Les affaires vont mal pour Bualoy Inpira qui tente désespérément de vendre des billets de loterie sur sa chaise roulante dans Bangkok. Elles vont mal, dit-elle, parce que les Thaïlandais n’ont plus vraiment foi en leur étoile.
Six mois après le coup d’État en Thaïlande, le premier en 15 ans, « notre pays est en ébullition » et « les choses ne se sont pas arrangées de la manière dont nous l’espérions », ajoute cette femme de 37 ans. « L’économie fait grise mine et la situation politique n’incite pas les gens à dépenser. »
Lorsque les chars avaient brusquement fait leur apparition dans les rues de la capitale au soir du 19 septembre, de nombreux habitants avaient exprimé joie ou soulagement après de longs mois de crise et de manifestations ayant précédé le renversement du Premier ministre élu Thaksin Shinawatra.
L’agitation avait coïncidé avec le 60e anniversaire de l’accession au trône de Bhumibol Adulyadej, roi révéré par ses sujets et qui, à 79 ans, commence à montrer des signes de faiblesse, alimentant des questions sur la succession.
Le général Sonthi Boonyaratglin, chef de l’armée et chef apparent des putschistes, avait affirmé vouloir défendre la monarchie, éradiquer la corruption et remettre la Thaïlande sur de bons rails, le milliardaire Thaksin ayant selon lui « divisé la société » et « perverti la démocratie » pendant ses cinq années au pouvoir. La junte avait aussitôt mis fin à la Constitution de 1997, instauré la loi martiale et interdit toute activité politique.
Certains commentateurs avaient salué cette « Révolution de soie » sans effusion de sang et avaient rendu hommage au roi Bhumibol pour avoir débloqué la situation en donnant son assentiment aux généraux dont le putsch n’a entraîné aucune sanction majeure de la communauté internationale.
Cependant, « les gens sont de plus en plus frustrés et désenchantés face au gouvernement (intérimaire) et à l’armée », estime l’analyste Thitinan Pongsudhirak. On assiste à un ralentissement de l’économie avec une baisse de la consommation, des investissements et des exportations. Les milieux d’affaires ont, par ailleurs, été déboussolés par des mesures protectionnistes annoncées en décembre et en janvier.
Certes, la loi martiale a été levée dans 41 des 76 provinces du royaume, mais huit mystérieuses explosions ayant fait trois morts et des dizaines de blessés, dont des touristes étrangers, le jour de l’an à Bangkok, ont alimenté un sentiment d’insécurité. À cela, il faut ajouter l’intensification des attaques rebelles dans l’extrême Sud musulman et malais, en dépit des ouvertures de la junte.
M. Thaksin, 57 ans, en exil à l’étranger, continue de faire l’objet d’accusations verbales en liaison avec la vente en janvier 2006 par sa famille de toutes les parts qu’elle détenait dans un géant des télécoms, Shin Corp. Cette cession de parts à Temasek, holding d’investissement contrôlée par Singapour, a provoqué des tensions diplomatiques entre la junte thaïlandaise et le gouvernement singapourien, mais, à ce jour, M. Thaksin n’a fait l’objet d’aucune inculpation dans cette affaire, et les putschistes tardent à présenter des preuves de malversations à grande échelle. L’épouse et un beau-frère de l’ex-Premier ministre pourraient être inculpés dans les prochains jours pour une affaire de fraude fiscale remontant à 1997.
La population commence à se demander si le référendum sur une nouvelle Constitution et des élections promises pour la fin de l’année ramèneront la démocratie. Des désaccords persistent entre les membres d’une commission chargée de préparer la Constitution, notamment sur le point de savoir si le Premier ministre doit être élu ou nommé comme le souhaitent certains généraux.
Griffin SHEA (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les affaires vont mal pour Bualoy Inpira qui tente désespérément de vendre des billets de loterie sur sa chaise roulante dans Bangkok. Elles vont mal, dit-elle, parce que les Thaïlandais n’ont plus vraiment foi en leur étoile.
Six mois après le coup d’État en Thaïlande, le premier en 15 ans, « notre pays est en ébullition » et « les choses ne se sont pas arrangées de la manière dont nous l’espérions », ajoute cette femme de 37 ans. « L’économie fait grise mine et la situation politique n’incite pas les gens à dépenser. »
Lorsque les chars avaient brusquement fait leur apparition dans les rues de la capitale au soir du 19 septembre, de nombreux habitants avaient exprimé joie ou soulagement après de longs mois de crise et de manifestations ayant précédé le renversement du Premier ministre élu...