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Actualités - Opinion

C’est bien Mehlis qui a sollicité la rallonge jusqu’au 15 décembre

L’ONU a confirmé jeudi que Fouad Siniora a appelé Kofi Annan, pour demander que l’on aille jusqu’au bout du délai limite prévu dans la 1595. C’est-à-dire jusqu’au 15 décembre prochain. Mais si la requête officielle libanaise était nécessaire au plan de la procédure, le fait reste que c’est Detlev Mehlis qui a souhaité la rallonge en question. Il s’en était ouvert à Siniora, qui a donné suite. C’est ce que confirment des sources proches du Sérail. En tout cas, Mehlis n’est pas définitivement parti, comme certains l’ont affirmé. Il est attendu à Beyrouth en début de semaine, venant d’Europe. On sait qu’il a rencontré Annan, il y a peu, à Genève en prélude au rapport qu’il doit lui remettre, ainsi qu’à la justice libanaise, dans une douzaine de jours. Durant l’entrevue, le magistrat allemand a répondu par l’affirmative sur le point de savoir s’il souhaitait continuer l’enquête jusqu’à la mi-décembre. Diversion L’équivoque est donc levée. Il reste que la prorogation attise les spéculations et ce qu’il faut bien appeler la guerre des rumeurs. Et qui s’apparente, en réalité, à une manœuvre prophylactique de diversion politique, de la part de parties déterminées. qui tentent, comme on dit familièrement, de limiter la casse pour ce qui est des retombées, éventuellement fracassantes, du rapport Mehlis en inventant chaque jour d’autres thèmes à surenchères, plus ou moins explosifs. Des abcès de fixation, en somme. Ces mêmes protagonistes qui cherchent à minimiser la portée de l’enquête internationale soutiennent que la demande Mehlis prouve qu’ils ont raison puisque le magistrat allemand, sans livrer ses secrets, donne à penser, selon eux, que s’il a besoin de deux mois de plus, c’est qu’il n’est pas arrivé à grand-chose. Ils répètent, en loyaux alliés, qu’il n’a apparemment rien retenu contre les Syriens, puisqu’il n’a recommandé l’inculpation d’aucun d’entre eux, comme il l’avait fait pour les quatre généraux libanais. Selon ce camp, les bruits qui ont couru auraient induit en erreur les enquêteurs internationaux, qui auraient finalement tourné en rond, sans pouvoir produire d’indices probants. Cette thèse dépréciative est combattue par une partie du camp d’en face. Une partie seulement, car les responsables qui représentent cette fraction au pouvoir adoptent une attitude de retenue objective, répétant qu’il faut attendre un rapport dont on ne sait encore strictement rien. Mais des néoloyalistes soutiennent que l’enquête a abouti à des résultats décisifs, dans un cadre de discrétion obligée. D’une part par souci d’efficacité policière et d’autre part pour protéger des témoins-clés. Selon ces politiciens de la majorité, Mehlis pourrait bien provoquer encore plus d’une surprise par de soudaines initiatives. Ils justifient leurs prévisions en affirmant qu’il paraît impensable que les enquêteurs internationaux, qui sont plus d’une centaine et tous de haut niveau, n’aient pas réussi à dénicher de solides informations sur le crime du siècle, au bout de plusieurs mois d’investigations et de centaines d’interrogatoires. Prévention Les professionnels en question étayent leur argumentation a contrario en affirmant que s’il n’y avait rien dans le dossier, la Syrie n’aurait pas lancé une contre-offensive de diversion par le truchement de ses alliés libanais et des Palestiniens. Une campagne qui ne manque pas d’égratigner Mehlis et de mettre en doute, à titre préparatoire sinon préventif, les résultats de son enquête. Et la crédibilité de la commission internationale, accusée à mots couverts de faire le jeu du nouvel impérialisme américain ainsi que d’Israël. Plus globalement, Damas, s’adressant au plateau mondial, affirme qu’elle a fait l’objet d’accusations injustes et diffamatoires dans l’assassinat du président Hariri. La Syrie dénonce le fait que certaines parties étrangères, régionales ou libanaises, aient pointé du doigt ses cadres et ses alliés libanais, avant toute conclusion d’ordre judiciaire. Elle se montre surtout ulcérée par l’attitude de certaines parties libanaises qui se sont abreuvées pendant de longues années à sa source pour se ranger dans le camp de ses adversaires, après la prorogation du mandat du président Lahoud. À ce propos, Walid Joumblatt tient toujours à mettre les point sur les « i »: il s’est dressé contre les dérives de la gestion syrienne, et pour l’indépendance, mais ne trahit pas l’arabité ni la Syrie en tant que ligne arabe. Retour à Mehlis et retour de Mehlis : nombre de personnalités pensent que dans la dernière ligne droite, il devrait adopter de nouvelles stratégies. Un plan d’action accéléré axé probablement sur des investigations concernant des personnages impliqués, à des titres et des degrés divers, dans l’assassinat du président Hariri. Selon ces sources, les recherches devraient être élargies pour englober nombre de politiciens et de responsables, actuels ou anciens, qui étaient en liaison étroite avec les services syriens. Pour ces sources, on ne serait pas loin de vouloir faire le procès du régime syrien à travers l’enquête sur l’assassinat du président Hariri. Toujours est-il qu’il reste question dans les salons d’un éventuel marché syro-américain. Les sources autorisées réfutent ce terme tout en soulignant que le fil diplomatique ne s’est pas rompu entre Washington et Damas, et en affirmant qu’il y a eu, malgré les déclarations de Bush, quelques progrès. Toujours selon ces sources, le trafic d’armes et l’agitation des Palestiniens seraient en réalité, et fort paradoxalement, une entrée en matière, sur base d’entente tacite syro-américaine, pour préparer et justifier un désarmement des camps, en application de la 1559. Philippe ABI-AKL

L’ONU a confirmé jeudi que Fouad Siniora a appelé Kofi Annan, pour demander que l’on aille jusqu’au bout du délai limite prévu dans la 1595. C’est-à-dire jusqu’au 15 décembre prochain. Mais si la requête officielle libanaise était nécessaire au plan de la procédure, le fait reste que c’est Detlev Mehlis qui a souhaité la rallonge en question. Il s’en était ouvert à Siniora, qui a donné suite. C’est ce que confirment des sources proches du Sérail. En tout cas, Mehlis n’est pas définitivement parti, comme certains l’ont affirmé. Il est attendu à Beyrouth en début de semaine, venant d’Europe. On sait qu’il a rencontré Annan, il y a peu, à Genève en prélude au rapport qu’il doit lui remettre, ainsi qu’à la justice libanaise, dans une douzaine de jours. Durant l’entrevue, le magistrat...