Par Ali ABBAS *
Nous assistons actuellement au Liban, comme au Moyen-Orient et dans certains pays occidentaux, à un développement important des banques islamiques. Le Liban, où le secteur bancaire est l’un des plus développés et des plus performants, a commencé, à travers la Banque centrale, à instaurer un cadre fonctionnel pour les nouvelles banques islamiques et à réguler cette nouvelle intermédiation financière.
Dans un premier temps, il est intéressant de s’interroger sur la relation entre l’islam en tant que religion, la finance, le commerce et la banque. En fait, l’islam, comme certaines autres religions, englobe les aspects de la vie spirituelle, mais dicte aussi des règles ou des préceptes pour organiser la société. C’est à partir de ce deuxième volet que la finance et les banques islamiques tirent leurs règles de fonctionnement.
Dans son volet civil, il est expressément référencé dans plusieurs textes que l’usage du taux d’intérêt dans toutes les relations financières et commerciales est strictement interdit. Il est quand même important de signaler que la pratique du taux d’intérêt n’a pas été prohibée uniquement dans l’islam. L’application d’un rendement fixe sur un capital monétaire a été aussi interdite par les catholiques et les juifs dans l’histoire. Il serait alors légitime de se demander pourquoi ce type d’interdiction dans d’autres religions n’a pas débouché sur des institutions (banques catholiques ou banques juives) qui, dans ce cas, partageraient une même idéologie et une éthique identique à celle des banques islamiques.
Vu l’interdiction de l’usage du taux d’intérêt, le fonctionnement des banques islamiques diffère de celui des banques conventionnelles ; il existe une panoplie de produits et de services offerts par les banques islamiques rejetant l’usage du taux d’intérêt. À travers ces divers produits comme la « Moucharaka » (partenariat), « Moudaraba » (profit forfaitaire), « Ijara » (location), etc., elles essayent de remplir les fonctions des banques conventionnelles et de se positionner comme étant des intermédiaires financiers efficaces.
Robert Merton (prix Nobel en économie) a défini six fonctions globales de l’intermédiation financière. Selon lui, un système financier doit fournir, à travers les intermédiaires, des moyens de règlement et de compensation, des mécanismes d’agrégation des ressources et des emplois, des moyens de transfert des ressources économiques dans le temps et dans l’espace, des mécanismes de gestion de risque, de l’information sur le marché financier et des solutions aux problèmes d’asymétrie d’information (antisélection et risque moral). Quelle que soit sa dénomination, « islamique » ou « non islamique », une banque doit remplir les fonctions pertinentes pour jouer un rôle dans le système financier. Il est donc intéressant de suivre et d’étudier l’essor des banques islamiques, au-delà du strict point de vue religieux, pour appréhender leur capacité à satisfaire des attentes nouvelles sur le plan financier, économique et surtout sociétal.
* Spécialiste en finance - Centre de recherche et d’études doctorales de l’ESA (CRED).
En coopération avec l’ESA
Nous assistons actuellement au Liban, comme au Moyen-Orient et dans certains pays occidentaux, à un développement important des banques islamiques. Le Liban, où le secteur bancaire est l’un des plus développés et des plus performants, a commencé, à travers la Banque centrale, à instaurer un cadre fonctionnel pour les nouvelles banques islamiques et à réguler cette nouvelle intermédiation financière.
Dans un premier temps, il est intéressant de s’interroger sur la relation entre l’islam en tant que religion, la finance, le commerce et la banque. En fait, l’islam, comme certaines autres religions, englobe les aspects de la vie spirituelle, mais dicte aussi des règles ou des préceptes pour organiser la société. C’est à partir de ce deuxième volet que la finance et les banques islamiques...
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