Rechercher
Rechercher

Actualités

Une histoire tourmentée

La crise des quinze marins britanniques capturés par l’Iran n’est que le dernier épisode d’une histoire troublée entre Londres et Téhéran, ce dernier continuant à soupçonner l’ancienne puissance coloniale de vouloir s’immiscer dans ses affaires intérieures. Pris au piège du « Grand jeu » des rivalités coloniales entre la Russie et la Grande-Bretagne au XIXe siècle, l’Iran n’a depuis cessé de voir la main de Londres derrière les événements qui l’ont affecté. « L’ingérence britannique dans la politique iranienne a été la principale caractéristique de leur relation depuis le XIXe siècle », explique à l’AFP Laleh Khalili, professeur à l’École des études orientales et africaines de Londres. « Les Iraniens ont toujours considéré les Britanniques comme une sorte de force rusée, pernicieuse dans leur histoire », ajoute-t-elle. Dans un Iran qui servait de tampon contre leur joyau, l’Inde, les Anglais étaient réputés pour leur science de la manipulation, opposée à la force brute des Russes. Les Britanniques n’ont jamais colonisé l’Iran, mais ont occupé le sud du pays en 1942, après avoir chassé du pouvoir Reza Chah Pahlavi, pour ses sympathies pronazies. Mais leur influence s’est surtout exercée au travers de « l’exploitation des ressources naturelles » iraniennes, relève Laleh Khalili. L’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), ancêtre de British Petroleum (BP), était le bras armé des intérêts financiers britanniques. C’est sa nationalisation en 1951 par le Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh qui précipita l’épisode le plus flagrant de l’ingérence occidentale en Iran. Le renversement de Mossadegh en 1953 fut exécuté par la CIA, mais orchestré par Winston Churchill. L’influence britannique sera cependant ensuite de plus en plus occultée par la présence américaine. Mais la suspicion à l’égard de Londres n’a jamais quitté les Iraniens. La Grande-Bretagne fut ainsi soupçonnée – par le chah Mohammad Reza Pahlavi lui-même – d’être une force cachée derrière la révolution qui amena au pouvoir l’ayatollah Khomeyni en 1979. Et de nombreux opposants iraniens la suspecte toujours d’être favorable aux mollahs. Les deux décennies suivantes furent marquées par de nombreux accrochages diplomatiques. La prise d’otages à l’ambassade d’Iran à Londres en 1980 provoqua une première fois la fermeture de la représentation britannique à Téhéran. L’attitude britannique face au projet nucléaire iranien, l’implication supposée de l’Iran dans le Sud irakien où opèrent des troupes britanniques, ou a contrario l’accusation de complot formulée par Téhéran à l’encontre de Londres dans la province du Khouzestan (sud-ouest de l’Iran), riche en pétrole, restent cependant des motifs de tensions.
La crise des quinze marins britanniques capturés par l’Iran n’est que le dernier épisode d’une histoire troublée entre Londres et Téhéran, ce dernier continuant à soupçonner l’ancienne puissance coloniale de vouloir s’immiscer dans ses affaires intérieures. Pris au piège du « Grand jeu » des rivalités coloniales entre la Russie et la Grande-Bretagne au XIXe siècle, l’Iran n’a depuis cessé de voir la main de Londres derrière les événements qui l’ont affecté. « L’ingérence britannique dans la politique iranienne a été la principale caractéristique de leur relation depuis le XIXe siècle », explique à l’AFP Laleh Khalili, professeur à l’École des études orientales et africaines de Londres. « Les Iraniens ont toujours considéré les Britanniques comme une sorte de force rusée, pernicieuse...