Forte d’une nouvelle manne pétrolière et d’un soutien international récemment accru, la Mauritanie, pays principalement désertique et agropastoral, est devenue une nation à forte croissance, mais une frange importante de la population tarde encore à en tirer les bénéfices.
« La Mauritanie est en pleine mutation économique et affichera en 2006 une croissance estimée à 13,9 % contre 5,4 % en 2005 », annonce Isselmou Ould Sidi Elmoctar, directeur des projets publics au ministère des Affaires économiques.
Selon lui, « l’Administration est assainie et la bonne gouvernance et la transparence ont été rétablies » par la junte militaire qui a renversé l’ancien régime du président Maaouiya Ould Taya en 2005.
Ces réformes ont aidé le pays à bénéficier d’importants allègements de dette au moment où se profile une transition démocratique devant aboutir à une présidentielle en mars 2007, rappelle-t-il.
En décembre 2005, la dette multilatérale du pays, qui s’élevait à 830 millions de dollars, a été totalement annulée par les bailleurs de fonds internationaux.
Cette bonne santé économique de la Mauritanie provient essentiellement de la richesse de ses ressources naturelles, notamment depuis l’ouverture en mars de l’exploitation du champ pétrolifère offshore de Chinguetti au large de Nouakchott.
Le nouveau secteur, qui devrait représenter en 2006 environ 22 % du PIB, a apporté au budget national une bouffée d’oxygène inattendue.
Selon le gouvernement, l’annulation de la dette conjuguée aux ressources pétrolières font sortir la Mauritanie du cercle des pays les « plus pauvres » pour intégrer le club des pays « intermédiaires ».
Les ressources minières (12,8 % du PIB) déjà en production (fer et cuivre) ou en voie d’exploitation, comme l’or découvert dans le nord du pays, continuent également de soutenir la croissance.
Autre source importante de revenus, les ressources halieutiques du pays ont fait l’objet en juillet d’un accord avec l’Union européenne (UE) rapportant à la Mauritanie un total de 106 millions d’euros par an jusqu’en 2012.
Mais ce constat global flatteur cache quelques points négatifs, comme « la difficulté à lever l’impôt en dépit d’une nette amélioration de l’assiette fiscale », observe l’économiste Isselmou Ould Mohamed.
De plus, les grands espoirs placés dans le pétrole ont été déçus par une production récemment revue à la baisse en attendant les résultats des explorations chinoises et françaises, qui s’orientent également vers le gaz naturel, encore inexploité dans le pays.
Ces difficultés font passer les revenus estimés de l’or noir, initialement fixés à 300 millions de dollars annuels, à 150 millions de dollars en 2006 et 2007 à l’exception d’un bonus de 100 millions promis par la compagnie australienne Woodside chargée de son exploitation, explique M. Ould Sidi Elmoctar.
Ce dernier souligne également que la croissance ne profite pas à tous, une bonne moitié des trois millions de Mauritaniens vivant encore avec moins de un dollar par jour, selon les estimations du ministère des Affaires économiques.
« Le pays est riche en revenus, mais pauvre au sein de la population », relève le fonctionnaire, précisant que « les pauvres sont aux trois quarts ruraux ».
Face à ce constat, l’essentiel des projets publics ont été orientés depuis un an vers la lutte contre la pauvreté dans les campagnes : désenclavement routier du sud agropastoral, projets d’irrigation et de barrages de retenue d’eau et alimentation en électricité.
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