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Actualités - Chronologie

PORTRAIT Édith Piaf, une vie en chansons

Il est des chansons éternelles. Celles de la môme Piaf sont de cette veine-là. Portées par la passion de ce petit bout de femme – qui chantait «comme un moineau» (dixit Louis Leplée, le découvreur de son talent), avec ses tripes, avec «ses mains comme des serres d’oiseau (disait son grand ami Cocteau), en s’époumonant à chaque fois comme si elle arrachait son âme» –, elles ont traversé les modes, les années et les générations sans rien perdre de leur aura. Leur pouvoir d’évocation va au-delà de la nostalgie. Ces hymnes à l’amour, à la vie, à la fête, à la joie ou même au chagrin ont ceci de particulier qu’ils retracent un destin. Mythique. Le parcours singulier – et universel tout à la fois – de cette voix qui, plus de quatre décennies après sa mort, continue de résonner dans la mémoire collective. La plus belle des preuves: l’avalanche de publications et de spectacles qui coïncident avec la sortie très attendue – chez nous aussi – du film La Môme, d’Olivier Dahan. En attendant, voici, pour vous mettre dans l’ambiance, quelques étapes-clés de la vie de Piaf (1915–1963)... En titres de chansons. – Elle fréquentait la rue Pigalle: à l’époque, elle avait vingt ans, s’appelait encore Édith Giovanna Gassion et s’acoquinait avec une bande de jeunes loubards de Pigalle. Et si elle a bien passé son enfance dans un bordel, tenu par sa grand-mère, celui-ci n’était pas situé – comme on pourrait le croire – à Pigalle, mais en Normandie. Pas loin de Lisieux, où les – ferventes – pensionnaires de la maison l’emmenèrent en pèlerinage, lorsqu’enfant elle fut atteinte de cécité. Guérie, Édith vouera toute sa vie un culte à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. – Le Noël de la rue: elle en a connu des Noëls de la rue... avec son père, Louis Gassion, un contorsionniste, qui va la récupérer de chez sa grand-mère pour l’emmener avec lui dans les cirques et sur les routes. – Entre Saint-Ouen et Clignancourt: à peine sortie de l’adolescence, Édith quitte son père, s’amourache d’un garçon livreur, P’tit Louis, de qui elle aura une fille, Marcelle, qui mourra d’une méningite à l’âge de 2 ans. Le couple se sépare et Édith commence sa carrière en poussant la chansonnette dans la rue. Belleville, Ménilmontant, Montmartre, Pigalle, République... Avec une amie, Momone, elles font la fête, chantent et mendient. – Comme un moineau: en 1953, Louis Leplée, gérant d’un cabaret chic, Le Gerny’s, sur les Champs-Élysées, découvre la jeune Édith et l’invite à chanter. Et parce qu’elle est petite et chante «comme un moineau», il la rebaptise la Môme Piaf, le nom de Môme Moineau étant déjà pris. – Mon légionnaire: titre que lui offre Raymond Asso, ancien légionnaire, qui tombe fou amoureux de Piaf et va prendre en main sa carrière, après l’assassinat de Leplée, et la façonner entièrement. Il lui apprendra à s’habiller, à se tenir, à entrer en scène... – Les mômes de la cloche: premier disque qu’elle enregistra en 1936. – L’accordéoniste: elle s’obstinera durant l’Occupation à chanter cet air écrit par Michel Emer, un juif, ce qui lui vaudra quelques ennuis. – Les trois cloches: c’est Piaf qui insista pour enregistrer avec les Compagnons de la chanson cette chanson qui restera leur plus grand succès. – Amants d’un jour: petite, malingre, un front énorme, le cheveu rare... Et pourtant un magnétisme incroyable. Édith fut plus qu’une croqueuse d’hommes, une grande amoureuse. «À chaque fois j’y crois et j’y croirai toujours», avoue-t-elle dans une autre de ses chansons. La liste de ses «amants d’un jour» est impressionnante. De Raymond Asso à Théo Sarapo, en passant par Paul Meurisse, Cerdan, Yves Montand, Eddie Constantine, Jean-Louis Jaubert, Moustaki, etc. – La vie en rose: c’est au sortir de la guerre qu’elle écrira La vie en rose, le titre le plus célèbre de son répertoire. La musique est comme souvent de Marguerite Monnot, sa compositrice préférée. Devenu un standard repris par de très grandes stars, de Placido Domingo à Diana Krall, en passant par Yves Montand, Grace Jones, Dalida, Patricia Kaas, Ute Lemper, Cyndi Lauper... – Hymne à l’amour: elle l’écrit pour Marcel Cerdan. Dès leur rencontre, début 1948, à New York, c’est le coup de foudre entre le champion du monde de la boxe et celle dont la voix galvanise les foules. Comme elle, il est issu du peuple. Comme elle, il croit avec ferveur. Pour elle, il quittera femme et enfants. – Mon Dieu: magnifique et poignante, cette chanson ne peut qu’évoquer la disparition de Cerdan, son grand amour. Il meurt, le 28 octobre 1949, dans un accident d’avion alors qu’il allait la rejoindre à New York. Cette tragédie va changer le cours de la vie de Piaf. À partir de là, elle va sombrer dans les excès en tout genre: alcool, drogue... – Je t’ai dans la peau: composée par Gilbert Bécaud. Elle interprétera cet air avec son mari Jacques Pills, épousé en 1952 (avec Marlene Dietrich, sa grande amie, pour témoin). – La foule: inspirée de sa tournée en Amérique du Sud, plus précisément d’une chanson argentine. – Mon manège à moi: un de ses plus gros succès, qu’elle a créé en 1958, lors de son troisième passage à l’Olympia, où elle fera salle comble tous les soirs durant trois mois. – Plus bleu que tes yeux: c’est Aznavour qui lui écrit ce tube. En 1950, il devient son homme à tout faire, secrétaire-chauffeur-confident et, occasionnellement, auteur-compositeur. – Milord: un énorme succès. Un titre qu’elle enregistre avec Georges Moustaki, qu’elle lancera et qui deviendra son amant. Ils auront un grave accident de voiture en 1958 à la suite duquel sa dépendance à la morphine va s’aggraver. – Non je ne regrette rien: «...Ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal, tout ça m’est bien égal.» Composée en 1960 par Charles Dumont, cette chanson subjugue Piaf. Ce sera en quelque sorte son testament. – À quoi ça sert l’amour?: un air qu’elle entamera en duo avec Théo Sarapo (de son vrai nom Théophanis Lamboukas, qu’elle rebaptise Sarapo, traduction de «je t’aime» en grec), son dernier mari, un chanteur de 20 ans son cadet, qu’elle épousera en 1963, quelques mois avant sa mort. – L’homme de Berlin: sa dernière chanson enregistrée en 1963. Édith Piaf s’éteindra le 10 octobre 1963 sur la Côte d’Azur. On n’annoncera cependant son décès que le lendemain – qui coïncidera avec la mort de Cocteau –, après avoir ramené le corps à Paris. Zéna ZALZAL Nouvelles parutions sur Piaf Piaf secrète, de Jean Noli (L’Archipel, 220 pages) Sur un air de Piaf, de David Lelait (Payot, 332 pages) Piaf mon amie, de Ginou Richer (Denoël, 255 pages).

Il est des chansons éternelles. Celles de la môme Piaf sont de cette veine-là. Portées par la passion de ce petit bout de femme – qui chantait «comme un moineau» (dixit Louis Leplée, le découvreur de son talent), avec ses tripes, avec «ses mains comme des serres d’oiseau (disait son grand ami Cocteau), en s’époumonant à chaque fois comme si elle arrachait son âme» –, elles ont traversé les modes, les années et les générations sans rien perdre de leur aura. Leur pouvoir d’évocation va au-delà de la nostalgie. Ces hymnes à l’amour, à la vie, à la fête, à la joie ou même au chagrin ont ceci de particulier qu’ils retracent un destin. Mythique. Le parcours singulier – et universel tout à la fois – de cette voix qui, plus de quatre décennies après sa mort, continue de résonner dans la mémoire...