Comment faire pour que le Liban de la convivialité et de la modération sorte vainqueur de cette crise, dont certains annoncent le durcissement ? Dans l’urgence, on a dressé, face au raz-de-marée chiite, un mur de défense sunnite ? A-t-on bien fait ? Certes, il fallait aller au plus pressé. Mais après réflexion, ce n’est pas avec le mur sunnite qu’il faut affronter le Hezbollah et le populisme aouniste, mais avec la démocratie.
Tout libanais qu’il soit, le Hezbollah est, et est perçu, comme un prolongement religieux, idéologique et militaire de l’Iran, face à Israël d’abord, mais aussi, qu’on le veuille ou non, face au projet d’édification d’un État digne de ce nom. Dans un Liban démocratique, il n’y aurait pas de place pour une faction armée qui dispose de son propre commandement militaire.
Face à cette réalité, et surtout après le début du sit-in dans le centre-ville et la menace de faire chuter le gouvernement, les sunnites semblent s’être retrouvés démunis sur le plan non pas religieux, mais idéologique et militaire. L’islamisme sunnite, mieux armé que la bourgeoisie occidentalisée et urbaine de Saïda, Beyrouth ou Tripoli, pour faire face au Hezbollah doctrinaire, est alors monté au créneau. On a même vu apparaître, sur le petit écran, un islam dont on n’entendait même pas parler voici quelques mois. Et parallèlement, certaines armes individuelles sont sorties de leurs cachettes.
À court terme, le réflexe sunnite se comprend, et le réflexe identitaire était inévitable. Sauf que processus de radicalisation nuit profondément au « pacte de coexistence » qui est à la base même du Liban, selon le préambule de la Constitution. Le sit-in est en train de durcir le clivage entre sunnites et chiites et de ronger la convivialité. Il a un effet destructeur, corrosif, sur la cohésion nationale. Certains le souhaitent. Les doctrinaires de l’alliance des minorités – chiite-chrétienne-alaouite-druze –, dans la grande mer sunnite, s’en réjouissent sans doute.
Mais face à tous ces replis, à tous ces intégrismes, la réponse du Liban devrait être autre. Toute dérive identitaire, de quelque côté qu’elle vienne, est nuisible. Leur défense contre l’islamisme chiite, les sunnites, les chrétiens, les druzes, les chiites bien sûr, et tous les Libanais devraient la rechercher non dans un radicalisme religieux ou idéologique, ou géopolitique, mais dans la démocratie consensuelle, la démocratie tout court, l’ouverture à la modernité, l’invention d’un modèle innovant où la liberté religieuse, le principe de réciprocité, les droits de l’homme et de la femme occuperont une place de choix.
Par ailleurs, face à un Hezbollah armé, discipliné, redoutable, la grande défense du Liban ne peut être, pour les sunnites comme pour tous les Libanais, que les forces de l’ordre. Une des leçons cruciales de nos guerres, c’est que s’il y a une chose au Liban qui ne doit pas être consensuelle, ou « à l’amiable », c’est la sécurité.
L’usage du droit démocratique de manifester a dégénéré en occupation abusive de l’espace public et privé. Il a été détourné de son but et utilisé à des fins subversives. Le ministre de la Défense s’est engagé à empêcher les bâtiments officiels d’être encerclés, les voies de circulation bloquées, la propriété privée violée. Il doit tenir parole, au nom de ce que le Liban a de plus précieux, la convivialité, et la paix civile qui la garantit.
Fady NOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Comment faire pour que le Liban de la convivialité et de la modération sorte vainqueur de cette crise, dont certains annoncent le durcissement ? Dans l’urgence, on a dressé, face au raz-de-marée chiite, un mur de défense sunnite ? A-t-on bien fait ? Certes, il fallait aller au plus pressé. Mais après réflexion, ce n’est pas avec le mur sunnite qu’il faut affronter le Hezbollah et le populisme aouniste, mais avec la démocratie.
Tout libanais qu’il soit, le Hezbollah est, et est perçu, comme un prolongement religieux, idéologique et militaire de l’Iran, face à Israël d’abord, mais aussi, qu’on le veuille ou non, face au projet d’édification d’un État digne de ce nom. Dans un Liban démocratique, il n’y aurait pas de place pour une faction armée qui dispose de son propre commandement militaire.
Face à...