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La mort aux trousses *

L’attentat-suicide, arme imparable du terrorisme, inspirée de l’esprit kamikaze. Une volonté de tuer, de détruire, que la peur de la mort ne fait pas reculer. On serait tenté de croire que l’on atteint là le top de l’horreur. C’est sans doute vrai. Mais ce n’est pas le seul. Le « serial killer » (bien prononcer « serial », à l’américaine) donne encore plus froid dans le dos. Même face à Hannibal, général ancestral de silencieux agneaux. La soif de sang est effroyable quand elle s’étanche à travers le crime organisé, l’attentat « remote control ». Bizarre, « remote control » reste dans notre lexique national le nom de code réputé de toute la soi-disant tutelle syrienne, qui n’était ni plus ni moins qu’une annexion à peine camouflée. Encore plus bizarre : alors qu’il n’a même pas encore passé la main officiellement à Brammertz, Detlev Mehlis va sans doute être convoqué pour témoignage devant sa propre commission. Juge sortant et partie rentrante. Le procureur multiplie en effet, dans la presse allemande, les déclarations fracassantes. Il cautionne Khaddam, le nouvel atout de l’enquête. Mais va plus loin encore dans ses révélations. Il a subi des menaces de mort. Cela on le sait depuis plusieurs mois. Mais, surtout, d’après ce qu’il dit, les Syriens (il les nomme) lui ont fait comprendre, après cet assassinat de Gebran Tuéni qui l’a profondément choqué, que lui ou d’autres peuvent faire ce qu’ils veulent, rien ne peut les arrêter. Là, ce n’est plus l’esprit kamikaze que l’on a en face de soi, mais l’esprit SS « Toten ». Ce fléau criminel, on n’a pu le neutraliser que par une guerre totale. L’attitude syrienne, du moins telle que Mehlis la comprend, et comme beaucoup de Libanais l’éprouvent, pose aux démocraties un dur problème de traitement. Puissances occidentales piégées comme en 38 à Munich. Car cette ligne barbare se fonde, comme jadis pour Hitler, sur le pari absolu : « Quoi que nous osions, vous ne nous ferez pas la guerre. Quant aux sanctions, laissez-nous rire. Nous sommes milliardaires en dollars, notre matelas, même aminci par des séquestres ici ou là, restera toujours confortable. Et si le peuple syrien devait se voir infliger des sanctions économiques, c’est son problème, pas le nôtre. » Pour caricatural ou primaire qu’il soit, ce raisonnement a force de loi sur les rives du Barada. Il se trouve renforcé, dans la conjoncture présente, par le fiasco d’autorité internationale vis-à-vis de l’Iran nucléaire. Un Iran radicalisé qui n’est pas pour rien proche des Syriens. Sauf qu’au lieu du chantage à la terreur, il brandit le spectre, et le sceptre, d’une flambée de l’essence. Comme Mehlis croit l’avoir compris, la Syrie semble vouloir continuer sur la même voie samsonite. Peut-on l’en empêcher sans en briser le régime ? Sans doute, par une contre-menace onusienne assez forte, seul langage que la brutalité primitive peut comprendre. Or cette riposte efficace n’est envisageable que si Poutine cesse de faire risette à Assad. C’était exactement le même problème, en 38-40, avec Staline vis-à-vis de Hitler. Comme quoi, l’histoire repasse quelques fois le même menu, longtemps après. Parce que la vengeance est un plat qui se mange froid. Jean ISSA *North by Northwest, de Hitchcock.
L’attentat-suicide, arme imparable du terrorisme, inspirée de l’esprit kamikaze. Une volonté de tuer, de détruire, que la peur de la mort ne fait pas reculer. On serait tenté de croire que l’on atteint là le top de l’horreur. C’est sans doute vrai. Mais ce n’est pas le seul. Le « serial killer » (bien prononcer « serial », à l’américaine) donne encore plus froid dans le dos. Même face à Hannibal, général ancestral de silencieux agneaux. La soif de sang est effroyable quand elle s’étanche à travers le crime organisé, l’attentat « remote control ».
Bizarre, « remote control » reste dans notre lexique national le nom de code réputé de toute la soi-disant tutelle syrienne, qui n’était ni plus ni moins qu’une annexion à peine camouflée.
Encore plus bizarre : alors qu’il n’a même pas...