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Actualités - Analyse

L’annonce faite au monde

« Notre relation avec les frères au Liban était empreinte d’amitié et de respect mutuels, et j’ai servi avec honneur et dignité les intérêts du Liban. Notre action a permis de réunifier (le pays) alors que cette unité, qui était compromise, aurait été impossible sans la Syrie. Je laisse au peuple libanais le soin de prononcer son verdict. » Que Dieu ait son âme, certes ; sauf que ce testament en bonne et due forme, laissé entre les mains de la très libanaise et très populaire Wardé, n’en reste pas moins une ultime gifle à l’intelligence des Libanais, une insulte à leur mémoire. Mais ce n’est pas bien grave : le peuple libanais peut être plein de mansuétude ; il sait pardonner, même à un ancien proconsul, le plus néronien d’entre tous, le principal responsable de l’opération de clonage du Liban sur la Syrie, heureusement avortée grâce, d’abord, au sang de Rafic Hariri. Le peuple libanais pardonne parce que en mourant, volontaire ou contraint, Ghazi Kanaan l’a sans doute débarrassé d’un poids énorme, plus lourd que ce qu’il a été obligé de supporter pendant des décennies, plus lourd que la tutelle ; plus lourd même, mille fois plus lourd que la longue, l’insensée « kanaanisation » de leur pays. En mourant, cet homme, auquel tellement de présidents, de ministres, de députés, de directeurs généraux, de présidents de municipalité, de moukhtars, etc. doivent leurs postes, a confirmé que le rapport de Detlev Mehlis, quelle que soit sa teneur et quel que soit son ton, ne sera pas un pétard mouillé. Le « suicide » de Ghazi Kanaan oblige ainsi les prosyriens libanais à revoir fondamentalement leurs calculs, leur tactique ou leurs attentes ; qu’ils ne se fassent donc pas à eux-mêmes l’affront de prétendre qu’il a été tué par des « forces étrangères », ou que l’homme était désenchanté, déprimé, touché dans sa dignité par les attaques lancées contre lui, que cet homme s’est révélé en fin de route être un samouraï, un Mishima du Barada qui se fait hara-kiri pour une question d’honneur bafoué. À moins qu’il ne soit mêlé jusqu’aux yeux dans l’attentat du 14 février et que l’éventualité de se retrouver menotté, emprisonné, jugé, ne lui ait été intolérable ; lui qu’aucune difficulté n’avait réussi à ployer. Suicidé, Ghazi Kanaan, ou suicidé ? Empêché de livrer un secret qu’il aurait détenu ? Ou bien bouc émissaire, sacrifié sur l’autel de la survie d’un régime ? Dans tous les cas, l’homme a mis sa mort en scène. À moins que la mort de cet homme n’ait été mise en scène ; avec, en aval, le cri d’innocence légué à la VDL et, en amont, la diffusion de l’interview de Bachar el-Assad à CNN, au cœur de laquelle on retrouve cette phrase événement : « Si vraiment des Syriens sont impliqués (dans l’assassinat de Rafic Hariri), ils seront considérés comme des traîtres et sévèrement punis. » Cette phrase ; cette reconnaissance, pour la première fois, par Bachar el-Assad, de la possibilité que des citoyens syriens – à ne pas confondre avec l’État syrien, a-t-il indirectement fait comprendre… – aient pu participer d’une façon ou d’une autre au crime de la Saint-Valentin est, à l’instar du « suicide » de Ghazi Kanaan, une annonce en soi. Faite au monde. Comme une invite à ne pas détourner les yeux ni quitter la salle parce que le spectacle n’est pas terminé et que le metteur en scène a encore plein d’idées pour étoffer la pièce, épargner l’impensable, la fin d’un régime. Reste la question qui tue : est-ce que ce metteur en scène travaille en collaboration avec d’autres, (bien) plus à l’Ouest ? En d’autres termes : y a-t-il eu un quelconque bazar destiné à ménager la tête – si tant est que cette tête ait quelque chose à voir avec l’attentat – au détriment de celles d’en bas, en contrepartie d’une laundry list quasi exhaustive que la Syrie des Assad devra exécuter le plus vite, plus vite encore, comme l’ont rappelé ces deux jours, après un long et ambigu silence, George W. Bush et Condoleezza Rice ? Quelle que soit la réponse, il est des fois où ce qui ne tue pas ne rend pas nécessairement plus fort. Bien au contraire. Serait-il épargné que le régime syrien se retrouverait affaibli comme rarement il l’a été. Les Libanais ont prononcé leur verdict depuis bien longtemps. L’histoire aussi. Cela tombe bien : c’est le même. Ziyad MAKHOUL
« Notre relation avec les frères au Liban était empreinte d’amitié et de respect mutuels, et j’ai servi avec honneur et dignité les intérêts du Liban. Notre action a permis de réunifier (le pays) alors que cette unité, qui était compromise, aurait été impossible sans la Syrie. Je laisse au peuple libanais le soin de prononcer son verdict. »
Que Dieu ait son âme, certes ; sauf que ce testament en bonne et due forme, laissé entre les mains de la très libanaise et très populaire Wardé, n’en reste pas moins une ultime gifle à l’intelligence des Libanais, une insulte à leur mémoire. Mais ce n’est pas bien grave : le peuple libanais peut être plein de mansuétude ; il sait pardonner, même à un ancien proconsul, le plus néronien d’entre tous, le principal responsable de l’opération de clonage du Liban...