Les démocraties populistes, qui, de la Russie aux États-Unis en passant par l’Europe et l’Amérique latine, ont partout remplacé les démocraties libérales et les régimes dictatoriaux, ont finalement du bon. Elles révèlent en effet des vocations cachées, font éclore des talents insoupçonnés, permettent à des politiciens de pratiquer l’art dramatique et donnent à des acteurs de cinéma l’occasion d’entrer en politique. Couplée aux mass médias, la démocratie populiste devient spectacle à l’échelle planétaire : spectacle où la tribune devient avant-scène, le programme électoral un décor théâtral, le débat politique une représentation tragi-comique, le citoyen un spectateur, l’élection une cérémonie des Oscars et l’heureux élu une véritable star.
Contrairement, cependant, aux stars du grand écran qui ne cherchent qu’à nous plaire et à nous distraire, les démagogues qui s’épanouissent à l’ombre de nos démocraties populistes veulent nous persuader de miser sur eux notre avenir et celui de nos enfants. Contrairement aux stars du grand écran qui se contentent de nous faire la démonstration de leur art sans chercher à nous en cacher la duplicité, eux insistent pour nous persuader de leur sincérité. Et alors que les stars du grand écran n’en appellent qu’à nos émotions, eux prétendent s’adresser à notre seule raison.
Or, si chacun d’entre nous est libre de préférer, disons, le minois de Nicole Kidman à celui de Julia Roberts et la gueule de Russell Crowe à celle de Leonardo DiCaprio, sommes-nous pour autant justifiés de choisir nos dirigeants comme nous choisissons nos pin-up ? Car c’est bien ce que nous faisons, à chaque fois que nous apportons notre soutien à un homme politique plutôt qu’à un autre parce qu’il serait plus photogénique, parce que sa superproduction médiatique serait plus distrayante, parce qu’il serait plus persuasif (je ne dis pas plus convaincant), ou parce que ses propos toucheraient du doigt nos peurs primaires et éveilleraient en nous un océan de passions et d’émotions.
Comment s’étonner, après cela, que le monde soit si mal barré ? Comment s’étonner, aussi, que les stars de la politique finissent, une fois leur objectif atteint, par se comporter en véritables tsars ? Archidamos III, roi de Sparte au quatrième siècle avant notre ère, nous avait pourtant prévenus. « La chèvre ou le mouton, disait-il, n’ont qu’un seul langage. L’homme, au contraire, en possède de nombreux et de variés, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à ses fins. »
Percy KEMP
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats