Figure emblématique des « French Doctors », le socialiste Bernard Kouchner a bravé sa famille politique pour devenir, à 67 ans, ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Nicolas Sarkozy et réaliser un rêve qui couronne une vie passée au cœur des conflits du monde. Cofondateur de Médecins sans frontières (MSF), une organisation qui reçut le prix Nobel de la paix en 1999, défenseur résolu du droit d’ingérence, M. Kouchner a aussi été administrateur du Kosovo au nom de l’ONU de 1999 à 2001. Il a participé durant une dizaine d’années à plusieurs gouvernements socialistes (entre 1988 et 2002), en tant que secrétaire d’État à l’Action humanitaire ou encore ministre de la Santé.
Il s’est attiré les foudres de sa famille politique en acceptant de participer au gouvernement de Nicolas Sarkozy, alors qu’il était membre de l’équipe de campagne de son adversaire socialiste Ségolène Royal. Mais M. Kouchner ne semble pas avoir d’état d’âme vis-à-vis d’un parti qu’il n’a rejoint qu’en 1998 et qui, juge-t-il, ne lui a jamais vraiment offert la place qu’il méritait alors qu’il est régulièrement classé parmi les personnalités préférées des Français. « Nous savons tous que Kouchner rêve depuis longtemps du ministère des Affaires étrangères », a commenté Rony Brauman, autre créateur de MSF.
Homme politique atypique, M. Kouchner a toujours revendiqué sa liberté de ton. Lors de la guerre en Irak, il est allé à contre-courant de l’opinion dominante en regrettant que la France se soit désolidarisée des Américains. « Si nous avions continué à être à leur côté, nous aurions pu éviter la guerre », avait-il déclaré, regrettant que les Français soient devenus « américanophobes ».
Son histoire s’est écrite au cœur des grandes crises et drames qui ont secoué le monde ces 40 dernières années. Médecin de formation, cette ancienne figure de la révolte étudiante de Mai 68 prend conscience de l’urgence humanitaire au Biafra où il se rend, la même année, pour la Croix-Rouge. « Hanté par Auschwitz », il enrage du silence imposé aux médecins témoins des massacres, au nom de la neutralité. Il défendra dès lors l’idée qu’une violation massive des droits de l’homme doit remettre en cause la souveraineté des États et permettre l’intervention d’acteurs extérieurs, humanitaires notamment.
En 1971, il participe à la fondation d’un corps de médecins bénévoles, MSF, rapidement connus à l’étranger sous le nom des « French Doctors ». Il ne cessera alors de parcourir les principales zones de conflits et de catastrophes humanitaires : Jordanie, Liban, Kurdistan, Vietnam, Cambodge, Yougoslavie. En raison de divergences internes, Bernard Kouchner quitte MSF et crée, en 1980, Médecins du monde (MDM) qu’il présidera jusqu’en 1988. Si son action est reconnue et son énergie louée, son extrême médiatisation irrite parfois. Une apparition télévisée en 1992 sur une plage de Somalie, un sac de riz sur l’épaule, déchaîne ses détracteurs.
En 1999, Bernard Kouchner prend la tête de la mission de l’ONU au Kosovo où, pour lui, le droit d’ingérence s’est « imposé enfin ». Durant 18 mois, il œuvrera à la reconstruction de la province, mais échouera à réconcilier Serbes et Albanais.
De retour à Paris, il tente de décrocher la direction du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En vain.
Charmeur, souvent drôle, mais connu pour ses sautes d’humeur, Bernard Kouchner a pour compagne la journaliste de télévision Christine Ockrent, avec qui il a eu un fils, Alexandre. Il a trois enfants d’un précédent mariage.
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