Les jeunes au Maroc sont croyants, voire superstitieux, mais peu pratiquants et s’ils ne conçoivent pas de vivre avec un non-musulman, ils avouent mal connaître le Coran, selon un sondage réalisé par le quotidien « L’Économiste ».
Dans une véritable radiographie inédite de la jeunesse marocaine menée par la société Sunergia auprès d’un échantillon représentatif de 776 jeunes âgés de 16 à 29 ans dans tout le royaume, durant le mois de septembre 2005, les sondés se plaignent aussi des difficultés d’avoir des relations amoureuses à cause de la pression parentale ou du manque d’argent.
Si la totalité d’entre eux observent le jeûne du ramadan, ils ne sont que 29 % à se rendre chaque vendredi à la mosquée et 34 % à faire régulièrement la prière.
Le Coran n’est en tout cas pas le livre de chevet de ces jeunes, qui représentent près d’un tiers de la population marocaine. Ils ne sont que 10 % à l’avoir lu intégralement contre 87 % qui disent l’avoir parcouru et 5 % qui n’ont jamais ouvert le livre.
En revanche, les deux tiers croient aux pouvoirs des djinns (génies), qu’ils soient bons ou mauvais, et 59 % à la sorcellerie. Cette tendance est plus forte chez les hommes, de 25 à 29 ans.
Pour ce sondage, quasi unique dans le monde arabe, les personnes interrogées sont à parts égales garçons et filles et vivent tant dans les zones urbaines que rurales. Le taux de refus de répondre est quasiment nul, même concernant la sexualité.
Concernant ce sujet tabou, les deux tiers des Marocaines de moins de 30 ans affirment n’avoir jamais eu d’expérience sexuelle contre 13 % chez les garçons et elles jugent « compliqué » d’entretenir une relation amoureuse en raison de la pression familiale. Parmi celles qui ont eu de telles relations, 55 % avouent ne pas utiliser de contraceptifs. Ce taux n’est que de 36 % chez les hommes.
La majorité des garçons ont eu leur première expérience avec une prostituée (34 %) ou avec une copine (32 %) et seulement 1 % avec leur femme.
Les femmes (62 %) considèrent en tout cas « compliqué » d’avoir un flirt, contre 50 % chez les hommes. Les principaux obstacles sont la famille et le voisinage. Pour les hommes, c’est le manque d’argent pour s’habiller ou sortir.
En effet, plus de 80 % des jeunes disent dépendre de leurs parents et 90 % des garçons et des filles de moins de 30 ans habitent sous le toit familial.
Si les deux tiers des jeunes jugent leurs relations avec leurs parents « harmonieuses », ils disent ne pas tolérer l’autorité parentale concernant les relations amoureuses, le mariage, les amis ou les sorties.
Les jeunes veulent épouser une personne de la même confession. Ils sont 73 % à refuser de convoler en justes noces avec un(e) non-musulman(e), contre 27 qui pensent le contraire. Ce refus est plus ancré chez les femmes, dans les zones rurales, parmi les classes moyennes et chez les jeunes de 16 à 20 ans. Mais plus des deux tiers (67 %) sont prêts à épouser un étranger ou une étrangère, à condition bien sûr qu’ils se convertissent. Ce sentiment est plus affirmé chez les citadins de 21 à 29 ans appartenant aux classes aisées.
Sur le port du voile, les réponses sont contradictoires : 57% des hommes et des femmes sont sur le principe favorable au port du hidjab (voile) contre 36 % qui se disent indifférents et 7 % qui y sont hostiles. Cependant, concernant leur femme ou leur future épouse, 50 % des hommes se déclarent « indifférents » ou opposés à ce qu’elle soit voilée contre 49 qui y sont favorables et 1 % qui ne répond pas. En tout cas, 70 % des femmes refusent d’épouser un intégriste et 79 % des Marocains et Marocaines sont opposés à la polygamie.
Sammy KETZ (AFP)
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