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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Solitude de masses

Il n’y a vraiment pas de quoi en faire tout un plat. C’est ce que se sont évertués à faire accroire, hier, les très disciplinés adeptes de la politique de la chaise vide. C’est-à-dire les Excellences qui s’étaient retirées la veille du Conseil des ministres : les cinq hommes qui voulaient se dissocier ainsi de la réponse du gouvernement aux virulentes attaques du président syrien Bachar el-Assad. Car, nous explique-t-on, ces malheureux ministres, croulant sous leurs dossiers, n’avaient pas eu le temps de passer à la loupe les propos (pourtant on ne peut plus clairs) tenus dans la journée par le chef de l’État syrien ; partant, il leur était impossible de se prononcer avec la rigueur intellectuelle requise par la gravité du moment. Mais que l’on se rassure, Amal et le Hezbollah continuent d’être membres du gouvernement et la solidarité ministérielle aura bien d’autres occasions de se manifester. Incident clos, affaire classée et à la prochaine ! Pas si vite, Messieurs, il y a effectivement là de quoi faire tout un plat. Et même un grand plat, pensent très probablement la grande majorité des Libanais. On ne peut imaginer en effet que le Hezbollah et le mouvement Amal partagent l’opinion d’Assad sur l’esclave Fouad Siniora, et qu’ils continuent néanmoins de faire partie de son gouvernement. Mais s’ils ne sont pas d’accord, on ne comprend pas non plus pourquoi Amal et le Hezbollah se soustraient, d’office, à une réaction officielle qui se contentait d’opposer à l’affront une courtoise, bien que claire et nette, fin de non-recevoir. Qui à l’insulte répondait par la modération, la dignité, la retenue. Qui ne faisait que refléter en somme l’immense respect, l’enthousiaste confiance à la personne du Premier ministre des citoyens et de leurs représentants élus. Amal et le Hezbollah mènent un faux combat, quand ils se disent mobilisés pour empêcher par tous les moyens un accord séparé libano-israélien. Ou encore pour faire échec à des menées subversives visant la Syrie à partir de notre territoire ; même parmi les ennemis les plus acharnés de la tutelle syrienne en effet, il ne se trouverait pas une seule personne assez insensée ou naïve pour préconiser d’aussi hasardeuses, d’aussi suicidaires entreprises. Mettre quotidiennement en garde contre d’aussi improbables dérives, c’est enfoncer, avec un inutile fracas, des portes grandes ouvertes. En revanche, et qu’elles en soient conscientes ou non, ce sont les lourdes portes du repli sur soi, de la coupure avec les autres groupes spirituels du pays que ces deux formations, depuis des mois, sont en train de refermer sur la communauté chiite dont elles revendiquent l’exclusivité de la représentation. Que le tandem Nasrallah-Berry soit en mesure d’aligner des centaines de milliers de personnes dans la rue, nul ne le conteste. Mais n’est-ce pas faire injustice à ces mêmes foules que de leur assigner, d’autorité, un espace en marge de la nation ? C’est exactement ce que l’on fait pourtant quand à l’heure des retrouvailles nationales, on se claquemure dans un pacte chiito-chiite, funeste réminiscence des tentations isolationnistes apparues durant la guerre. C’est objectivement ce que l’on fait quand on affiche avec autant d’éclat, sinon de défi, son alliance inconditionnelle, indéfectible, avec le régime syrien. Quand on se refuse même à déplorer les inacceptables excès verbaux de Damas. Quand au nom de l’unité sacrée contre l’ennemi israélien, on balaie de la main toutes les suspicions – internationales et locales – pesant sur plus d’un rouage essentiel de ce régime, dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri. Quand enfin dans le Liban qui se cherche après la longue nuit de la tutelle, le Liban délivré de toutes les occupations, l’arsenal milicien demeure inexplicablement l’apanage d’une partie précise. Sans plus désormais de consensus national sur la question. Elles méritent tout de même mieux, ces populations déshéritées, traditionnellement oubliées de l’État, endurant avec un admirable courage agressions israéliennes sur exactions palestiniennes, dépossédées un long moment de leur Sud et pillées, mises à rançon dans la Békaa. Qu’on les laisse enfin respirer. Avec les autres, comme les autres.

Il n’y a vraiment pas de quoi en faire tout un plat. C’est ce que se sont évertués à faire accroire, hier, les très disciplinés adeptes de la politique de la chaise vide. C’est-à-dire les Excellences qui s’étaient retirées la veille du Conseil des ministres : les cinq hommes qui voulaient se dissocier ainsi de la réponse du gouvernement aux virulentes attaques du président syrien Bachar el-Assad.
Car, nous explique-t-on, ces malheureux ministres, croulant sous leurs dossiers, n’avaient pas eu le temps de passer à la loupe les propos (pourtant on ne peut plus clairs) tenus dans la journée par le chef de l’État syrien ; partant, il leur était impossible de se prononcer avec la rigueur intellectuelle requise par la gravité du moment. Mais que l’on se rassure, Amal et le Hezbollah continuent d’être membres...