Le marché immobilier de Beyrouth évolue avec son lot de frustrations entre les personnes qui ne peuvent plus se permettre d’acheter ou de louer un appartement décent, les promoteurs qui ne trouvent plus de terrains intéressants et qui peinent à vendre leurs unités supérieures à 400 m2, les commerçants qui n’arrivent pas à s’implanter dans les espaces commerciaux les plus dynamiques de la ville et les professionnels qui désespèrent d’une issue favorable et rapide au blocage partiel du centre-ville.
La catégorie la plus frustrée est sans aucun doute les clients désireux d’acheter un appartement dans la capitale. Ils sont stupéfaits par la hausse des prix depuis 2005. Tous les quartiers de Beyrouth sont touchés par ce phénomène qui pourtant coïncide à une période politico-sécuritaire dramatique. De l’assassinat de Rafic Hariri à l’impasse politique actuelle, le prix des appartements a augmenté de 20 à 30 %. Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de trouver un logement neuf dans la capitale de 200 000 à 250 000 dollars. Pourtant raisonnable, cette somme concerne la majorité des couples issus de la classe moyenne. Cette population est frustrée devant la multitude de nouveaux projets résidentiels en cours de construction où les appartements sont proposés à des prix variant de 400 000 à 800 000 dollars qui ciblent naturellement une minorité de la population (résidente au Liban ou expatriée).
L’une des solutions pour compenser cette frustration est de revoir à la baisse ses prétentions sur la taille des appartements. À ce jour, le prix d’un 250 m2 équivaut au prix d’un 300 m2 en 2004. Mais les mentalités et les standards ont du mal à changer. Les gens ne sont pas encore prêts à se passer de certains impératifs qui prennent de l’espace : grande réception, plusieurs salles de bains, salle de télévision, chambre de bonne.
Le prix des locations exaspère également de nombreuses personnes. Les appartements de 20 000 à 35 000 dollars par an sont nombreux, par contre c’est la croix et la bannière pour trouver un logement correct de 800 à 1 200 dollars par mois. Faute de solution, certaines familles doivent se replier vers les quartiers périphériques de la capitale.
Les promoteurs qui souhaitent investir dans le résidentiel à Beyrouth sont également confrontés à plusieurs dilemmes. Tout d’abord, les parcelles disponibles avec un bon potentiel de développement deviennent de plus en plus difficiles à acquérir. De plus, les propriétaires sont souvent totalement à côté de la plaque au sujet de la valeur de leur propriété. Les négociations sont délicates. En définitive, les terrains commencent à manquer dans les secteurs les plus prisés tels que Furn el-Hayek, Tabaris, Saïfi, Gemmayzé, Sursock, Ras Beyrouth, Clemenceau et Koraytem. En option de rechange, ces promoteurs tendent à se tourner vers de nouveaux secteurs tels que Hôpital Rizk, montée Alexandre, Mar Mitr, Zarif, Aïcha Bakkar, qui rebutent encore certains clients.
Les commerçants ont également leur lot de frustrations. Il y a ceux qui ne trouvent pas d’emplacements disponibles à Hamra ou à Verdun, ceux qui sont sur la liste d’attente du centre ABC Achrafieh et ceux qui ne comprennent pas pourquoi il n’y a toujours pas un véritable centre commercial à Beyrouth-Ouest.
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