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Actualités - Opinions

Les lecteurs ont voix au chapitre

La désillusion du rapatrié À l’instar de milliers de compatriotes, j’ai été rapatrié par Chypre en juillet. Depuis, comme d’autres, je vis avec cette amère désillusion et cette déception d’avoir imposé cela à mes deux enfants, après l’avoir vécue à leur âge il y a trente ans. Cette douleur morale, certainement sans commune mesure avec celle des Libanais ayant vécu plus directement cet énième épisode de la saga libanaise, va probablement s’ancrer pour longtemps dans l’esprit des jeunes générations d’expatriés qui s’éloigneront encore plus de leur pays d’origine. Ce que je retiens aussi, comme d’autres, c’est l’impression de grande irresponsabilité de certains leaders, dont l’hypocrisie du discours ne convainc plus que les désespérés, malheureusement trop nombreux au Liban. Au gouvernement de Siniora, dont l’attitude a été exemplaire au cours de cette crise, de convaincre les chiites de la primauté de l’allégeance nationale. Pr Jean-Jacques MOURAD Paris Merci, Monsieur Siniora J’ai beaucoup souffert ces jours-ci. Je suis espagnole, vivant à Beyrouth depuis 23 ans. J’aime le Liban. Je suis une simple citoyenne du monde, mariée par amour à un Libanais (la religion importe peu). Je suis mère de deux enfants. Je voudrais remercier le Premier ministre pour sa sagesse, sa patience, pour son amour de notre pays, de tous les Libanais. Il sait être logique, négocier en sauvegardant la dignité des Libanais tant de fois bafouée. Je voudrais aussi le remercier pour avoir su imposer l’autorité de l’État, si souvent réclamée, sur l’ensemble du territoire national, pour se situer à égale distance de tous les partis. Monsieur Fouad Siniora, que Dieu vous prête longue vie! Avec toute ma reconnaissance, mon respect et avec l’espoir de pouvoir me retrouver un jour face à vous. Marina Rodriguez NUNEZ Le monopole du patriotisme Qui a le droit de juger si je suis une «bonne citoyenne» libanaise ou pas? Qui a le droit de me dicter mes pensées et valeurs, mes victoires et défaites? Qui a le droit de me forcer à suivre telle ou telle autre idéologie? De me qualifier de traître ou de martyr? De me faire taire sous prétexte d’unité nationale? De clamer haut et fort: ou avec moi ou contre moi (une phrase ô que familière mais qui venait d’un autre monde)? Il y plusieurs moyens de garder le monopole sur toute notion de patriotisme. L’une d’elle, et non des moindres, consiste à détenir le monopole des armes. Nayla MOUKARBEL Feuilles et mots Par un automne précoce, probablement dû à la pollution atmosphérique, les peupliers se désistent de leurs feuilles. Ces feuilles se détachent des branches, virevoltent un moment puis tapissent le sol ou s’accumulent dans les encoignures. « Elles se ramassent à la pelle »... Du moins ce qu’il en reste, car une partie de ces feuilles est transportée par le vent et une autre est foulée aux pieds. Mort prématurée ? Nullement : ces arbres préparent leur prochaine floraison. Ils ont besoin de leur dénuement total et du silence de l’hiver pour se refaire une sève nouvelle et préparer un printemps nouveau. Là, une conviction m’obsède. Ces arbres ne figurent-ils pas les représentants de mon pays ? Ces hommes devraient prendre exemple sur la nature; ces hommes devraient se désister de leurs feuilles qui sont les mots, les déclarations, les débats télévisés. Ces hommes doivent rentrer dans le silence médiatique pour préparer le renouveau. Même Jésus-Christ a eu besoin de trois jours de silence total pour préparer Sa Résurrection. Je tiens quand même à m’arrêter aux propos du ministre de la Défense, dont j’ai apprécié le sérieux, le sens des responsabilités. Il est profondément consterné par les malheurs du peuple. Il est à la hauteur de la gravité de la situation. Samira FAKHOURY Les faucons et le phénix 27 juillet 2006: Dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, Condie, Ehud, Amir et Tzipi ne cachent pas leur satisfaction. Et puisque tout le monde est content, George l’est aussi. Des sourires se dessinent sur leurs lèvres et on se félicite déjà de la victoire finale. Le Hezbollah est tombé dans le piège et la guerre est lancée. Il faut donc passer à la deuxième étape, qui consiste à gagner du temps. Condie veut faire taire les critiques de la communauté internationale. Il lui faut donc commercialiser la guerre. «Et si on l’appelait Nouveau Moyen-Orient?» Elle propose donc à Ehud l’attentif, Amir l’impulsif et Tzipi l’acharnée de multiplier les allers-retours Tel-Aviv-Washington et Beyrouth-Washington pour feindre d’œuvrer pour un cessez-le-feu. Mais elle précise à Amir qu’il faut faire vite et qu’elle ne peut plus prolonger le temps imparti à cette guerre. Amir, jouant de sa moustache, est sûr de sa victoire proche. 12 août 2006: Dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, Condie, Ehud, Amir et Tzipi ont du mal à cacher leur déception. Et puisque tout le monde est triste, George l’est aussi. Tzipi, avec ses faux airs de Stefi Graff, a pourtant du mal à digérer ce revers: il faut à tout prix arrêter cette guerre. Amir, plus impulsif que jamais, affirme que ses troupes occupent quelques kilomètres carrés au Liban-Sud. Condie est déçue; elle a usé de ses talents de comédienne pour rien. Et Ehud, pataud, de faire remarquer que tout n’est pas si mal: «Le Liban est bien mort, on a fait des massacres, détruit des ponts, comme prévu.» C’est alors que Condie lui fait savoir que c’est pour la centième fois peut-être que le Liban est déclaré mort et qu’il renaît toujours de ses cendres. Khalil CHÉHADÉ
La désillusion du rapatrié

À l’instar de milliers de compatriotes, j’ai été rapatrié par Chypre en juillet. Depuis, comme d’autres, je vis avec cette amère désillusion et cette déception d’avoir imposé cela à mes deux enfants, après l’avoir vécue à leur âge il y a trente ans. Cette douleur morale, certainement sans commune mesure avec celle des Libanais ayant vécu plus directement cet énième épisode de la saga libanaise, va probablement s’ancrer pour longtemps dans l’esprit des jeunes générations d’expatriés qui s’éloigneront encore plus de leur pays d’origine.
Ce que je retiens aussi, comme d’autres, c’est l’impression de grande irresponsabilité de certains leaders, dont l’hypocrisie du discours ne convainc plus que les désespérés, malheureusement trop nombreux au Liban. Au...