Soliman le Zghortiote, Magnifique par ailleurs lorsqu’il s’y met, ne badine pas avec la politique. Pour lui, c’est une science d’une exactitude navrante qu’il pratique d’ailleurs chronomètre en main. C’est ainsi que la majorité écrasée du peuple libanais a dernièrement appris du chef nordiste que le petit Saadeddine qui monte, aussi bien en assurance qu’en décibels, n’a consacré que 5 minutes et quelques poussières de son dernier discours à réprouver la barbarie israélienne, alors que Bachar, lui, a eu droit à 60 minutes pleines, d’attaques en règle, en réponse à son intervention-fleuve aux palais des Émigrés. Une intervention épicée comme on le sait, de ces « standing ovations » tout à fait spontanées et inattendues, et qui ont l’art de prendre le raïs syrien par surprise, à toutes les fois. Nous avons également su que Saad n’avait cité la « mou’awamé » que 2 fois dans son discours, et sans la nommer de surcroît (vous m’expliquerez cet exploit).
Mais soyez vite rassurés : il paraît, d’après les mêmes sources nordistes, que ce n’est pas du tout par allégeance à l’entité sioniste, ni par souscription aux plans machiavéliques de l’oncle Sam, que le député de Beyrouth a tenu ces propos. Non mais, qu’allez-vous croire ! Il ne s’agit que d’une toute petite propension, toute bénigne en somme, à haïr la communauté chiite. Rien de plus.
Plus nauséeuses méthodes, plus fauteur de troubles, tu décèdes.
Dans un registre bien différent, mais qui nous plonge tout aussi bien dans l’effroi et l’incertitude, se placent les interventions du général. Patriote libre parmi tous qui nous a fait longtemps rêver, transparent jusqu’à la moelle, l’un des rares à garder un semblant de crédibilité, le voilà aujourd’hui qui grimpe les échelons, petit à petit, dans l’art de manier la langue de bois. Et quel bois ! Massif, étanche, résistant à toute perforation. L’art consommé du non-dit, tellement consommé d’ailleurs qu’il ne reste plus rien à dire… Ah si ! Répondre aux questions par des questions, dans une sorte d’inversion improvisée des rôles.
– « Mais pourquoi donc cette ambiguïté mon général ? »
– « Et pourquoi pas mes enfants ? »
C’était « Le général reçoit Marcel Ghanem ».
Il y a aussi le spectacle quelque peu désolant, d’une « force » militaire libanaise qui se déploie au Sud, et qui n’inspire réellement que faiblesse et fragilité. Soyons honnêtes avec nous-mêmes : un équipement apeurant de désuétude, une troupe bien sage, mais privée quand même de frontières depuis 40 ans, plutôt rodée aux affaires internes du pays, et qui s’en va aujourd’hui dissuader la 4e armée du monde, et la résistance la mieux préparée et la mieux équipée de la planète, de s’échanger des bombinettes.
Avec en toile de fond, la superimpuissance d’un gouvernement, frileux à en pleurer (il l’a si bien démontré), qui se raconte des fables pour apaiser ses bobos et qui, espérons-le, ne finira pas par s’endormir, bercé par ses propres (dés) illusions.
Ah, j’oubliai ! Les pays contributeurs à la Finul Part II ! Rions un petit coup de cet effet domino hilarant qui les a fait tomber les uns après les autres : les Allemands qui cherchent à éviter une version revue de l’Holocauste, les Français qui montraient des dents en promettant une force de frappe à faire pâlir les deux bords, et qui se rabattent finalement sur 200 experts en travaux « dans les zones sensibles ? », les Italiens pris soudain de panique, les Hébreux qui craignent les Indonésiens, les Arméniens qui ne veulent pas des Turcs qui eux veulent tout à coup comprendre ce qu’ils viennent faire chez nous.
Et pour rendre l’air encore moins respirable, des nuages d’amiante survolent nos villes, des nappes de fuel se baladent sur nos côtes au gré des vagues et des vents… en attendant probablement des plages meilleures…
Ô Liban, pays de mes aïeux ! Terre d’encens, de miel et des âmes qui déchantent. Il paraît qu’on ne se refait pas. Alors, permets-moi d’aller dégobiller un coup.
Walid MENASSA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Soliman le Zghortiote, Magnifique par ailleurs lorsqu’il s’y met, ne badine pas avec la politique. Pour lui, c’est une science d’une exactitude navrante qu’il pratique d’ailleurs chronomètre en main. C’est ainsi que la majorité écrasée du peuple libanais a dernièrement appris du chef nordiste que le petit Saadeddine qui monte, aussi bien en assurance qu’en décibels, n’a consacré que 5 minutes et quelques poussières de son dernier discours à réprouver la barbarie israélienne, alors que Bachar, lui, a eu droit à 60 minutes pleines, d’attaques en règle, en réponse à son intervention-fleuve aux palais des Émigrés. Une intervention épicée comme on le sait, de ces « standing ovations » tout à fait spontanées et inattendues, et qui ont l’art de prendre le raïs syrien par surprise, à toutes les...