Le Premier ministre israélien Ehud Olmert, en chute libre dans les sondages, était fragilisé hier à la tête de son parti et de sa coalition gouvernementale secouée par des rumeurs de remaniement.
Pas moins de 77 % de ses compatriotes se disent insatisfaits de sa conduite des affaires, et 62 % le jugent incapable de faire face à des situations de pression, selon un sondage publié cette semaine par Ynet, journal en ligne de Yediot Aharonot. Dans le même temps, 49,3 % des membres de son parti Kadima estiment que la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, serait la mieux placée pour diriger le parti centriste, contre 8,7 % des suffrages à M. Olmert, selon un autre sondage réalisé par l’institut Panorama Markets.
« Olmert ressemble de plus en plus à un héros tragique, incapable de se remettre du désastre de la seconde guerre du Liban » menée du 12 juillet au 14 août contre le Hezbollah chiite, écrivait hier le journal Haaretz. Les ratés du conflit font régulièrement la une de la presse israélienne et l’objet d’enquêtes simultanées par le contrôleur de l’État, la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense, l’armée elle-même et surtout la commission gouvernementale du juge à la retraite Eliahou Winograd. Celle-ci doit rendre un rapport intérimaire en principe en février et son rapport définitif d’ici au mois de juin.
« Les sondages ne peuvent pas renverser Olmert, qui s’appuie au Parlement sur une assise de 77 députés (sur un total de 120). En revanche, sa coalition aura du mal à fonctionner correctement, car il a des ennemis sérieux au sein du Kadima », affirme à l’AFP le politologue Akiva Eldar.
Il y a un an, M. Olmert a assuré l’intérim d’Ariel Sharon, victime d’une attaque cérébrale, avant de prendre les commandes en mai suite à la victoire étriquée du Kadima aux législatives du 28 mars.
Contrairement à son charismatique prédécesseur qui avait le verbe rare et lisait ses discours, M. Olmert parle beaucoup et multiplie les gaffes. Il a ainsi laissé entendre qu’Israël était une puissance nucléaire et que deux soldats enlevés le 12 juillet par le Hezbollah étaient morts. Malgré ses promesses, ces deux militaires n’ont toujours pas été récupérés, de même que le caporal Gilad Shalit capturé le 25 juin par des groupes armés palestiniens de la bande de Gaza.
Les tirs de roquettes contre les Israéliens se poursuivent, malgré un accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza conclu le 26 novembre avec les groupes armés palestiniens.
Dans le cadre de ses accords de coalition, M. Olmert a confié le portefeuille sensible de la Défense au travailliste Amir Peretz, ex-responsable syndical que la majorité des Israéliens jugent incompétent pour ce poste.
« Les élections primaires des travaillistes sont prévues en mai, et M. Olmert prie pour que Ehud Barak soit élu, car il pourrait alors le nommer à la Défense et procéder à un remaniement crédible de son cabinet », ajoute M. Eldar. Le bureau de M. Olmert a démenti des informations lui prêtant l’intention de limoger M. Peretz de son poste au profit de M. Barak, ex-Premier ministre et ex-chef d’état-major.
Outre son impopularité et ses déboires avec sa coalition gouvernementale, M. Olmert est personnellement empêtré dans une série de scandales et « affaires ». Jusqu’à présent, rien n’a pu être retenu contre lui, mais la presse israélienne le qualifie depuis longtemps de « suspect en série ». Le dernier scandale en date a éclaté cette semaine et concerne la directrice de son cabinet, Shoula Zaken, mise en cause dans une énorme affaire de corruption impliquant les plus hauts responsables de l’administration fiscale.
Charly WEGMAN (AFP)
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