touristique, mais que ferions-nous les 265 autres jours de l’année – nous autres commerçants dont l’activité n’a pas de saison particulière – lorsque les politiques se remettront à s’insulter les uns les autres ? » « Les politiques se chamaillent et nous payons les pots cassés », renchérit Naji Kamel, propriétaire d’un salon de coiffure pour enfants – dont peu de chose qui ferait plaisir à un enfant subsiste encore. Naji Kamel en a pour cinq à six mille dollars de réparations. « Qui s’en soucie ? Je serai seul à payer les factures. » Cela lui donne-t-il envie de déserter le pays ? « Ah que si, soupire-t-il. Je veux bien partir. Il y aurait moins de spectateurs autour du ring où se battent nos politiques à nos propres dépens. » Tout le monde n’a pas connu les affres de la guerre civile. Claude Awad est une enseignante de français de vingt-quatre ans. « Je rêve de partir », dit-elle cependant, le regard sur les agents des FSI qui s’affairent sur le lieu du crime et répètent une scène vingt fois déjà vue. Claude Awad habite Karm el-Zeitoun à Achrafieh, à quelques centaines de mètres de Mar Mitr. « J’aime beaucoup le Liban, je suis toujours ambitieuse mais nous vivons la peur au ventre, explique la jeune femme. Désormais, quand mon téléphone sonne, je panique et me demande quelle sorte d’attentat va-t-on encore m’annoncer. » Un sourire amer aux lèvres, elle conclut : « Ici il n’y a pas d’avenir. Si j’avais les moyens, je serais déjà partie. » Autour du parking où était stationnée la Suzuki Grand Vitara bourrée d’explosifs se trouvent des dizaines d’appartements. De nombreux habitants ont accidentellement échappé à une mort certaine. Il n’est pas rare d’entendre dans le quartier des voix qui disent : « Venez que je vous montre cette porte (variantes : ces persiennes, cette fenêtre, ce lustre, ces vitres, ce chemin de fer de rideaux), si elle était tombée vingt centimètres plus près de moi, je ne serais plus là. » La maison d’Hélène Mourad jouit d’une vue imprenable sur le fossé creusé par l’explosion. C’est une vieille bâtisse beyrouthine au charme sûr. La maison ressemble à un champ de bataille, où verreries, portes et fenêtres jonchent le sol. « Je lisais sereinement dans mon lit quand un tremblement de terre a ébranlé la maison, raconte-t-elle. En regardant à travers ce qui restait de la fenêtre, j’ai vu les flammes monter au ciel. Quand on habite Achrafieh, il n’en faut pas beaucoup pour comprendre ce qui vient de se produire. » Hélène Mourad constate que « le Liban est devenu comme la Palestine. Nous sommes pris entre deux feux et en plus nous nous battons entre nous ». Plusieurs habitants du quartier ont affirmé qu’ils s’attendaient à un attentat contre l’ABC, depuis que le feuilleton des bombes, visant les centres commerciaux, a commencé au printemps 2005. Qu’en pense Robert Fadel, directeur général de ce centre commercial ? « Heureusement, l’explosion ne s’est pas produite à l’intérieur du périmètre de l’ABC. Autrement, les dégâts humains auraient été plus importants. Nous allons renforcer notre système de sécurité et l’étendre à l’extérieur du périmètre du centre, avec la coopération des riverains et des autorités compétentes. » L’une des passantes a cependant refusé de commenter l’attentat, se contentant de lâcher un symbolique « à la prochaine ».
Dans la mythologie chrétienne, les Romains auraient infligé cinq stigmates au Christ. Les rats de l’ombre se contenteront-ils de cinq stigmates pour Achrafieh ? Après la voiture piégée du quartier Monnot, il y eut l’assassinat de Samir Kassir, suivi de la valise piégée du quartier Jeïtawi, quelques mois avant le mémorable dimanche 5 février 2006, lorsque des hordes barbares ont mené une expédition à Tabaris, à la recherche de l’honneur perdu du Prophète (sans compter l’émouvant adieu à Gebran Tuéni, assassiné, qui repose désormais au cimetière Mar Mitr, aux côtés de Samir Kassir).
Et de cinq : Achrafieh se souviendra-t-il de la voiture farcie de trente kilogrammes de TNT – stationnée sur un terrain vague jouxtant le centre commercial ABC – qui a déchiré la nuit du dimanche 20 mai 2007 ? Le cœur...