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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB La der des der ?

À guerres insensées, résultats sinon désastreux, alors pour le moins incertains, amèrement équivoques. Votée à l’aube, à l’unanimité du Conseil de sécurité, après de laborieuses tractations qui ont paru un moment mettre à mal l’entente franco-américaine sur le Liban observée ces deux dernières années, la résolution 1701 n’avait aucune chance, en réalité, de satisfaire entièrement l’un ou l’autre des protagonistes. Ce texte reflète les volontés et préoccupations pas toujours convergentes des puissances, certes, mais il est le fruit aussi d’un verdict des armes lui-même empreint d’ ambiguïté. Tout se passant en somme comme si les dieux de la guerre ne se décidaient pas à réserver le gros de leurs faveurs à l’un ou l’autre des protagonistes . C’est un fait qu’après un mois d’affrontements, et pour la première fois dans les annales du Proche-Orient, l’ennemi s’avère incapable d’imposer sa loi sur le champ de bataille. 8 000 sorties aériennes et plus de 100 000 obus d’artillerie n’ont pu venir à bout de ce Hezbollah que se promettaient d’annihiler les généraux d’Israël. De toutes les options caressées par l’état-major de Tel-Aviv, ne subsistait plus hier que celle consistant à repousser la Résistance jusqu’au cours du fleuve Litani : entreprise qu’il lui a fallu cependant recommencer tous les jours à partir de zéro, avec tous ces combattants ressurgissant sans cesse, pratiquement de sous terre, dans le dos de l’envahisseur, dans les localités du Sud tenues pour investies, occupées, nettoyées. Ce n’est pas seulement à des fins de chantage diplomatique qu’Israël a maintenu jusqu’au bout la menace d’une extension de son offensive. Pour reprendre un inusable cliché, l’État hébreu a sans doute été près de céder à la tentation d’une fuite en avant qui lui eût permis de marquer, in extremis, des points sur le terrain. Dans le même temps qu’il acceptait la résolution onusienne, Ehud Olmert a d’ailleurs mis les bouchées doubles ; mais il est déjà trop tard. La honte d’une guerre non gagnée (et donc perdue, s’agissant là de l’armée la plus puissante de la région aux prises avec une guérilla) ; le légendaire pouvoir de dissuasion d’Israël considérablement émoussé ; l’improvisation dans le déclenchement du conflit ; la folle valse des objectifs ; les récriminations des militaires ; les divisions au sein même du gouvernement, l’impréparation de la population face aux pluies de roquettes : tout cela en effet se traduit déjà par une désaffection brutale de l’opinion publique, que révèlent les derniers sondages. « On ne peut pas faire entrer en guerre un pays entier, n’obtenir qu’une humiliante défaite et demeurer au pouvoir », relevait hier l’influent Haaretz. On ne peut pas entraîner tout un pays dans une guerre ruineuse et songer même à conserver ce terrible pouvoir censé être l’apanage exclusif de l’État, ont durement constaté pour leur part, bien avant Haaretz, les Libanais. Le Hezbollah a stupéfait le monde en tenant tête, un mois durant, aux colonnes ennemies, en désorganisant par ses tirs de roquettes la vie quotidienne en Israël. Mais à quel effroyable prix tant d’héroïques exploits, pour qui donc une si relative victoire dont le pays saigné, dévasté, dépeuplé par les barbares bombardements israéliens se serait volontiers passé ? La résolution XXXX est loin de répondre, une fois de plus, aux exigences du Liban, énoncées dans son plan en sept points, et le gouvernement Siniora ne s’y ralliera probablement aujourd’hui qu’avec force réserves. La cessation des hostilités qu’elle décrète n’est pas en effet le cessez-le-feu immédiat réclamé, celui-ci ne devant être institué que dans le cadre d’un accord politique sur la pacification de la région frontalière. Pas immédiat non plus, mais progressif sera le retrait des troupes occupantes. Si le texte demande, dans son préambule, la libération des deux militaires israéliens capturés le 12 juillet, il ne prévoit aucun échange de prisonniers. Enfin, la question des fermes de Chébaa n’y est évoquée que dans le cadre d’une mission confiée au secrétaire général Kofi Annan centrée sur la mise en application des précédentes résolutions de l’ONU et de l’accord interlibanais de Taëf . Il reste qu’en dépit de toutes ces lacunes, une chance réelle s’offre à notre pays de clore une fois pour toutes le douloureux dossier de ce Sud dont les puissances régionales ont longtemps fait l’exutoire de leurs propres impuissances, l’incandescent point d’entrée de leurs intrigues et ambitions. Cette chance est celle d’une armée régulière restaurant l’autorité étatique dans la région frontalière, avec le soutien d’une Finul vitaminée dont les effectifs pourraient être portés à 15 000 hommes. Avec, il faut l’espérer de toutes ses forces, le soutien plus décisif encore des Libanais de tous bords. Cette chance pourrait être la dernière. Un pays ne peut tout de même pas passer sa vie (ses vies ?) à perdre imprudemment – puis à s’échiner à récupérer – son territoire. Issa GORAIEB

À guerres insensées, résultats sinon désastreux, alors pour le moins incertains, amèrement équivoques. Votée à l’aube, à l’unanimité du Conseil de sécurité, après de laborieuses tractations qui ont paru un moment mettre à mal l’entente franco-américaine sur le Liban observée ces deux dernières années, la résolution 1701 n’avait aucune chance, en réalité, de satisfaire entièrement l’un ou l’autre des protagonistes. Ce texte reflète les volontés et préoccupations pas toujours convergentes des puissances, certes, mais il est le fruit aussi d’un verdict des armes lui-même empreint d’ ambiguïté. Tout se passant en somme comme si les dieux de la guerre ne se décidaient pas à réserver le gros de leurs faveurs à l’un ou l’autre des protagonistes .
C’est un fait qu’après un mois...