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Actualités - Opinion

Réflexions pour un Carême Par Georges KHADIGE*

En cette première semaine de carême 2007 m’est tombée sous les yeux une exhortation de Jean XXIII, le plus grand pape du XXe siècle, le père du concile Vatican II et de l’aggiornamento de l’Église, dont la portée, dans notre contexte libanais d’aujourd’hui, est des plus frappantes et la leçon exemplaire. Jean XXIII dit : « Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de notre ministère apostolique, nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. « Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si, du temps des conciles d’autrefois, tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Église. « Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. « Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires. » Or, combien nos chers concitoyens gagneraient à apprendre de Jean XXIII à cesser d’être constamment « des prophètes de malheur », n’annonçant que désastres et catastrophes. On dirait que les gens, dans ce cher pays, éprouvent le besoin d’annoncer toujours une prochaine confrontation « imminente », information qu’ils tiennent « de source sûre ». Ils scrutent les médias, non à la recherche de bonnes nouvelles, de perspectives de solution, d’éclaircies, de retour aux beaux jours, mais pour conforter leurs mauvais présages, dont ils attendent, comme Jonas, la réalisation, déçus qu’ils seraient de se voir contredits par le cours des événements. Pourquoi tant de défaitisme et de déprime ? S’il est vrai que tout n’est pas en rose (la seule couleur d’ailleurs qu’aucune fraction n’a encore eu l’idée de choisir, ce qui n’est que trop significatif), tout ne doit pas être vu en noir non plus. Que doivent dire d’autres peuples et d’autres pays, qui, s’ils n’ont pas les crises que nous connaissons depuis des décennies, ont d’autres fléaux ou catastrophes, non moins graves, tels que catastrophes naturelles, désastres écologiques, violences urbaines, rapts quasi quotidiens d’enfants, drogue, pédophilie, sida, grippe aviaire, désagrégation de la famille, homosexualité érigée en institution – « l’indifférence, elle te tue à petits coups », comme chante Bécaud –, et j’en passe ?... Alors, qu’on nous dise où on aimerait vivre. Dans des pays où le travail, l’agitation, la course contre la montre, pour tout et pour rien, sont devenus des fins en soi ? Dans des pays où l’on n’éprouve même plus le besoin de se marier pour avoir des enfants, où le mariage n’est plus nécessairement une union entre deux personnes de sexes opposés, mais où l’on marie « Adam and Steve » au lieu de « Adam and Eve », où l’on veut que les couples homosexuels puissent adopter des enfants, au détriment des droits les plus fondamentaux et les plus élémentaires de ceux-ci, où, du jour au lendemain, des milliers de salariés peuvent être licenciés pour raison de restructuration, où l’on peut crever dans la rue sans que personne ne s’en soucie, où l’on doit instaurer des systèmes de « SOS amitié » pour trouver quelqu’un à qui parler, où, si l’on demande l’heure à un passant, il risque de réponde : « Je n’ai pas acheté ma montre pour vous », où, si l’on sonne à la porte d’un voisin pour demander un petit service, il risque d’appeler la police pour « trouble de voisinage » ? Où donc aimerait-on vivre ? Dans lequel de ces pays ? Qu’on nous le dise et qu’on nous l’explique ! Si la patrie n’est plus la terre des ancêtres, c’est-à-dire celle des « patres », la patria, la « mère patrie ». Si elle est devenue simplement « un grand hôtel » où l’on ne reste que si on y est bien servi et qu’on y trouve son affaire, alors, adieu patrie, adieu ancêtres, adieu mère, adieu identité. Vivent les pluripatrides et les nés sous « X ». Pauvre imbécile que ce Danton qui a osé dire qu’« on n’emporte pas la patrie à la semelle de ses chaussures ». Illusion que cette Marseillaise, qui fait chanter : « Amour sacré de la patrie... » La patrie n’est plus la « mère patrie » ; celle dont on ne peut avoir qu’une, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, quoi qu’on pense. Elle est devenue une escale, une station, un accident de l’histoire. Pauvre Périclès, qui, et 451 av. J.-C., avait réservé la citoyenneté athénienne à ceux nés de père et de mère athéniens, à l’exclusion de tous autres. Pourquoi tant de complications quand on peut collectionner les nationalités et les passeports, comme on collectionne les timbres-poste et qu’on peut passer son temps à répéter « Ce pays est f... », on n’a plus rien à en attendre, sauve qui peut, les chaloupes à la mer, le bateau coule, hâtons-nous de le quitter ? Heureusement que des gens hors du commun, comme Jean XXIII, se sont rencontrés et se rencontrent encore pour redonner espoir aux hommes de bonne volonté et rappeler que la Providence existe, que ce pays existe depuis plus de 6 000 ans, qu’il a connu de nombreuses épreuves, qu’il a été souvent ballotté, mais qu’il n’a jamais coulé et qu’il ne coulera jamais « Fluctuat nec mergetur ». Alors à chacun de choisir, en sachant que vivre c’est choisir, et choisir c’est sacrifier, mais qu’on ne démoralise pas les autres et qu’on ne se transforme pas en « prophètes de malheur ». C’est tout ce qui est demandé. * Avocat à la cour. Article paru le Vendredi 23 Février 2007
En cette première semaine de carême 2007 m’est tombée sous les yeux une exhortation de Jean XXIII, le plus grand pape du XXe siècle, le père du concile Vatican II et de l’aggiornamento de l’Église, dont la portée, dans notre contexte libanais d’aujourd’hui, est des plus frappantes et la leçon exemplaire.
Jean XXIII dit : « Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de notre ministère apostolique, nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses.
« Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si...