Une ou deux fois par an, à la veille d’une visite à l’étranger, l’empereur Akihito et l’impératrice Michiko reçoivent la presse dans leur palais à Tokyo. Un rituel réglé comme du papier à musique.
À l’arrivée, les journalistes sont briefés par un bureaucrate du service de presse sur la conduite à tenir. Éteignons les portables et les « cloches de poche » (pagers).
Comme dans n’importe quel ministère du monde entier, les murs sont blanc cassé, les tapis un peu usés et les corridors interminables. À l’étage, on pénètre dans la salle de presse : une belle et grande pièce traditionnelle japonaise en bois clair, avec des panneaux coulissants, qui donne sur une vaste cour de gravier blanc. La salle, où domine le beige, le rose et l’or, est décorée de peintures classiques de chrysanthèmes – le symbole du trône – roses et rouges, et d’un grand tableau d’un masque et costume de théâtre nô. Il y a un bouquet de roses en ikebana. Sur une petite table couverte de soie dorée tissée de chrysanthèmes, deux micros.
La presse japonaise occupe les premiers rangs. Les journalistes de devant, en costumes sombres, bénéficient d’une petite tablette pour pouvoir écrire et poser carnets et stylos.
Un officiel du protocole vient rappeler les règles à suivre, que tout le monde connaît. Une fois entré dans le saint des saints, la sécurité est apparemment débonnaire. Au fur et à mesure que l’heure de la conférence approche, le léger brouhaha des scribes s’apaise, imperceptiblement le silence se fait, si bien qu’à l’arrivée du couple impérial on n’entend plus une mouche voler.
Quelques secondes avant que l’empereur et l’impératrice n’entrent d’un pas posé dans la salle, toute la presse s’est levée et, au passage des souverains, s’incline légèrement.
Père et mère de la nation, Akihito, 73 ans, et Michiko, 72, ressemblent à deux jolies marionnettes de bunraku, avec des visages de poupée, nobles et lisses. L’empereur porte un costume gris perle. L’impératrice une robe rose saumon, un collier de perles et une broche. Assis non loin, le grand chambellan de l’empereur, un ancien diplomate, et la première dame d’honneur de l’impératrice, qui a l’air sévère d’une gouvernante anglaise.
Au premier rang, une jeune journaliste japonaise pose la première question. C’est elle, d’ailleurs, qui posera les premières questions autorisées. L’empereur répond d’une voix lente, monocorde et douce, légèrement nasale. Quand il parle, l’impératrice écoute, sans regarder le public, acquiesçant très légèrement de la tête. Elle répond à son tour aux questions, chaussant des lunettes, d’une voix très douce.
Lundi, Michiko a parlé avec candeur de son rêve de devenir « invisible », pour pouvoir chiner incognito chez les bouquinistes, du recours à la prière et de ses récents ennuis de santé, liés au stress. Elle assure l’auditoire et, au-delà, les Japonais, de son rétablissement. Le couple impérial ne se départit jamais d’un sourire bienveillant.
Philippe AGRET/AFP
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À l’arrivée, les journalistes sont briefés par un bureaucrate du service de presse sur la conduite à tenir. Éteignons les portables et les « cloches de poche » (pagers).
Comme dans n’importe quel ministère du monde entier, les murs sont blanc cassé, les tapis un peu usés et les corridors interminables. À l’étage, on pénètre dans la salle de presse : une belle et grande pièce traditionnelle japonaise en bois clair, avec des panneaux coulissants, qui donne sur une vaste cour de gravier blanc. La salle, où domine le beige, le rose et l’or, est décorée de peintures classiques de chrysanthèmes – le...