Le yuan continue sa lente appréciation et a affiché hier son plus haut niveau depuis la réévaluation de juillet, passant le cap de 8 contre le dollar, symbolique et encore insuffisant pour les partisans d’une « vraie » réévaluation.
« Je pense que les pressions pour une réévaluation vont encore s’intensifier à l’avenir », a commenté Ning Xiangdong, économiste de l’Université Qinghua à Pékin. Pourtant, « ce seuil est important. Son passage aura une influence économique et psychologique. Gouvernement, entreprises et individus ayant des dollars vont porter une grande attention à la situation », a-t-il ajouté. Hier, le yuan a ouvert à 7,9982 contre le dollar pour clôturer à 7,9976. Dix mois après sa réévaluation surprise de 2,1 % en juillet, qui l’avait vu passer de 8,28 à 8,11, il s’est donc apprécié de quelque 1,40 % supplémentaire.
Il a également atteint son plus haut niveau depuis l’adoption par la Chine en 1994 d’un « taux de change flottant contrôlé » se détachant de l’ancien système totalement artificiel (un dollar pour 8,7 yuans en 1994 contre 5,80 en 1993). En janvier, la Chine s’est dotée d’un embryon de marché interbancaire. Le taux d’ouverture quotidien, décidé par les autorités, prend en compte les propositions de onze teneurs de compte et fixe le seuil autour duquel le yuan est autorisé à fluctuer, dans une limite théorique de +/-0,3 %.
De fait, étroitement contrôlée par la Banque centrale, la monnaie chinoise se contente de faibles mouvements dans la bande de fluctuations. En mars, Lehman Brothers avait calculé que les changements quotidiens depuis juillet 2005 avaient été en moyenne de 0,02 %. Le rythme s’est néanmoins accéléré depuis début 2006, avec parfois des à-coups concomitants de rendez-vous politiques ou internationaux. D’ailleurs, le passage en dessous de 8 « tombe à point nommé », a souligné Andy Xie, économiste en chef de Morgan Stanley à Hong Kong. « Comme si l’appréciation suivait son cours normal, sans répondre aux pressions extérieures. » Elle intervient en effet moins d’une semaine après que le Trésor américain, tout en faisant part de sa « déception », eut évité d’accuser Pékin de manipuler sa monnaie.
Washington, qui a estimé son déficit commercial avec la Chine à 202 milliards de dollars l’an dernier, est à la pointe d’un combat pour un yuan « sous-évalué », conférant un avantage concurrentiel inéquitable à la Chine.
Nombre d’économistes partagent toutefois les vues des autorités chinoises qui promettent régulièrement une amélioration du système des changes et, à terme, davantage de flexibilité, mais veulent avancer prudemment.
Le gouvernement ne juge pas les entreprises chinoises mûres pour gérer le risque des changes et veut renforcer ses marchés financiers avant d’adopter une réelle flexibilité. Il redoute aussi les conséquences pour l’emploi et la croissance d’une appréciation brutale, découlant de la baisse de compétitivité des exportations.
À Pékin samedi, le prix Nobel d’économie 1999 Robert A. Mundell a ainsi estimé qu’une forte réévaluation du yuan pourrait faire chuter à moins de 5 % le taux de croissance en Chine, de 9,9 % en 2005. « Ce serait bien pour la Chine de fixer le taux de change yuan/dollar à 8. C’est un nombre magique et facile », a-t-il dit, jugeant que les autorités pourraient garder ce taux pour les 20 prochaines années.
Les analystes, dans leur grande majorité, tablent sur un yuan à 7,8, voire plus d’ici à la fin de l’année.
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