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L’été meurtrier

Pour les uns, la vengeance est un plat qui se mange froid; et pour d’autres, il faut battre le fer tant qu’il est chaud... Israël, possédant semble-t-il le don d’ubiquité, se pose sur les deux fronts, appliquant les deux adages simultanément comme on manie le bâton et la carotte. De «Pluies d’été» dans la bande de Gaza, une appellation qui fait penser aux titres bucoliques de certains films d’Akira Kurosawa, à «Riposte méritée» dans notre pays soudain sinistré, dénomination certes moins poétique mais sans nul doute basée sur un scénario tout aussi barbare – sinon plus –, l’État hébreu s’échine à «éduquer» les populations à l’usage des proverbes (qu’elles ignoraient?) avec force déluges d’acier et de feu. Devoir de vacances imposé. La raison du plus fort est toujours la meilleure... Il y a une douzaine de jours, des hommes élevés dans la culture du martyre enlevaient deux soldats, et du coup lâchaient dans la nature et contre nous – citoyens sans histoires – des fanatiques qui discourent de paix, mais ne savent que trucider leurs voisins. À ce rythme, restera-t-il âme qui vive pour narrer les contes et les légendes séculaires de ce beau Proche-Orient à l’histoire riche en tourments? J’entends encore, dans un passé pas si lointain, le son des cloches et la voix du muezzin fusionnant au crépuscule avec le «nay» du berger dans les vertes vallées de nos montagnes; j’entends encore le murmure des ruisseaux... Je n’accuse personne, mais il m’arrive de rêver – entre deux chuintements de missiles – de pouvoir un jour connaître de nouveau ces moments de bonheur primaire, d’être en mesure de transmettre ce legs idyllique à mes enfants, sans avoir prématurément rejoint (abandonnant veuve et orphelins avant l’heure) la cohorte de martyrs qui jonchent le sol de nos ancêtres. Humiliation subie en 2000 avec le retrait contraint du Liban-Sud ou résolution 1559 de l’ONU en application forcée. Craintes pour la sécurité d’Israël ou justes revendications d’un retour des prisonniers détenus par l’État hébreu. Restitution de parts de territoire saisies iniquement. Loin de ces considérations hautement politiciennes, mon but, ici, n’est nullement d’analyser les tenants et les aboutissants des événements de ces jours derniers. Je laisse cela à ceux qui font profession de diplomatie. Dans quel but ce papier, me diriez-vous alors, autre que celui d’aligner des phrases? Séparer le beau du laid, de l’obscurité – et de l’obscurantisme – tirer la lumière et du malheur la joie, n’est-ce pas déjà là une gageure? À force d’être sérieux, avec moult arguments assommants (au propre comme au figuré) assénés sur nos têtes, la folie nous guette; la déshumanisation aussi. Subséquemment, de cet «été meurtrier», à l’image du Phénix renaissant de ses cendres (une légende bien de notre terroir), nous arrachons la vie au forceps – dans tout ce qu’elle peut contenir de frivolité – pour rester sains d’esprit. Pour la santé de nos corps, nous nous en remettons au Saint-Esprit. Amen. Joe MEZHER
Pour les uns, la vengeance est un plat qui se mange froid; et pour d’autres, il faut battre le fer tant qu’il est chaud... Israël, possédant semble-t-il le don d’ubiquité, se pose sur les deux fronts, appliquant les deux adages simultanément comme on manie le bâton et la carotte.
De «Pluies d’été» dans la bande de Gaza, une appellation qui fait penser aux titres bucoliques de certains films d’Akira Kurosawa, à «Riposte méritée» dans notre pays soudain sinistré, dénomination certes moins poétique mais sans nul doute basée sur un scénario tout aussi barbare – sinon plus –, l’État hébreu s’échine à «éduquer» les populations à l’usage des proverbes (qu’elles ignoraient?) avec force déluges d’acier et de feu. Devoir de vacances imposé. La raison du plus fort est toujours la...