L’élimination d’Abou Moussab al-Zarqaoui constitue un développement important sur la scène régionale et internationale. Elle est le signe qu’une nouvelle étape commence sur la scène irakienne, après la nomination surtout d’un nouveau ministre de l’Intérieur et d’un nouveau ministre de la Défense, à travers lesquels le gouvernement pourra prendre en main la situation sécuritaire et militaire, et réduire l’influence des résistants. Partant, l’armée américaine pourra entamer son retrait progressif d’Irak.
La disparition du « mythe » Zarqaoui pourrait initier une dynamique de solution, de règlement des dossiers en suspens tant sur la scène régionale que libanaise. Certains observateurs s’attendent ainsi à une reprise de l’initiative saoudo-égyptienne visant à régler le problème libano-syrien pour améliorer les relations bilatérales. Les efforts avaient été stoppés en raison du refus syrien de toute médiation arabe dans ses relations avec le Liban, Damas étant déterminé à régler seul, sans l’aide de personne, ses affaires avec Beyrouth. Par ailleurs, la Syrie a déjà manifesté à plusieurs reprises sa gêne vis-à-vis des déclarations et des positions de certains hommes politiques libanais qui ont contribué à entretenir la tension entre les deux pays.
Les développements en Irak ont été précédés par des tentatives de relancer l’initiative arabe, à travers l’établissement de contacts saoudo-arabes, en prélude à des rencontres entre responsables saoudiens, égyptiens et syriens dans les plus brefs délais. L’objectif ? Une médiation arabe visant à améliorer les relations libano-syriennes. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, jouerait un rôle dans la dynamisation et le soutien de cette initiative par le biais d’une tournée qu’il entreprendrait bientôt au Liban et en Syrie.
Sur un autre plan, les rumeurs vont bon train concernant un changement au niveau des prises de position de certains piliers du 14 Mars, notamment du chef du Courant du futur, Saad Hariri, changement qui pourrait avoir des répercussions importantes sur la scène politique. Ces nouvelles prises de position attendues devraient en principe faire baisser la tension sur la scène libanaise, ouvrir une nouvelle page entre les différentes forces politiques et rapprocher les différents points de vue entre les participants à la table de dialogue.
Des observateurs estiment ainsi que les positions des forces du 14 Mars, et tout particulièrement du député Hariri, ont poussé jusqu’à présent dans le sens d’une solution dans les rapports libano-syriens et d’une baisse de la tension. Les dernières positions de plus d’un leader de la majorité exprimeraient ainsi l’existence d’une nouvelle orientation pour sortir le pays de ses divisions politiques et pour aboutir à des solutions aux problèmes en suspens, comme celles des nominations au sein du CSM ou du Conseil constitutionnel, aux Affaires étrangères et dans les administrations. Les institutions de l’État s’en retrouveraient aussitôt dynamisées, après la fin des clivages politiques sur les nominations.
Par ailleurs, des sources politiques ont indiqué qu’il n’y a rien de nouveau au niveau de la visite du Premier ministre Fouad Siniora à Damas. La Syrie camperait sur ses positions à ce sujet. En d’autres termes, elle se montrerait favorable à la visite de M. Siniora à condition que celle-ci intervienne dans le cadre du Conseil supérieur libano-syrien. Le président de la Chambre, Nabih Berry, avait trouvé un scénario dans ce sens pour sauver la situation. Mais ce scénario aura fait long feu, Fouad Siniora ayant eu la nette impression qu’il est pour l’instant indésirable à Damas, parce qu’il représente la majorité et le Courant du futur, deux forces que la Syrie cherche à démanteler à tout prix.
Il reste que, selon des observateurs, les événements vont plutôt dans le sens d’un règlement général sur le plan local et régional, et vers une réduction progressive des clivages, du radicalisme dans les prises de position et de la tension sécuritaire. La disparition de Zarqaoui pourrait donc constituer le début d’un processus de déblocage et de réactivation des dossiers en suspens et jusqu’à présent réputés insolubles.
Philippe ABI-AKL
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