Abracadabrantesque ? Non : bizarrement prévisible quand on y repense. Et la personne, la personnalité de l’audacieuse Royal n’y sont pour rien : les Français ont choisi Sarkozy parce que c’était lui, sans doute un peu parce que c’était eux ; peut-être rêvaient-ils dans les secrets de leurs draps et des isoloirs d’un amour qui les flingue, d’une fusée qui les épingle. Du plaisir et de la peur, a résumé le bayrouiste et très aiguisé Jean-Marie Cavada…
53 %. Ce score imparable flatte certainement Nicolas Sarkozy, l’honore, mais d’abord, il l’oblige. Chaque jour. Vis-à-vis des Français, bien sûr, qu’il lui faudra impérativement ré-unir, concrètement, de par ses actes, en se débarrassant très vite de ses oripeaux populo-protectionnistes de candidat pour l’habit présidentiel. Vis-à-vis aussi, presque tout autant, des peuples du monde – si tant est qu’il pense garder à la France, au sein de la communauté internationale, le poids, l’aura, la prépondérance et l’immédiateté qu’indiscutablement, contre vents et marées, Jacques Chirac a su imposer jusqu’au bout. Cela tombe bien : les peuples du monde, dans leur majorité et à commencer par les Libanais, attendent beaucoup, sur ce plan bien plus qu’à n’importe quel autre niveau, du nouveau locataire de l’Élysée.
Pour conserver à la France son rang et, éventuellement, le renforcer, Nicolas Sarkozy se doit certes de la redynamiser de l’intérieur, de la régénérer, de lui redonner cette confiance et cet appétit en elle qui, pour mille et une raisons, commencent à cruellement lui manquer ; il se doit, c’est comme ça, de la réformer sans la brutaliser. Ce retour de flamme des Français pour leur pays et, avant toute chose, pour l’image de leur pays à l’étranger, que doit réellement accompagner une conscience aiguë d’un monde en fusion, un monde qui bouge, un train, un trend qui avancent et qui n’attendent aucun(e) retardataire, voilà une condition nécessaire pour surdoper l’Hexagone. Mais définitivement pas suffisante, à l’aune de l’urgente pérennisation d’une politique étrangère, d’une diplomatie essentiellement chiraquiennes.
Les peuples du monde en général et les Libanais en particulier attendent ainsi de Nicolas Sarkozy à la fois l’ancrage de la complémentarité entre Washington et Paris (retrouvée grâce au dossier libanais) et l’épanouissement tous azimuts d’une multipolarité intelligente, peut-être parfois douloureuse mais toujours productive, dynamique (notamment au Proche-Orient, le capital sympathie du fils d’immigré hongrois auprès des ashkénazes du gouvernement Olmert pouvant s’avérer assez utile), novatrice (beaucoup de choses sont à faire aussi bien en Irak qu’en Iran) et courageuse ; bref, une multipolarité naturellement chiraquienne. C’est en défendant et en incarnant cette vision et cette conception de la gestion du monde que l’amoureux transi de cette grande, vieille et belle nation, la France, rendrait le plus beau des services, des gages d’amour à sa nouvelle dulcinée, qu’il avait un peu tendance à prendre, chaque matin depuis cinq ans, c’est du moins l’impression qu’il donnait, pour une bien docile danseuse.
Au cœur de ce monde qui espère constamment de la France, il y a, mais si, le Liban. Ce petit frère, ce modèle capable un jour, on ne saura jamais lequel, de contaminer la région de la plus positive des manières, aura, en toutes circonstances, en toutes saisons, besoin de sa si grande amie : pas pour l’assister mais pour l’aider, le conseiller ; pas pour parler à sa place mais pour amplifier sa voix ; pas pour l’infantiliser, le protéger, mais pour l’accompagner, au quotidien, dans son indispensable évolution, vers sa pleine maturité. Plébiscité par les Franco-Libanais, Nicolas Sarkozy ne peut pas faire moins que Jacques Chirac, et le nouveau locataire du Quai d’Orsay, pour cette raison et pour cent autres, devrait constamment garder en tête les préceptes-commandements d’une troïka toujours remarquable dans sa gestion de la diplomatie française : Chirac-Villepin-Juppé. Et quel que soit le successeur du soldat Douste-Blazy – les Libanais se plaisent à rêver au maire de Bordeaux – il ou elle (l’encore très chiraquienne Alliot-Marie serait, dit-on, bien placée) aurait la bonne idée d’encourager Nicolas Sarkozy à effectuer son premier voyage hors Europe au Liban. Dès le 25 novembre, une fois que les députés libanais auront remplacé Émile Lahoud.
Un jour (en 1982), en rentrant d’un sommet, j’ai trouvé un message de ma secrétaire : jeune avocat gaulliste, a beaucoup d’admiration pour vous, souhaite devenir président de la République, aimerait vous rencontrer… Le très ségo-compatible Jacques Attali s’est souvenu hier de cet animal humain extraordinaire qu’est le successeur de Jacques Chirac : qu’on ait voté pour lui ou pas, qu’on l’apprécie ou pas, qu’on préfère Cali à Johnny, Arditi à Reno, Olivia Ruiz à Mireille Mathieu, Zapatero à Berlusconi, Nicolas Sarkozy est le nouveau président de l’amie de chaque matin du Liban. Tout le monde, à commencer par lui, devrait s’en souvenir. Chaque matin.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Abracadabrantesque ? Non : bizarrement prévisible quand on y repense. Et la personne, la personnalité de l’audacieuse Royal n’y sont pour rien : les Français ont choisi Sarkozy parce que c’était lui, sans doute un peu parce que c’était eux ; peut-être rêvaient-ils dans les secrets de leurs draps et des isoloirs d’un amour qui les flingue, d’une fusée qui les épingle. Du plaisir et de la peur, a résumé le bayrouiste et très aiguisé Jean-Marie Cavada…
53 %. Ce score imparable flatte certainement Nicolas Sarkozy, l’honore, mais d’abord, il l’oblige. Chaque jour. Vis-à-vis des Français, bien sûr, qu’il lui faudra impérativement ré-unir, concrètement, de par ses actes, en se débarrassant très vite de ses oripeaux populo-protectionnistes de candidat pour l’habit présidentiel. Vis-à-vis...