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Actualités - Opinion

Les antihéros ont la pêche

Las ! Las des mensonges des uns, des jérémiades des autres. Las des cocoricos pathétiques, des platitudes assénées comme autant de doctes vérités. Écœurés par la mauvaise foi, la perfidie de ceux-là mêmes qui se posent en justiciers, en redresseurs de torts, alors qu’ils se vautrent dans la servilité et la compromission. Les mythes s’effondrent les uns après les autres, les grandes causes se perdent dans les méandres de la politique politicienne, et à quoi assiste-t-on ? À de sordides scénarios, à des manœuvres pitoyables qui achèvent de discréditer ceux qui oublient l’essentiel pour voler, disent-ils, au secours de la veuve et de l’orphelin… qui n’en demandent pas tant. La parole souvent tue, assassine, dépèce ses victimes, se délecte des restes de sa dissection, mais le silence, lui, est parfois encore plus criminel, parce que basé sur la dissimulation. Le point capital est alors occulté, le combat détourné de son cheminement initial, la veuve et l’orphelin entraînés dans des batailles marginales au service d’intérêts égoïstes, personnels. Mais trêve d’allégories : les faits sont là, implacables, incontournables, des vérités criantes qui ne souffrent d’aucune objection, d’aucune contestation. La priorité des priorités, tout le monde en convient, est la réforme économique, le nettoyage des écuries d’Augias que sont devenues nos administrations. Le gouvernement s’y attelle, prend en compte les divers documents qui lui ont été soumis, ouvre la voie au dialogue… et au lieu du débat attendu, à quoi assiste-t-on ? À une cascade de procès d’intention, à des manifestations de rue dénonçant la tenue de Beyrouth I, un congrès censé couronner une réforme à laquelle appelait pourtant plus d’un courant qui en avait fait son cheval de bataille. Étrange et suspecte dérive politique qui s’accomplit, toujours, au nom de la veuve et de l’orphelin, sous les yeux ébahis, stupéfaits d’instances internationales dépêchées au chevet d’un malade en phase presque terminale… qui s’interroge encore sur la qualité du remède qui lui est prescrit. Mais la duplicité ne s’arrête pas là. Les justiciers, les redresseurs de torts si prompts à dégainer pour un oui pour un non, se font tout petits dès lors que la Syrie entre en jeu, dès lors que ses féaux palestiniens exécutent les sales besognes. De Ersal à Yanta, d’empiétements territoriaux en agressions caractérisées, le partage des rôles est flagrant, la provocation évidente. Et pourtant les excités du verbe, les défenseurs de la veuve et de l’orphelin ne pipent pas mot, ne bronchent pas, se calfeutrent dans un silence prudent. Un « oubli » qui s’étend naturellement à deux impératifs, les relations diplomatiques et la délimitation des frontières avec la Syrie, une double revendication cautionnée, légitimée par la communauté internationale. De quelle libanité se veulent-ils donc les chantres, de quelle souveraineté se veulent-ils les avocats intransigeants ? Terrible damnation qui s’accroche à notre pays, ne le lâche pas d’un iota, l’empêche de voler de ses propres ailes. Un adversaire est défait, un autre lui succède, un occupant est chassé, un autre le remplace, l’emprise syrienne s’effiloche, la menace perse pointe du nez, une brèche est colmatée, une autre s’ouvre aussitôt, encore plus large, encore plus béante. *** Étrange destin qu’est celui du pays du Cèdre livré aux bourrasques, sans cesse reconstitué, sans cesse décomposé, toujours ressuscité. Les héros, ces Robin des bois de notre tendre enfance, ont disparu, n’existent plus ; fatigués, ils ont plié bagage, ont perdu de leur brillance, de leur éclat. Le climat délétère, l’hypocrisie générale ont, tout simplement, eu raison de leur fougue, de leur générosité. Et pourtant, il y a les autres, les antihéros, ceux qui, à leur manière, contre vents et marées, contre toute logique, maintiennent le Liban en vie, l’oxygènent, empêchent sa mise en quarantaine. Ces antihéros resurgissent avec force chaque année pour faire entendre la vraie voix du Liban, celle de l’ouverture sur l’autre, de la tolérance, d’une culture ancestrale. Ces antihéros, c’est à eux que le Liban doit sa survie, non aux politiciens véreux qui le vident de son sang, de son être. Ces antihéros sont les combattants de l’ombre, ceux qui portent à bout de bras les festivals de Baalbeck, de Beiteddine, de Jbeil, qui assurent des affiches prestigieuses, qui drainent les foules vers les arènes de l’art et de la lumière et non vers celles de la destruction et de l’obscurantisme. Ces antihéros sont ceux-là mêmes aussi qui organisent des événements culturels à Tripoli, à Tyr, à Zouk, dans les divers coins et recoins du pays, qui montent des pièces de théâtre en coups de poing, qui brisent les tabous, qui tiennent sans discontinuer salon du livre sur salon du livre. Chapeau à tous ceux-là, à ces combattants armés de leur seule foi en un Liban meilleur. Là où les hommes politiques s’escriment à élargir les gouffres menant à l’enfer, les mécènes, les artistes, les hommes et femmes de lettres pavent la voie à la résurrection par l’art. À tous ceux-là, merci pour l’espoir qu’ils entretiennent, pour l’avenir qu’ils veulent magnifique. Merci pour cette persévérance qui préserve notre différence, notre diversité, n’en déplaise aux apprentis sorciers, aux apprentis fossoyeurs. Lesquels, sans s’en douter, creusent leur tombe de leurs propres mains et finiront, immanquablement, dans les oubliettes de l’histoire. Nagib AOUN
Las ! Las des mensonges des uns, des jérémiades des autres. Las des cocoricos pathétiques, des platitudes assénées comme autant de doctes vérités. Écœurés par la mauvaise foi, la perfidie de ceux-là mêmes qui se posent en justiciers, en redresseurs de torts, alors qu’ils se vautrent dans la servilité et la compromission.
Les mythes s’effondrent les uns après les autres, les grandes causes se perdent dans les méandres de la politique politicienne, et à quoi assiste-t-on ? À de sordides scénarios, à des manœuvres pitoyables qui achèvent de discréditer ceux qui oublient l’essentiel pour voler, disent-ils, au secours de la veuve et de l’orphelin… qui n’en demandent pas tant.
La parole souvent tue, assassine, dépèce ses victimes, se délecte des restes de sa dissection, mais le silence, lui, est parfois...