L’histoire malheureuse du terrain loué au gouvernement libanais pour le compte de l’ONU, mais resté impayé, est gravée dans les mémoires à Jouaya, riche localité du caza de Tyr où les soldats italiens de la force de paix cherchent désespérément un site pour s’installer, rapporte Sylvie Groult, de l’AFP.
« Les gens ne font aucune confiance au gouvernement. Ici nous sommes des hommes d’affaires. Nous ne voulons pas céder nos terrains gratuitement », explique un édile de cette bourgade chiite, parsemée d’énormes et luxueuses villas construites par la diaspora.
Deux tiers des habitants de Jouaya, à l’est de Tyr, résident en effet à l’étranger, où ils font souvent fortune.
Cette oasis de prospérité, peu touchée par les bombardements israéliens qui ont réduit en ruines, à quelques kilomètres de là, les villages de la zone frontalière, a été choisie comme quartier général du contingent italien de la Finul renforcée, qui amorce son déploiement dans le sud du Liban.
Ali Soufan, élu municipal chargé de négocier le dossier avec les Italiens, raconte que la municipalité a recensé cinq ou six terrains, et les a fait visiter.
« L’un des propriétaires nous a prévenus qu’il n’accepterait de louer que si le contrat était directement signé avec la Finul, sinon il refuse, affirme M. Soufan. Les autres ont fait la même réponse, ils n’ont aucune confiance dans le gouvernement. »
Des années après une expérience malheureuse, les propriétaires n’ont pas oublié leur déconvenue. Et plus personne ne veut confier ses terres au gouvernement libanais, pourtant seul habilité selon la loi internationale à passer contrat avec les Nations unies.
Au sommet d’une haute colline, M. Soufan montre le terrain, à l’abandon, et l’immense maison où la Finul avait établi une base à son arrivée au Liban en 1978. « Le camp a vu passer des Français, puis des Sénégalais, des Nigérians, des Polonais, des Suédois », se souvient-il, jusqu’au départ des troupes de l’ONU, repliées le long de la frontière après le retrait de l’armée israélienne en mai 2000.
Mais pendant les dix dernières années, assurent les élus municipaux, les propriétaires du site ont réclamé en vain le loyer au gouvernement.
« J’aurais aimé que les Italiens viennent s’y installer, poursuit M. Soufan. C’est une position stratégique, qui peut accueillir plus de mille soldats. Les Français l’ont aménagée, avec des bunkers dans la colline. Mais je n’ai pas réussi à convaincre les propriétaires. »
L’affaire est embarrassante au moment où un millier de soldats italiens, premier bataillon débarqué au Liban début septembre, attendent, parqués dans leur camp provisoire de Bourj Qaraouiye, le signal du déploiement.
Elle tombe au plus mal, en termes d’image, pour le gouvernement, qui assure être capable d’étendre son autorité au sud du pays, perdu depuis plusieurs décennies et abandonné depuis 2000 au Hezbollah.
Cette banale histoire immobilière est aussi devenue un casse-tête logistique capable de contrarier le calendrier du déploiement de la Finul.
Le président de la municipalité de Jouaya, qui voit dans l’arrivée des Italiens une nouvelle aubaine financière pour sa ville, espère maintenant les convaincre de s’installer « sur un terrain municipal de 100 000 mètres carrés ».
Une solution qui pourrait finalement être retenue, alors que les experts juridiques de l’ONU planchent sur la possibilité, en l’absence de propriétaires conciliants, de louer des terrains publics.
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« Les gens ne font aucune confiance au gouvernement. Ici nous sommes des hommes d’affaires. Nous ne voulons pas céder nos terrains gratuitement », explique un édile de cette bourgade chiite, parsemée d’énormes et luxueuses villas construites par la diaspora.
Deux tiers des habitants de Jouaya, à l’est de Tyr, résident en effet à l’étranger, où ils font souvent fortune.
Cette oasis de prospérité, peu touchée par les bombardements israéliens qui ont réduit en ruines, à quelques kilomètres de...