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Actualités - Opinion

La chambre de Stavroguine

Instruire un imbécile ? Autant soigner un mort. Proverbe russe Ils s’appelaient Dostoïevski, Noureïev, Gogol, Boulgakov, Moussorgski, Tarkovski, Meyerhold, Eisenstein, Rachmaninov ; Romanov aussi, Catherine II, surtout ; ils n’étaient pas les plus grands juste parce qu’ils maîtrisaient leur art mieux que personne, ils l’étaient, les plus grands, parce qu’ils cultivaient, en eux, la quintessence de l’être-à-soi, ils jonglaient avec le plus fascinant, le plus ambigu mais le plus puissant des être-au-monde : l’âme slave. Russes jusqu’au vertige, moujiks preux, chevaliers flamboyants, misanthropes et don Juan, mesquins et seigneuriaux, leurs tragédies provoquaient le fou rire d’abord, l’horreur ensuite, une indifférence obtuse enfin ; ils ne reculaient devant rien, ils (s)avaient tout quand bien même ne leur restait, pour commencer la nuit, qu’un fond de vodka et des zakouskis fatigués, quand bien même ils n’avaient jamais rien appris ; ils disaient que mieux valait avoir cent amis que cent roubles, ils laissaient rouler leurs larmes dans d’immenses explosions de balalaikas, et quand l’un d’eux se savait condamné à mort, il invoquait les êtres humains, les lions, les aigles et les faisans, les cerfs, les oies, les poissons muets, les créatures microscopiques, il disait il fait froid, froid, froid, vide, vide, vide, il hurlait je suis l’âme d’Alexandre, et de César, et de Shakespeare, et de Napoléon, et la dernière des sangsues, il expirait je serai victorieux… Les Russes avaient inventé, depuis la nuit des temps, la plus extraordinaire des armes de (re)constructions massives : l’âme slave. Dissoute dangereusement dans le communisme, ressuscitée, la voilà de nouveau diluée dans la politique des axes. Le judoka Poutine, peut-être déslavisé, n’a pas compris que le Liban est sa seule porte d’entrée au Proche-Orient, surtout que le prix du pétrole ne flambe qu’une fois en passant, surtout que personne, ici ou là-bas, n’a intérêt à ce qu’il flambe. Vouloir ressusciter les heures louvoyantes du khrouchtchevisme, soutenir inconditionnellement tous les pays qui défient l’Occident ; fantasmer sur une starification de la diplomatie russe, une médiation avec l’Iran, un bunker pour Damas, une invitation au Hamas, tout en se rendant bien compte que Moscou n’a aucun levier d’influence ; se souvenir que plus d’un million d’anciens camarades soviétiques sont désormais citoyens israéliens puis cajoler Olmert dans le sens du poil ; scruter d’un œil terrifié les banlieues islamisées et incandescentes de la grande Russie et se jeter dans les bras de l’Occident quand les choses deviennent vraiment graves ; tout cela est une chose. Plastiquer ou miner ou torpiller ou dégénérer le projet du tribunal international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, identifier un coupable et le protéger, c’est-à-dire, au-delà du crime et du châtiment, vouloir dynamiter le premier geste d’accouchement d’un Liban nouveau, voilà quelque chose de bien peu… russe. Grand connaisseur des arcanes moscovites, Walid Joumblatt a peut-être (ses) raison(s) d’espérer, de la part de la Russie, un sursaut du dernier quart d’heure pour rebooster sa réputation et sa crédibilité. Qu’il soit entendu, des deux rives de la Moskova… Il y en a un, sans doute encouragé par les missiles russes lancés contre cette intuition de vérité, contre ce projet de vie donc, qui jubile, et qui pousse le zèle jusqu’à énoncer douze remarques, douze Scud, sur la mouture de ce tribunal international – un zèle à torpiller tellement incompréhensible qu’un enfant de quatre ans se demanderait ce qui motive réellement Émile Lahoud. L’attitude syrienne est on ne peut plus logique. Et la sienne ? Ce n’est quand même pas juste une question de non-âme slave… Le Conseil de sécurité a une nouvelle mission de salut public à assurer. Un viol à réparer. Ziyad MAKHOUL
Instruire un imbécile ? Autant soigner un mort.
Proverbe russe

Ils s’appelaient Dostoïevski, Noureïev, Gogol, Boulgakov, Moussorgski, Tarkovski, Meyerhold, Eisenstein, Rachmaninov ; Romanov aussi, Catherine II, surtout ; ils n’étaient pas les plus grands juste parce qu’ils maîtrisaient leur art mieux que personne, ils l’étaient, les plus grands, parce qu’ils cultivaient, en eux, la quintessence de l’être-à-soi, ils jonglaient avec le plus fascinant, le plus ambigu mais le plus puissant des être-au-monde : l’âme slave. Russes jusqu’au vertige, moujiks preux, chevaliers flamboyants, misanthropes et don Juan, mesquins et seigneuriaux, leurs tragédies provoquaient le fou rire d’abord, l’horreur ensuite, une indifférence obtuse enfin ; ils ne reculaient devant rien, ils (s)avaient tout quand bien même ne...