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Actualités - Opinion

Retour à Beyrouth

Bloquée à Marmaris, sur la côte turque, lors de la fermeture de l’aéroport, j’ai eu la chance – grâce à l’agence Nakhal – de faire partie des 150 Libanais accueillis samedi 15 juillet à bord du paquebot Orient Queen en partance pour Beyrouth via Limassol. Quatre jours plus tard, dans la soirée du mardi 18 juillet, les 300 passagers débarquaient sur le quai du port de Beyrouth, ce qui allait permettre au luxueux bateau de rapatrier les ressortissants américains. Cela, tout le monde l’a appris par les médias. Ce que l’on sait moins, c’est que tout au long de cette traversée qui, normalement, aurait dû durer deux jours, un seul homme, le propriétaire, Merhi Abou Merhi, faisait l’impossible pour assurer le retour des vacanciers qui tenaient à rentrer au Liban coûte que coûte. Pour cela, il devait négocier sans relâche face aux refus des Israéliens de nous laisser passer, à l’exigence américaine que le Orient Queen revienne à Beyrouth vidé de tous ses passagers libanais, et à la volonté délibérée des Américains de s’occuper uniquement de leurs ressortissants: «We are not concerned about people going back to Lebanon, disait un responsable américain monté à bord à Limassol. We have 25000 of our citizens there and we want them out...» J’ai été témoin de tentatives d’intimidation diverses pour nous inquiéter et nous débarquer à Limassol: «This ship is not going to Beirut», répétait ce même officiel pour décourager les détenteurs de passeports étrangers (dont moi-même) de rentrer. Sans doute aussi pour se débarrasser des Libanais qui ne voulaient pas quitter le bateau. Devant cette arrogance, ce mépris des vies humaines autres qu’occidentales, M. Abou Merhi a fait preuve d’une détermination admirable. Refusant toute promesse verbale, il a exigé, pour mettre son paquebot à la disposition du gouvernement américain, un accord écrit du Pentagone et l’assurance que les Israéliens n’allaient pas nous bombarder. Inflexible, il a insisté jusqu’à obtenir une escorte de haute protection américaine et britannique, ainsi qu’un amiral américain à bord, pour nous accompagner vers le couloir de sécurité qui venait de s’ouvrir après accord israélien. Sans aucun appui officiel libanais, il a pris sur lui d’affronter les USA et Israël pour nous ramener à bon port… Je tiens à remercier M. Abou Merhi d’avoir déployé toute son énergie à cette fin, alors que notre gouvernement assiste impuissant à la destruction de notre pays, et que nous nous sentons abandonnés de tous. Pendant ce temps, les gouvernements occidentaux s’agitent pour sortir leurs citoyens de l’enfer avec un déploiement de forces impressionnant, sans souci pour les Libanais qui restent ou ceux qui veulent rentrer. Que ne déploient-ils autant d’efforts pour mettre plutôt un terme à cette boucherie? D’autant que cette panique généralisée se communique à ceux qui tiennent à rester: que feraient tous ces gens, une fois arrivés dans les pays d’accueil, sinon aller grossir les rangs des immigrés? Je pense avec regret à tous ceux qui sont restés à Chypre, alors que le capitaine autrichien du bateau nous conjurait de ne pas céder à la panique et de lui faire confiance. J’ai assisté à la mesquinerie de certains de mes compatriotes, les fauteurs de trouble, ceux qui ont semé le doute dans les esprits en exigeant des faveurs ou des garanties injustifiées (réclamant des visas pour les USA, des visites de responsables libanais…). J’ai honte pour ceux qui ont fait la fine bouche en voyant, le dernier jour, le buffet (somptueux…) moins fourni qu’au début du voyage! Mais j’ai vu les membres de l’équipage déployant des efforts inlassables, de bonne humeur et faisant preuve d’un optimisme rayonnant pour rassurer les passagers angoissés ou indécis. J’ai vu des dames étrangères tranquillement assises, imperturbables, un livre à la main, décidées à retrouver leurs familles libanaises, sourdes aux chants des sirènes. J’ai été attendrie par les 19 couples de jeunes mariés en voyage de noces (pour beaucoup, le premier voyage de leur vie), qui ont gardé leur calme jusqu’au bout, tout en ne sachant plus rien de leur famille à Saïda, Bint Jbeil, ou Tyr… L’un d’eux a sans doute passé la nuit de mardi dans le jardin public de Sanayeh. Sur ce beau navire, microcosme du Liban, ceux qui ont choisi de faire confiance étaient tous unis et capables de résister aux tentatives de division. Se trouvera-t-il des êtres farouchement déterminés à sauver pareillement le navire libanais en perdition? Nelly Stephan ABDALLAH
Bloquée à Marmaris, sur la côte turque, lors de la fermeture de l’aéroport, j’ai eu la chance – grâce à l’agence Nakhal – de faire partie des 150 Libanais accueillis samedi 15 juillet à bord du paquebot Orient Queen en partance pour Beyrouth via Limassol.
Quatre jours plus tard, dans la soirée du mardi 18 juillet, les 300 passagers débarquaient sur le quai du port de Beyrouth, ce qui allait permettre au luxueux bateau de rapatrier les ressortissants américains. Cela, tout le monde l’a appris par les médias.
Ce que l’on sait moins, c’est que tout au long de cette traversée qui, normalement, aurait dû durer deux jours, un seul homme, le propriétaire, Merhi Abou Merhi, faisait l’impossible pour assurer le retour des vacanciers qui tenaient à rentrer au Liban coûte que coûte. Pour cela, il devait...