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L’échange d’ambassadeurs : du superflu, dit-on

Une voix autorisée syrienne a déclaré devant les médias, sur un ton bon enfant : « Pourquoi insiste-t-on pour établir des relations diplomatiques ? Mais les accords existants entre nos deux pays prévoient déjà des relations beaucoup plus étendues et plus étroites que ne pourrait en assurer une représentation diplomatique… » En somme, ce serait du superflu ! Ce responsable invoquait là le traité syro-libanais « de fraternité, de coordination et de coopération » du 22/5/91. Au fait, qu’en est-il ? Si extraordinaire que cela paraisse, ce traité fut conclu « à la hussarde » : trois semaines en tout pour négociation, signature et ratification par le Parlement. Voici les étapes de la mise sous tutelle : le 5 mai 1991, des délégués libanais, convoqués par leurs collègues syriens, se rendent à Damas pour établir un traité fixant les relations entre les deux pays. En 17 jours, soit le 22 mai, le texte est finalisé et signé par les deux parties. Sur-le-champ, il est transmis à la Chambre où, au pas de charge, il traverse toutes les commissions intéressées (Affaires étrangères, Justice, Intérieur, Finances, Économie, etc.) et il est voté le 27 mai à mains levées et à l’unanimité. Dans l’intervalle, aucune publicité n’avait été faite pour permettre au citoyen lambda de suggérer la moindre retouche, ne serait-ce que d’ordre grammatical… C’est seulement par des fuites de presse que le peuple apprit vaguement qu’un traité était en cours de négociation et ce n’est que le 22 mai, après sa transmission au Parlement, que les Libanais purent enfin lire dans les journaux le texte complet de ce traité qui liait leur destin. Considérant cette précipitation incroyable et la façon dont été bousculés tous usages et toute procédure, on ne peut s’empêcher d’évoquer (moins tragiquement, il est vrai) le drame tchécoslovaque, lorsque le président Emil Hacha signa le 15 mars 1939 le document mettant son pays sous la tutelle de son « frère et voisin » allemand. Si l’on examine le contenu de ce traité et les circonstances de son entrée en vigueur, il n’est pas difficile de constater que, sous l’apparence d’un accord bipartite, il est en fait un vrai diktat imposé par le maître à son protégé. La clause la plus remarquable est l’institution d’un Conseil supérieur libano-syrien composé des deux chefs d’État et de ministres de chaque pays, avec un pouvoir supralégal, à savoir : les décisions prises par ce conseil emportent de plein droit l’abrogation de « tous les lois, règlements et textes qui ne sont pas compatibles » (art. 6 in fine). Il est à noter que la compétence du Conseil supérieur s’étend à « tous les domaines, politique, économique, culturel, social, défense, sécurité » (art. 1 et 2 combinés), en somme tous les domaines d’activité d’un gouvernement. Le secrétaire général de ce Conseil supérieur, que nous voyons souvent sur nos écrans faisant la navette entre les deux capitales, exerce ses bons et loyaux services depuis 1991, sans interruption. Un tel traité léonin pourrait-il rester en vigueur entre deux parties également souveraines, jouissant de la sacrée sainte « autonomie de la volonté » ? Il est à espérer que nos interlocuteurs d’en face cesseront de se prévaloir sérieusement d’un texte qui, pour ses signataires, ne constitue pas un titre de gloire. Albert SARA
Une voix autorisée syrienne a déclaré devant les médias, sur un ton bon enfant : « Pourquoi insiste-t-on pour établir des relations diplomatiques ? Mais les accords existants entre nos deux pays prévoient déjà des relations beaucoup plus étendues et plus étroites que ne pourrait en assurer une représentation diplomatique… »
En somme, ce serait du superflu ! Ce responsable invoquait là le traité syro-libanais « de fraternité, de coordination et de coopération » du 22/5/91.
Au fait, qu’en est-il ? Si extraordinaire que cela paraisse, ce traité fut conclu « à la hussarde » : trois semaines en tout pour négociation, signature et ratification par le Parlement. Voici les étapes de la mise sous tutelle : le 5 mai 1991, des délégués libanais, convoqués par leurs collègues syriens, se rendent à Damas pour...