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Pour le sang du martyr Georges KHADIGE

Il est inutile de dire ce que le drame, qui vient de frapper une nouvelle fois la famille Gemayel et le Liban tout entier, a d’odieux et d’intolérable. Arracher à sa famille un fils, un mari, un père, dans la plus fine fleur de l’âge, a quelque chose d’insupportable, car contre nature, contre toute norme, contre tout ce que l’on attend de la vie. Arracher un jeune député et jeune ministre plein de fougue et d’idéal à son pays, à sa mission, à partir de calculs cyniques, sordides à donner la nausée, en vue de réaliser des objectifs précis et abjects et qu’on ne connaîtra sans doute jamais, est de nature à faire douter de l’homme et de l’humanité. Se demander pourquoi lui et se dire que c’est sans doute parce que c’était la victime idéale, celle qui pouvait permettre de réaliser le plus sûrement les sinistres desseins des planificateurs, a quelque chose de révoltant. Que dire alors au père, à la mère, à l’épouse et demain aux enfants, quand ils commenceront à comprendre ? Que des salauds, des criminels, des cyniques infâmes ont assassiné un rêve, un idéal sur l’autel de leurs machiavéliques projets ? Que dire à tous ceux qui croient en ce Liban, patrie « définitive » pour ses fils ? Que ce pays tue ses fils ? Qu’il devient de plus en plus difficile et de plus en plus risqué et aléatoire d’y vivre ? Qu’une infime minorité d’activistes empêche tout un peuple de vivre en paix ? Que sans ces activistes et sans les convoitises extérieures, ce pays, celui où le plus au monde il fait bon vivre, serait le pays qui jouirait de la meilleure qualité de vie, n’en déplaise aux sceptiques et aux pessimistes ? Que Dieu, pour ne pas avoir le sentiment d’avoir été injuste envers les autres pays en dotant le Liban de tous ces privilèges, le soleil, la mer, les montagnes, le climat, la convivialité, l’hospitalité, la joie de vivre, l’aptitude incroyable à se redresser, à résister, à supporter, à sublimer, l’a affligé de ses deux voisins du Nord et du Sud, lui a inoculé le virus de la division, le confessionnalisme qui aurait pu être sa richesse et qui est devenu sa plaie, son inaptitude congénitale à créer un État, depuis 6 000 ans jusqu’à aujourd’hui ? Devrait-on dire tout cela à tous les Libanais de bonne volonté auxquels se sont adressés les anges au soir de Noël en chantant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes de bonne volonté ? Triste tableau, triste sort, et pourtant ce Liban meurtri et déchiré est irremplaçable. Tous ceux qui le quittent en gardent la nostalgie. Ils ont beau faire contre mauvaise fortune bon cœur, ils ont beau s’illusionner, essayer d’illusionner les autres, ils garderont toujours le Liban dans leur cœur et sans lui c’est une partie d’eux-mêmes, sans doute la meilleure, qui leur manquera toujours. Alors que faire ? Continuer à verser le sang ? À payer le prix du sang et souvent pour moins que trente deniers ? Se pendre à un olivier ? Renier, déserter, émigrer ? Il n’appartient à personne de donner des conseils à personne, mais il est bon de se remémorer la réponse de Danton à ceux qui lui conseillaient de fuir la colère de Robespierre : « On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses chaussures. » Et de même qu’on ne peut avoir qu’une mère, on ne peut avoir qu’une patrie et sans elle on n’est qu’un enfant né sous double X, de père et de mère inconnus. À chacun donc de choisir... d’être métèque, apatride, ou citoyen d’une patrie, pour le meilleur et pour le pire, et même si pour un moment le pire semble prédominer, se souvenir qu’avant soi, des générations y ont vécu, et sans doute pas si mal puisqu’on est encore là. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entendre ce que l’Esprit dit, pour que le Liban vive. Et qu’il reste une patrie définitive pour ses fils. Article paru le Mercredi 29 Novembre 2006
Il est inutile de dire ce que le drame, qui vient de frapper une nouvelle fois la famille Gemayel et le Liban tout entier, a d’odieux et d’intolérable. Arracher à sa famille un fils, un mari, un père, dans la plus fine fleur de l’âge, a quelque chose d’insupportable, car contre nature, contre toute norme, contre tout ce que l’on attend de la vie. Arracher un jeune député et jeune ministre plein de fougue et d’idéal à son pays, à sa mission, à partir de calculs cyniques, sordides à donner la nausée, en vue de réaliser des objectifs précis et abjects et qu’on ne connaîtra sans doute jamais, est de nature à faire douter de l’homme et de l’humanité. Se demander pourquoi lui et se dire que c’est sans doute parce que c’était la victime idéale, celle qui pouvait permettre de réaliser le plus sûrement...