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Actualités - Reportage

Spécial Le Figaro Ces jeunes Français qui se pressent à La Mecque

Par Cécilia Gabizon Les moins de 30 ans forment près du tiers des musulmans partis de France cette année pour accomplir ce devoir religieux. À leur retour, ils sont auréolés d’un certain prestige. Avant, les musulmans allaient à La Mecque au soir de leur vie, pour se purifier de leurs péchés. Aujourd’hui, presque 30 % des 25 000 pèlerins partis de France cette année sont des jeunes, estime le consulat d’Arabie saoudite. Des couples aux abords de la trentaine, déjà établis dans la vie. Une petite révolution, entamée il y a cinq ou six ans, qui témoigne du regain de religiosité chez les jeunes, originaires pour la grande majorité du Maghreb ou de Turquie. « Les pèlerins sont chaque jour plus à l’image des musulmans de France, essentiellement constitués de jeunes », avance Tareq Oubrou, l’imam de la mosquée de Bordeaux. Cette génération profite notamment de la démocratisation du marché du pèlerinage. Les agences s’y livrent à une concurrence sans règles, souvent aux dépens des clients, et finissent par casser les prix juste avant les premiers départs, survenus cette année le 15 décembre. Il est désormais possible de partir pour 1 000 euros. Dans tous les lieux de prière, des grandes mosquées aux petites salles, des rabatteurs proposent ces voyages. Les prédicateurs encouragent également les fidèles à réaliser ce voyage tant qu’ils sont en bonne santé. Car le séjour est physiquement éprouvant. Mais c’est « avant tout, les programmes de télévision venus du Moyen-Orient qui les incitent à partir, avance Mohammed Bechari, président de la Fédération des musulmans de France, une structure proche du Maroc. C’est cela la mondialisation ! » Retour à la pratique L’intérêt pour le pèlerinage traduit également le retour à la pratique d’une partie des jeunes. À Evry, le recteur Khalil Merroun reçoit beaucoup « de demandes de conseils notamment par Internet ». Beaucoup hésitent à réaliser cet acte de purification, qui implique normalement de mener une vie pieuse par la suite. Mais, dans les faits, « ce sont les plus sérieux qui partent, remarque Khalil Merroun, et le pèlerinage les conforte dans leur foi ». Le recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kebtane, constate « qu’après ce voyage, les jeunes se sentent plus impliqués dans la communauté ». Ils deviennent souvent des cadres de l’islam, auréolés d’un certain prestige. Certains mouvements particulièrement tournés vers les jeunes comme le Tabligh (organisation piétiste et rigoriste d’origine indienne) y voient non seulement un aboutissement spirituel, mais aussi l’occasion de fortifier une rédemption. Respecter les commandements de l’islam C’est ainsi que Mohammed, ancien dealer de la cité Floréal, à Saint-Denis, s’est rendu à La Mecque quelque temps après sa conversion en 2003. Lorsqu’il raconte son voyage aux jeunes du quartier, c’est avec force détails, entrelacés d’expressions pieuses et d’argot. « Tu t’attends à voir des Arabes, en fait t’es presque le seul au milieu de Chinois, d’Indiens, de Blancs, de Noirs, ma parole. Toute la terre est musulmane. » Dans son quartier de Saint-Denis, chacun connaît ce hadji qui porte un petit bonnet tricoté. Son voyage à La Mecque lui vaut le respect des plus jeunes. Mais à mesure qu’ils sont plus nombreux à s’y rendre, l’aura semble doucement pâlir. La plupart de ses amis Tabligh rêvent aussi du pèlerinage, mais « le voyage coûte trop cher », regrette Aïcha, pieuse mère de famille, dont le mari, barbu, est livreur. Difficulté supplémentaire, c’est au croyant d’économiser pour financer son pèlerinage. « Les pauvres n’ont pas l’obligation de le faire », précise cependant l’imam Tarek Oubrou. Mais, il est désormais de bon ton parmi cette génération de respecter tous les commandements de l’islam, dont le pèlerinage. Les femmes manifestent les mêmes aspirations, mais doivent, elles, trouver mari, père, frères ou tuteurs, pour obtenir leur visa pour La Mecque.

Par Cécilia Gabizon

Les moins de 30 ans forment près du tiers des musulmans partis de France cette année pour accomplir ce devoir religieux. À leur retour, ils sont auréolés d’un certain prestige.

Avant, les musulmans allaient à La Mecque au soir de leur vie, pour se purifier de leurs péchés. Aujourd’hui, presque 30 % des 25 000 pèlerins partis de France cette année sont des jeunes, estime le consulat d’Arabie saoudite. Des couples aux abords de la trentaine, déjà établis dans la vie. Une petite révolution, entamée il y a cinq ou six ans, qui témoigne du regain de religiosité chez les jeunes, originaires pour la grande majorité du Maghreb ou de Turquie.
« Les pèlerins sont chaque jour plus à l’image des musulmans de France, essentiellement constitués de jeunes », avance Tareq Oubrou, l’imam de...